‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 142 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

entier, et couvrait encore le champ de bataille dans le bel ordre qu’il avait maintenu jusqu’au dernier soupir avec un si ferme courage. Le même sort frappa un régiment bleu , que le comte Piccolomini, avec la cavalerie impériale, terrassa après le combat le plus acharné. Cet excellent général renouvela sept fois Ion attaque ; il eut sept chevaux tués sous lui, et fut percé de six balles de mousquet. Cependant il ne quitta pas le champ de bataille avant que la retraite de toute l'armée l'entraînat. On vit Wallenstein lui-méme, au milieu de la pluie des balles ennemies, parcourir avec sang-froid ses divisions , secourant ceux qui étaient en péril, adressant des éloges au brave, punissant le lâche d'un regard foudroyant. Autour de lui, à ses cétés, ses soldats tombent sans vie; son manteau est criblé de balles Mais les dieux vengeurs protègent aujourd’hui sa poitrine pour laquelle est déjà aiguisé un autre fer. Ce n'était pas sur la couche où Gustave expirait que Wallenstein devait exhaler son âme souillée par le crime.

Pappenheim ne fut pas aussi heureux, Pappenheim, l'Ajax de l’armée, le plus redoutable soldat de l'Autriche et de l’Église. L’ardent souhait de rencontrer le roi lui-même dans la bataille entraîna le furieux au milieu de la plus sanglante mêlée, où il se croyait le plus sûr de ne pas manquer son noble ennemi. Gustave aussi avait nourri le brûlant désir de voir face à face cet adversaire estimé, mais leur ardeur hostile ne fut point assouvie, et la mort seule réunit les héros réconciliés. Deux balles de mousquet traversèrent la poitrine cicatrisée de Pappenheim, et il fallut que les siens l’entraînassent de force hors de la mêlée. Tandis qu’on était occupé à le porter derrière la ligne de bataille, un bruit confus parvint jusqu’à ses oreilles, que celui qu’il cherchait gisait sans vie sur le champ de carnage. Lorsqu’on lui confirma la vérité de cette nouvelle, son visage s'éclaircit et la dernière flamme brilla dans ses yeux. * Eh bien, s’écria-t-il , que l’on annonce au duc de Friedland que je suis blessé, sans espérance de vie, mais que je meurs content, puisque je sais que l’implacable ennemi de ma religion est tombé le même jour que moi. »

Avec Pappenheim le bonheur des Impériaux disparut du champ de bataille. A peine la cavalerie de l'aile gauche, déjà

battue une fois et ralliée par lui seul , fut-elle privée de son chef victorieux, qu'elle ne lit plus aucune résistance, et, avec un lAche désespoir, chercha son salut dans la fuite. La même épouvante saisit aussi l’aile droite, à l’exception d’un petit nombre de régiments, que la bravoure de leurs chefs, Gœtz, Terzky , Collorédo et l’iccolomini , força de tenir ferme. L’in^ fanterie suédoise met à prolit, avec une prompte résolution, le trouble de l’ennemi. Pour combler les vides que la mort a faits dans le premier corps de bataille, les deux ligues se réunissent en une seule, qui hasarde l'attaque dernière et décisive. Pour la troisième fois, elle franchit les fossés, et, pour la troisième fois, les canons braqués sur le revers tombent en son pouvoir.

I jc soleil va disparaître, à l’instant même où les deux années en viennent aux mains. Le combat près de sa lin se rallume avec plus de violence. La dernière force lutte contre la force dernière; l’adresse et la fureur déploient leurs moyens extrêmes pour réparer, dans cet instant précieux et décisif, toute une journée perdue. Vainement le désespoir élève chaque armée au-dessus d'elle-même: aucune ne peut vaincre, aucune ne peut céder, et la tactique n’épuise d'un côté ses progrès que pour développer de l’autre de nouveaux coups de maître que l’on n'a jamais appris, jamais mis en pratique. Enfin le brouillard et la nuit mettent au combat un terme que la fureur lui refuse, et l'attaque cesse, parce qu'on ne trouve plus son ennemi. Les deux armées, par un accord tacite, se séparent ; les joyeuses trompettes retentissent , et l'une et l’autre, se déclarant invaincue, disparaît de la plaine.

Les chevaux s'étant dispersés, l’artillerie des deux partis passa la nuit, abandonnée, sur le champ de bataille : c'était à la fois le prix et le gage de la victoire pour celui qui se rendrait maître du terrain. Mais, dans la précipitation avec laquelle il prit congé de Leipzig et de la Saxe , le duc de Friedland oublia de retirer la sienne du lieu du combat. Assez peu de temps après la (in de l'action, l'infanterie de Pappenheim forte de six régiments, qui n’avait pu suivre assez vite la course de son général, parut sur le théAtre de l'action; mais la besogne était achevée. Quelques heures plus tôt, ce renfort considérable aurait vraisemblablement décidé l'allaire à l’avantage de l cm -

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