LIVRE TROISIÈME
ver en Saxe , dût-il en coûter une bataille. Son inaction devant Nuremberg l’avait exposé au soupçon de n’oser se mesurer avec le héros du Nord , et loute sa gloire était en péril , s’il laissait échapper une seconde fois l’occasion de combattre. La supériorité de ses forces , quoique bien moins considérable qu’elle n’avait été , dans les premiers temps, au camp de Nuremberg, lui donnait la plus grande espérance de vaincre, s’il pouvait amener le roi à une bataille avant sa jonction avpc les troupes saxonnes. Mais sa confiance actuelle n’était pas tant fondée sur le nombre plus grand de ses soldats que sur les assurances de son astrologue Séni, qui avait lu dans les astres que la fortune du monarque suédois succomberait au mois de novembre. De plus, il y avait entre Kambourg et Weissenfels d’étroits défilés, formés par une longue chaîne de montagnes et par le cours très-voisin de la -Saale , qui rendaient le passage extrêmement difficile à l’armée suédoise et qui pouvaientêtie fermés complètement avec peu de monde. Alors il ne serait resté au roi d’autre parti que de s’engager, exposé au plus grand péril , à travers ces défilés , ou de faire par la Thuringe une retraite laborieuse et de perdre, dans un pays dévasté et totalement dépourvu de subsistances , la plus grande partie de ses troupes. La promptitude avec laquelle Gustave-Adolphe prit possession de Naumbourg anéantit ce plan, et ce fut alors Wallenstein luimême qui s’attendit à une attaque.
Mais il se vit trompé dans cette conjecture, quand le roi , au lieu de s’avancer à sa rencontre jusqu’à Weissenfels, fit tous ses préparatifs pour se fortifier auprès de Naumbourg, et attendre dans ce lieu les renforts que le duc de Lunebourg était sur le point de lui amener. Wallenstein, ne sachant s’il devait marcher à l'ennemi par les défilés entre Weissenfels et Naumbourg, ou rester oisif dans son camp, assembla son conseil de guerre, pour entendre les avis de ses généraux les plus expérimentés. Aucun ne jugea prudent d’attaquer le roi dans sa position avantageuse, et les mesures qu’il prenait pour fortifier son camp semblaient clairement indiquer qu'il ne songeait pas à le quitter de sitôt. Mais l'approche de l’hiver permettait tout aussi peu de prolonger la campagne et de fatiguer par un campement continué une armée qui avait un si grand besoin de repos.
26<i HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. Toutes les voix se prononcèrent pour la clôture de la campagne, d'autant plus que l’importante ville de Cologne sur le Rhin était gravement menacée par les troupes hollandaises, et que les progrès de l'ennemi en Westphalie et sur le bas Rhin exigeaient dans ces contrées les plus puissants secours. Le duc de Friedland reconnut le poids de ces raisons, et, à peu près convaincu que l'on n’avait plus à craindre aucune attaque du roi pendant cette saison, il accorda à ses troupes les quartiers d’hiver, de telle sorte cependant qu’elles pussent être au plus tôt rassemblées, si, contre toute attente, l'ennemi hasardait quelque entreprise otl'ensive. Le comte Pappenheim fut expédié avec une grande partie de l'armée, pour secourir promptement la ville de Cologne, et s’emparer, chemin faisant, de Moritzbourg, forteresse du pays de Halle. Quelques corps détachés prirent leurs quartiers d’hiver dans les villes les mieux situées aux environs , alin de pouvoir observer de toutes parts les mouvements de l’ennemi. Le comte Collorédo gardait le château de Weissenfels, et Wallenstein lui-même demeura , avec le reste des troupes , non loin de Mersebourg, entre le canal et la Saale, avec l’intention de se porter de là sur Leipzig et de séparer les Saxons de l'armée suédoise.
Mais à peine Gustave-Adolphe eut-il appris le départ de Pappenheim , qu’il abandonna subitement son camp près de Naumbourg, et courut attaquer, avec toutes ses forces, l’ennemi réduit à la moitié des siennes. Il s'avança d’une marche rapide sur Weissenfels, d’où le bruit de son arrivée parvint promptement jusqu’aux Impériaux et jeta le duc de Friedland dans un extrême étonnement. Mais il fallait prendre une prompte résolution , et le duc eut bientôt arrêté ses mesures. Quoiqu'il n'eût pas beaucoup plus de douze mille hommes à opposer aux vingt mille de l’ennemi, il pouvait néanmoins espérer de se maintenir jusqu’au retour de Pappenheim , qui devait s’être éloigné tout au plus de cinq milles, jusqu'à la distance de Halle. Des courriers partirent en toute hâte pour le rappeler, et en même temps Wallenstein se porta dans la vaste plaine entre le canal et Lützen, où il attendit le roi en ordre de bataille, le séparant, par cette position, de Leipzig et des troupes saxonnes.
Trois coups de canon, que le comte Collorédo tira du châleau