‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 172 sur 219 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

dès lors à s’approcher de la réalité. Bien éloigné de renoncer, en faveur de la France, au fruit de sa bravoure, il se réserve Brisach à lui-méme, et annonce déjà cette résolution en exigeant des vaincus le serment de fidélité en son propre nom , sans faire mention d'une autre puissance. Enivré par ses brillants succès et emporté par les plus orgueilleuses espérances , il croit désormais se suflire à lui-même et pouvoir conserver, même contre la volonté de la France, les conquêtes qu’il a faites. En ces temps où tout s'achetait avec de la bravoure , où la force personnelle avait encore sa valeur, où les armées et les chefs de guerre étaient estimés à plus haut prix que les provinces , il était permis à un héros tel que Bernard d’attendre quelque chose de lui-même, et de ne reculer devant aucune entreprise à la tête d'une excellente armée qui se sentait invincible sous sa conduite. Pour s’attacher à un ami , au milieu de la foule d’adversaires qu’il allait maintenant rencontrer, il jeta les yeux sur la landgrave Amélie de Hesse', veuve du landgrave Guillaume, mort depuis peu, femme de beaucoup d'esprit et de courage, qui avait à donner avec sa main une armée aguerrie, de belles conquêtes et une principauté considérable. Les conquêtes des Hessois jointes à celles de Bernard sur le Rhin, pour ne former qu’un seul État, et les deux armées réunies en une seule, pouvaient constituer une puissance importante et peutêtre même un troisième parti en Allemagne , qui tiendrait dans ses mains le dénoùment de la guerre. Mais la mort mit une prompte fin à ce projet si fécond en promesses.

« Courage, père Joseph, Brisach est à nous ! ■ cria Richelieu à l’oreille du capucin, qui se disposait au dernier voyage : tant cette heureuse nouvelle avait enivré le cardinal. Déjà il dévorait par la pensée l’Alsace, le Brisgau et toute l’Autriche antérieure, sans se souvenir de la promesse qu’il avait faite au duc de Weimar. La sérieuse résolution du prince de garder Brisach pour lui , résolution qu’il avait fait connaître d’une manière fort peu équivoque, jeta Richelieu dans un grand embarras , et tout fut tenté pour retenir le victorieux Bernard dans les intérêts de la

1. Voye« son portrait dans le Supplément à l' Histoire de la Guerre de trente ans.

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