‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 155 sur 219 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

lante victoire sur le général impérial de Gronsfeld, qui commandait aux bords du Wëser. Dans cette bataille, le comte de Wasabourg, fils naturel de Gustave-Adolphe, se montra digne de sa naissance. Seize canons, tous les bagages des Impériaux et soixante-quatorze étendards tombèrent dans les mains des Suédois; environ trois mille ennemis restèrent sur la place, et le nombre des prisonniers fut presque aussi grand. La ville d'Osnabrück fut réduite à capituler par le colonel suédois Kniphausen, et Paderborn par le landgrave de Hesse -Cassel. En revanche, Bückebourg, place très-importante pour les Suédois, tomba dans les mains des Impériaux. Sur presque tous les points de l'Allemagne, on voit triompher les armes suédoises, et l’année qui suivit la mort de Gustave-Adolphe ne montre encore aucun indice de la perte qu’on avait faite en la personne de ce grand capitaine.

Dans l’exposé des principaux événements qui signalèrent la campagne de l'année 1633, l’inaction de l'homme qui, entre tous assurément, excitait la plus grande attente doit causer un juste étonnement. De tous les généraux dont les exploits nous ont occupés dans cette campagne, il n’y en avait aucun qui pût se mesurer, pour l’expérience, le talent et la gloire militaire, avec Wallenstein, et c’est lui précisément qui, à partir de la bataille de Lützen, disparaît à nos yeux, la mort de son grand adversaire lui laisse libre tout le champ de la gloire ; l'attention de l’Europe entière est fixée sur les exploits qui doivent effacer le souvenir de sa défaite et annoncer au monde sa supériorité dans l’art de la guerre ; et cependant il reste oisif en Bohème, tandis que les pertes de l'empereur en Bavière, dans la basse Saxe et sur le Rhin réclament instamment sa présence : mystère également impénétrable pour les amis et les ennemis, objet d'effroi pour l'empereur, et pourtant aussi sa dernière espérance. Après la bataille perdue de Lützen, il s’était retiré, avec une précipitation inexplicable, dans le royaume de Bohême, où il ordonna les enquêtes les plus sévères sur la conduite de ses officiers dans cette journée. Ceux que le conseil de guerre reconnut coupables furent condamnés à mort avec une inexorable rigueur; ceux qui s’étaient bravement conduits furent récompensés avec une royale munificence, et la mémoire des morts éternisée par de magnifiques monuments. Pendant tout l'hiver,

il écrasa les provinces impériales par des contributions exorbitantes et par les quartiers d'hiver, qu’il eut soin de ne pas prendre dans les pays ennemis , afin d’épuiser les ressources des provinces autrichiennes. Mais, à l'entrée du printemps de 1633, au lieu d’ouvrir les hostilités avant tous les autres, avec son armée bien entretenue et formée de troupes d’élite, et de se montrer dans toute la puissance de son commandement, il fut le dernier à paraître en campagne, et ce fut encore un État héréditaire de l’empereur dont il lit le théAtre de la guerre.

Entre toutes les provinces de l’Autriche, c'était la Silésie qui se trouvait exposée au plus grand danger. Trois différentes armées, une suédoise sous le comte de Thurn, une saxonne sous Arnheim et le duc de Lauenbourg, et une brandebourgeoise sous llorgsdorf, avaient porté en même temps la guerre dans ce pays. Elles avaient déjà en leur possession les places les plus importantes, et llreslau même avait embrassé le parti des alliés. Mais cette foule de généraux et d’armées fut précisément ce qui conserva ce pays à l'empereur : en efTet, la jalousie des chefs et la haine mutuelle des Suédois et des Saxons ne leur permit jamais d’agir avec ensemble. Arnheim et Thurn se disputaient le commandement ; les Brandebourgeois et les Saxons faisaient cause commune contre les Suédois, qu’ils regardaient comme d'importuns étrangers et auxquels ils cherchaient à nuire chaque fois qu’ils en trouvaient la moindre occasion. Au contraire, les Saxons vivaient avec les Impériaux sur un pied beaucoup plus amical, et il arrivait souvent que les officiers des deux armées ennemies se visitaient réciproquement et se donnaient des repas. On laissait les Impériaux sauver leurs biens sans obstacles, et, parmi les Allemands de l'armée combinée, un grand nombre ne cachaient point qu'ils avaient reçu de Vienne de fortes sommes. Au milieu d’alliés si équivoques, les Suédois se voyaient vendus et trahis, et, quand on s’entendait si mal, il était impossible de songer à aucune grande entreprise. Le général d'Arnheim était d’ailleurs presque toujours absent, et, lorsqu’enlin il revint à l’armée, déjà VVallenstein s'approchait des frontières avec des forces redoutables.

Il entra en Silésie à la tête de quarante mille hommes, et les alliés n'en avaient pas plus du vingt-quatre mille à lui opposer.

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