‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 169 sur 219 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

traire un motif pour elle de s’unir avec eux plus fermement et de prendre une part plus active à la guerre en Allemagne. Dès la conclusion du traité d’alliance avec les Suédois, à Beerwald, en 1632, la France avait attaqué l'empereur par les armes de Gustave-Adolphe, mais sans rupture ouverte et formelle, et seulement par les subsides qu’elle fournissait aux ennemis de Ferdinand, et'par l’activité qu’elle déployait pour en augmenter le nombre. Mais, alarmée par le bonheur soudain, inattendu et. extraordinaire, des armes suédoises, elle parut quelque temps perdre de vue son premier objet, pour rétablir l’équilibre des forces, qui avait souffert de la supériorité des Suédois. Elle tâcha de protéger contre le conquérant les princes catholiques de l’Empire par des traités de neutralité, et, ces tentatives ayant échoué, elle était déjà sur le point de s’armer elle-même contre lui. Mais la mort de Gustave-Adolphe et la détresse des Suédois n’eurent pas plus têt dissipé cette crainte, que la France revint avec un nouveau zèle à son premier projet, et octroya, dans une large mesure, à leur infortune, l’appui qu’elle avait retiré à leur prospérité. Délivrée de la résistance que l'ambition et la vigilance de Gustave-Adolphe opposaient à ses desseins d’agrandissement, elle saisit le moment favorable que lui offre le revers deNoerdlingen, pour s’emparer de la direction de la guerre et prescrire des lois à ceux qui ont besoin de son puissant secours. Les conjonctures secondent ses plus hardis projets , et ce qui n’était auparavant qu’une belle chimère peut désormais être suivi comme un plan réfléchi, justifié par les circonstances. Elle consacre donc alors toute son attention à la guerre d’Allemagne, et aussitôt que, par son traité avec les Allemands, elle voit garantis ses desseins particuliers , elle parait sur la scène politique comme puissance active et dominante. Tandis que les États en guerre s’épuisaient dans une longue lutte, elle avait ménagé ses forces, et, pendant dix années, elle n’avait fait la guerre qu’avec son argent. Maintenant que les circonstances l’appellent à l’activité, elle prend les armes et se porte avec énergie à des entreprises qui jettent l'Europe entière dans l’étonnement. Elle envoie en môme temps deux flottes croiser sur les mers et met six différentes armées en campagne, tandis qu’avec ses trésors elle soudoie une couronne et plusieurs

346 HISTOIRE DE I,A GUERRE DE TRENTE ANS. princes allemands. Animés par l’espérance de son puissant secours, Allemands et Suédois s’arrachent à leur profond abattement, et se llattent de conquérir, l'épée à la main, une paix plus glorieuse que celle de Prague. Abandonnés par leurs co-états, qui se réconcilient avec l'empereur, ils s’attachent d’autant plus étroitement à la France, qui redouble ses secours à mesure que le besoin augmente, prend à la guerre d’Allemagne une part de plus en plus grande, quoique toujours secrète, jusqu’au moment où elle jette enfin le masque, et attaque directement l’empereur en son propre nom.

Pour donner aux Suédois pleine liberté d’agir contre l’Autriche, la France commença par les délivrer de la guerre de Pologne. Parles soins du comte d’Avaux, son ambassadeur, elle amena les deux parties à convenir, à Stummsdorf en Prusse, que l’armistice serait prolongé jusqu'à vingt-six ans; mais ce ne fut pas sans une grande perte pour les Suédois , qui sacrifièrent d’un trait de plume presque toute la Prusse polonaise, conquête chèrement achetée de Gustave-Adolphe. lie traité de Reerwald fut renouvelé, pour une plus grande durée , d’abord à Compiègne, puis à Wismar et à Hambourg, avec quelques changements rendus nécessaires par les circonstances. On avait déjà rompu avec l'Espagne au mois de mai 1635, et, en attaquant vivement cette puissance, on avait enlevé à l'empereur le secours, de tous le plus important, qu’il pouvait tirer des Pays-Bas; maintenant, en appuyant le landgrave Guillaume de Hesse-Gassel et le duc Bernard de Weimar, on assurait aux armes suédoises une plus grande liberté sur l’Elbe et sur le Danube, et, par une forte diversion sur le Rhin, on contraignait l’empereur de diviser ses forces.

La guerre s'alluma donc avec plus de violence, et, par la paix de Prague, l'empereur avait, il est vrai, diminué le nombre de ses ennemis en Allemagne, mais il avait en même temps aug menté l’ardeur et l’activité de ses ennemis extérieurs. 11 s’était acquis en Allemagne une influence illimitée, et il s'était rendu maître de tout le corps de l’Empire et de ses forces, à l'exception d'un petit nombre d’Etats, en sorte qu’il pouvait désormais agir de nouveau comme empereur et seigneur souverain. Le premier effet de ce changement fut l'élévation de son fils Ferdi-

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