‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 165 sur 219 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

La mort de Wallenstein rendait nécessaire un nouveau généralissime, et l’empereur céda enlinau conseil que lui donnaient les' Espagnols d’élever à cette dignité son fils Ferdinand, roi de Hongrie. Sous lui commande le comte de Gallas, qui exerce les fonctions de général, tandis que le prince ne fait proprement que décorer ce poste de son nom et de l’autorité de son rang. Bientôt des forces considérables se rassemblent sous les drapeaux de Ferdinand. Le duc de Lorraine luiamènè en personne des troupes auxiliaires, et le cardinal infant arrive d'Italie avec dix mille hommes pour renforcer son armée. Afin de chasser l’ennemi du Danube, le nouveau général entreprend le siège de Itatisbonne, ce qu’on n’avait pas pu obtenir de son prédécesseur. Vainement le duc Bernard de Weimar pénètre au cœur de la Bavière pour attirer les Impériaux loin de cette ville : Ferdinand pousse le siège avec une vigueur inébranlable, et, après la plus opiniâtre résistance, la ville lui ouvre ses portes. Donawert éprouve bientôt après le même sort; puis Xœrdlingen, en Souabe, est assiégé à son tour. La perte de tant de villes impériales devait être d’au-

1. Dans la première édition, cette dernière partie n’est pas intitulée Livre Cinquième; elle est simplement séparée par un trait du livre IV.

332 HISTOIRE I)E LA GUERRE DE TRENTE ANS. tant plus sensible au parti suédois que l'amitié de ces villes avait été jusqu’alors très-décisive pour le bonheur de ses armes; l'indifférence îi leur sort aurait paru vraiment inexcusable. C’eût été pour les Suédois une ineffaçable honte d'abandonner leurs alliés dans le péril, et de les livrer à la vengeanced'un vainqueur implacable. Déterminée par ces motifs, l'armée suédoise marche .surNœrdlingen, sous la conduite de llorn et de Bernard de Weimar, résolue de délivrer cette ville, dût-il en coûter une bataille.

L’entreprise était diflicile, car les forces de l’ennemi étaient de beaucoup supérieures à celles des Suédois, et, dans ces circonstances, la prudence conseillait d’autant plus de n'en pas venir aux mains que l’armée ennemie devait bientôt se diviser, et que la destination des troupes italiennes les appelait dans les Pays-Bas. On pouvait, en attendant, choisir une position telle, que Nœrdlingen fût couvert et que les vivres fussent coupés à l’ennemi. Gustave llorn lit valoir toutes ces raisons dans le conseil de guerre; mais ses représentations ne purent trouver accès dans des esprits qui, enivrés par une longue suite de succès, ne croyaient entendre, dans les conseils de la prudence, que la voix de la crainte. Vaincu, quand on alla aux voix, par l'ascendant du duc Bernard, Gustave Horn dut se résoudre, malgré lui, à une bataille , dont ses noirs pressentiments lui présageaient l'issue malheureuse.

Tout le sort du combat semblait tenir à l'occupation d'une hauteur qui dominait le camp des Impériaux. La tentative faite pour s’en emparer pendant la nuit avait échoué, parce que le pénible transport de l'artillerie à travers des ravins et des bois ralentit la marche des troupes. Lorsqu’on parut devant la hauteur, vers minuit, l’ennemi l’avait déjà occupée et fortifiée par de solides retranchements. On attendit donc le point du jour pour l'emporter d'assaut. La bravoure impétueuse des Suédois s’ouvrit un passage à travers tous les obstacles : les demi-lunes sont enlevées heureusement par chacune des brigades commandées à cet effet; mais, comme elles pénètrent en même temps, des deux côtés opposés, dans les retranchements, elles se heurtent l’une l'autre et se mettent réciproquement eu désordre. Dans ce moment malheureux, un baril de poudre vient à sauter, et jette la plus grande confusion parmi les troupes suédoises. La cavalerie

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