‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 154 sur 219 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

occupant cette place. Aussi l’efTroi de Maximilien fut-il inexprimable, quand le duc Bernard surprit cette ville et se disposa sérieusement à l’assiéger.

Quinze compagnies seulement, la plupart de nouvelles levées, en composaient la garnison : c’étaient des forces plus que suflisantes pour fatiguer l’ennemi, quelle que fût sa supériorité, Si elles étaient soutenues par une bourgeoisie bien intentionnée et guerrière. Mais celle de Ratisbonne était justement le plus dangereux ennemi que la garnison bavaroise eût à combattre. Les habitants protestants, également jaloux de leur croyance et de leur liberté impériale, s’étaient courbés à regret sous le joug bavarois, et attendaient depuis longtemps avec impatience l’apparition d'un sauveur. L'arrivée de Bernard devant leurs murs les remplit d'une vive joie, et il était fort à craindre qu’ils ne soutinssent par une émeute au dedans les entreprises des assiégeants. Dans cette grande perplexité , l’électeur adresse à l’empereur, au duc de Friedland, les lettres les plus pathétiques, pour qu’on lui accorde seulement un secours de cinq mille hommes. Ferdinand envoie successivement sept messagers, avec cette commission, à Wallenstein, qui promet les plus prompts secours, et annonce en effet par Gallas à l’électeur la prochaine arrivée de douze mille hommes sous les ordres de ce général, mais en même temps défend à celui-ci, sous peine de la vie, de se mettre en chemin. Sur l’entrefaite, le commandant bavarois de Ratisbonne, dans l’attente d’une prompte délivrance, avait pris les meilleures dispositions pour défendre la ville : il avait armé les paysans catholiques, désarmé au contraire les bourgeois protestants, et veillé avec le plus grand soin à ce qu'ils ne pussent faire aucune entreprise dangereuse contre la garnison. Mais, comme aucun secours ne paraissait, et que l’artillerie des ennemis foudroyait sans relâche les remparts, il pourvut à sa sûreté et à celle de la garnison par une capitulation honorable, et abandonna les employés et les ecclésiastiques bavarois à la clémence du vainqueur.

Avec l’occupation de Ratisbonne, les projets du duc Bernard s'étendent, et la Bavière même est devenue pour son hardi courage un champ trop étroit. 11 veut pénétrer jusqu’aux frontières de l'Autriche, armer contre l’empereur les paysans pro-

testants et leur rendre la liberté religieuse. 11 avait déjà conquis Straubing', tandis qu’un autre général suédois soumettait les bords septentrionaux du Danube. Bravant, à la tête de ses Suédois, la rigueur de la température, il atteint l’embouchure de l'Isar et fait passer ce fleuve à ses troupes, sous les yeux du général bavarois de Werth, qui est campé dans ce lieu. Déjà tremblent Passau et I.intz, et l'empereur consterné redoubla ses sommations et ses ordres à Wallenstein de secourir au plus tùl la Bavière accablée. Mais Bernard victorieux met de luimême un terme à ses conquêtes. Ayant devant lui, l’Inn, défendu par de nombreux châteaux forts ; derrière lui, deux armées ennemies, un pays mal intentionné, et l'Isar, sur les bords duquel nul poste tenable ne le protège, de même que le sol gelé ne lui permet d'élever aucuns retranchements; menacé par toutes les forces de Wallenstein, qui s’est enfin décidé à marcher sur le Danube, il se dérobe par une retraite opportune au danger de voir couper ses communications avec Ratisbonne et d'être cerné par les ennemis. Il se hâte de passer l'Isar et le Danube, pour défendre contre Wallenstein les conquêtes faites dans le haut Palatinat, décidé même à ne pas refuser une bataille avec ce général. Mais Wallenstein, qui n’avait jamais eu la pensée de rien faire d’important sur le Danube, n’attend pas son approche, et, avant que les Bavarois commencent tout de bon à se réjouir de la sienne, il a déjà disparu du côté de la Bohême. Bernard termine donc alors sa glorieuse campagne, et accorde à ses troupes dans les quartiers d'hiver, sur le territoire ennemi, un repos bien mérité.

Tandis que Gustave Horn en Souabe, le comte palatin de Birkenfeld, le général Baudissin et le rhingrave Olhon-Louis sur le haut et le bas Rhin, et le duc Bernard sur le Danube, faisaient la guerre avec une telle supériorité, la gloire des armes suédoises n’était pas soutenue moins glorieusement dans la basse Saxe et la Westphalie par le duc de Lunebourg et le landgrave de Hessc-Cassel. Le duc Georges prit la forteresse de Hameln après la plus courageuse résistance, et l’armée combinée des Hessois et des Suédois remporta , près d’Oldendorf, une bril-

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