‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 156 sur 219 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Néanmoins, ils voulurent tenter une bataille, et parurent devant Münsterberg, où Wallenstein avait établi un camp retranché; mais il les laissa séjourner là huit jours sans faire lui-même le moindre mouvement ; puis il quitta ses lignes et défila devant leur camp d’un pas fier et tranquille. Même après qu’il eut levé le sien, et tout le temps que les ennemis, devenus plus hardis, demeurèrent près de lui, il dédaigna de profiter de l’occasion. Le soin avec lequel il évitait la bataille fut attribué à la crainte ; mais, avec sa vieille gloire militaire. Wallenstein pouvait braver un pareil soupçon. La vanité des alliés ne leur permit pas de remarquer qu’il se jouait d’eux et qu'il leur faisait généreusement grâce de la défaite, parce que, pour le moment, une victoire sur eux ne le servait pas. Cependant, pour leur montrer qu'il était le maître et que ce n’était point la crainte de leurs forces qui le tenait dans l’inaction, il fit mettre à mort le commandant d’un château qui tomba dans ses mains, pour n’avoir pas rendu sur-le-champ une place qui n’était pas tenable.

Les deux armées étaient depuis neuf jours en présence l’une de l’autre, à la portée du mousquet, quand le comte Terzky, sortant de l'armée de Wallenstein, parut avec un trompette devant le camp des alliés pour inviter le général d'Arnheim à une conférence. Elle avait pour objet de proposer, au nom de Wallenstein, tout supérieur en forces qu’il était, un armistice de six semaines. • Il était venu, disait-il, pour conclure une paix perpétuelle avec la Suède et les princes de l’Empire, payer les soldats et donner à chacun satisfaction. Tout cela était en son pouvoir, et si l'on faisait difficulté à Vienne de ratifier sa décision, il était prêt à se réunir avec les alliés, et (ceci fut, il est vrai, soufflé seulement aux oreilles d’Arnheim) à envoyer l’empereur au diable. » Dans une seconde entrevue, il s’expliqua encore plus clairement avec le comte de Tliurn : • Tous les privilèges, disait-il, seraient de nouveau confirmés, tous les exilés bohèmes rappelés et rétablis dans leurs biens, et il serait lui-même le premier à leur restituer la part qui lui était échue. Les jésuites seraient expulsés comme étant les auteurs de toutes les vexations précédentes ; la couronne de Suède serait satisfaite par des payements à termes ffxes ; toutes les troupes inutiles des deux partis seraient menées contre les Turcs. » Le der-

nier point contenait le mot de toute l'énigme : « S’il obtenait pour lui la couronne de Bohême, tous les proscrits auraient à se louer de sa générosité ; une complète liberté de religion régnerait désormais dans le royaume; la maison palatine rentrerait dans tous ses droits, et le margraviat de Moravie lui servirait à lui-méme de dédommagement pour le Mecklembourg. Alors les armées alliées marcheraient sur Vienne sous sa conduite, pour arracher à l'empereur, les armes à la main, son consentement à ce traité. •

Il était donc levé maintenant, le voile qui couvrait le projet que Wallenstein avait mûri pendant de longues années dans le plus mystérieux silence.' Aussi bien toutes les circonstances montraient qu’il rt’y avait point de temps à perdre pour l’exécution. C’était seulement son aveugle conliance dans le bonheur des armes de Friedland et dans la supériorité de son génie, qui avait inspiré à l’empereur la ferme résolution de remettre à cet homme impérieux, malgré toutes les représentations de l’Espagne et de la Bavière, et aux dépens de sa propre dignité, un commandement si absolu. Mais la croyance que Wallenstein était invincible avait été depuis longtemps ébranlée par sa longue inaction, et presque entièrement détruite après la malheureuse bataille de Lützen. Maintenant ses ennemis se réveillaient de nouveau à la cour de Ferdinand, et le mécontentement de l’empereur, qui avait vu échouer ses espérances, procurait auprès de lui à leurs représentations l’accueil souhaité. Ils passèrent en revue, avec une mordante critique, toute la conduite de Friedland ; ils rappelèrent au monarque jaloux son insolent orgueil et sa résistance aux ordres impériaux ; ils invoquèrent à leur aide les plaintes des sujets autrichiens sur ses vexations intinies; ils rendirent suspecte sa fidélité et insinuèrent d’effrayants avis sur ses intentions secrètes. Ces accusations, qui n’étaient d’ailleurs que trop justiliées par toute la conduite de Wallenstein, ne laissaient pas de jeter dans l’esprit de Ferdinand de profondes racines ; mais le pas était ait, et le vaste pouvoir dont on avait revêtu le duc ne pouvait lui être arraché sans un grand péril. Diminuer ce pouvoii insensiblement était tout ce qui restait possible à l’empereur, et, pour y parvenir avec quelque succès, il fallait le diviser; mais avant tout il fallait chercher à se

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