‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 153 sur 219 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

plus, au nom de sa couronne, à soutenir le duc dans la possession de ces pays. I,a demande du commandement en chef de toutes les troupes fut rejetée sous un prétexte honnête. Le duc Bernard ne tarda pas longtemps à se montrer reconnaissant de cet important sacrilice : par son crédit et son activité, il apaisa bientôt la révolte de l’armée. On distribua aux officiers de fortes sommes d’argent et de plus grands dons encore en fonds de terre, dont la valeur montait à environ cinq millions d’écus, et sur lesquels on n’avait aucun autre droit que celui de conquête. Pendant ce temps , le moment d’une grande entreprise était passé, et les chefs réunis se séparèrent, pour aller résister à l'ennemi sur d'autres points.

Gustave Horn, après avoir entrepris une courte irruption dans le haut Palatinat et s’être emparé de Neumarkt, dirigea sa marche vers la frontière souabe, où les Impériaux s’étaient considérablement renforcés dans l'intervalle, et menaçaient le Wurtemberg d’une invasion désastreuse. Effrayés de son approche, ils se retirent vers le lac de Constance; mais cela ne servit qu'à montrer aux Suédois le chemin de ce pays, qu'ils n’avaient pas encore visité, l’ne possession à l’entrée de la Suisse était pour ceux-ci d'une extrême importance, et la ville de Constance semblait particulièrement propre à les mettre en communication avec les confédérés. Gustave Horn entreprit donc aussitôt le siège de CPtte place. Mais, dépourvu d’artillerie, et obligé d'en faire venir d'abord du Wurtemberg, il ne pouvait assez accélérer son entreprise pour ne pas laisser aux ennemis le loisir de délivrer cette ville, qu’il était d'ailleurs si facile d'approvisionner par le lac. Il quitta donc, après une vaine tentative, la ville et son territoire, pour faire tête, sur les bords du Danube, à un pressant danger.

Sur l’invitation de l'empereur, le cardinal infant, frère du roi d’Espagne Philippe IV, et gouverneur de Milan, avait mis sur pied une armée de quatorze mille hommes, qui était destinée à opérer sur le Rhin, indépendante de l’autorité de Wallenstein, et à défendre l’Alsace. Ces forces parurent alors en Bavière, sous le commandement d’un Espagnol, le duc de Féria; et, alin qu’on pût les employer sans retard contre les Suédois, Altringer reçut l’ordre de les joindre aussitôt avec ses troupes. Dès la pre-

mière nouvelle de l’apparition de cette armée, Gustave Horn avait appelé du Khin, comme renfort, le comte palatin de Birkenfeld, et, après s’étre réuni avec lui à Stockach, il marcha hardiment aux ennemis, forts de trente mille hommes. Ils avaient franchi le Danube et dirigé leur marche vers la Souabe, où Gustave Horn s'approcha d'eux, un jour, au point que les deux armées n'étaient plus qu’à un demi-ntille l’une de l'autre. Mais, au lieu d'accepter 1’ofTre de la bataille, les Impériaux marchèrent par les villes forestières vers le Brisgau et l’Alsace, où ils arrivèrent assez tôt pour débloquer Brisach et mettre un terme aux progrès victorieux du rhingrave Ülhon-Louis. Ce dernier avait conquis peu auparavant les villes forestières, et, soutenu par le comte palatin de Birkenfcld, qui délivra le bas Palatiuat et battit le duc de Lorraine, il avait assuré de nouveau dans ces contrées la prépondérance aux armes suédoises. Alors, il est vrai, il dut céder à la supériorité de l’ennemi; mais bientôt Horn et Birkenfeld marchent à son secours, et, après un court triomphe, les Impériaux se voient de nouveau chassés de l’Alsace. Un automne rigoureux, qui les surprend dans cette malheureuse retraite, fait périr la plupart des Italiens, et le chagrin que lui cause le mauvais succès de cette entreprise donne la mort à leur chef lui-môme, le duc de Féria.

Cependant le duc Bernard de Weimar, avec dix-huit régiments d'infanterie et cent quarante cornettes de cavalerie, avait pris position sur le Danube, pour couvrir la Franconie, aussi bien que pour observer sur ce fleuve les mouvements de l’armée bavaro-impériale. Altringer n'eut pas plus tôt dégarni ces frontières, pour se joindre aux troupes italiennes du duc de Féria, que Bernard profita de son éloignement, se hâta de passer le Danube, et parut devant llatisbonne, aussi prompt que la foudre. La possession de cette ville était décisive pour les entreprises des Suédois sur la Bavière et l’Autriche; elle leur donnait un établissement sur le Danube, et une retraite sûre en cas de revers, de même qu’elle les mettait seule en état de faire dans ces pays des conquêtes durables. Conserver llatisbonne avait été le dernier, le pressant conseil de Tilly mourant à l’électeur de Bavière, et Gustave-Adolphe avait déploré, comme une perte irréparable , que les Bavarois l’eussent prévenu en

Page 1