SCHILLER. — HIST. II
France. On l’invita à la cour, pour qu'il fftt témoin de la magnificence avec laquelle on y célébrait le souvenir de ses triomphes : le duc reconnut et évita les pièges de la séduction. On lui fit l'honneur de lui offrir pour femme une nièce du cardinal : le lier prince de l’Empire la refusa, pour ne pas déshonorer le sang saxon par une mésalliance. Alors on commença à le considérer comme un dangereux ennemi , et à le traiter comme tel. On lui retira les subsides ; on corrompit le gouverneur de Brisach et ses principaux officiers , pour se mettre, du moins après la mort du duc, en possession de ses conquêtes et de ses troupes. Ces manœuvres ne furent point un secret pour lui , et les mesures qu’il prit dans les places conquises témoignèrent de sa défiance à l’égard de la France. Mais ces dill'érends avec la cour de Saint-Germain eurent la plus fâcheuse inlluence sur ses entreprises ultérieures. Les dispositions qu’il fut forcé de prendre pour protéger ses conquêtes contre une attaque du côté de la France, le contraignirent de diviser ses forces, et le défaut de subsides retarda son entrée en campagne. Son intention avait été de passer le Rhin, de dégager les Suédois, et d’agir sur les bords du Danube contre l'empereur et la Bavière. Déjà il avait découvert son plan d’opérations à Banner, qui était sur le point de transporter la guerre dans les provinces autrichiennes, et il avait promis de le remplacer.... quand, au mois de juillet 1639, la mort le surprit à Neubourg sur le Rhin, dans la trentesixième année de son âge, au milieu de sa course héroïque.
11 mourut d’une maladie pestilentielle, qui avait emporté dans le camp près de quatre cents hommes en deux jours. Les taches noires qui parurent sur son cadavre, les propres déclarations du mourant, et les avantages que la France recueillait de sa mort soudaine, éveillèrent le soupçon que le poison français avait mis fin à ses jours; mais ce soupçon est suffisamment réfuté par la nature même de la maladie. Les alliés perdirent en lui le plus grand général qu’ils eussent possédé depuis Gustave-Adolphe; la France perdit un concurrent redoutable pour la souveraineté de l’Alsace; l’empereur, son plus dangereux ennemi. Devenu, à l’école de Gustave-Adolphe, héros et capitaine, il imita ce grand modèle , et il ne lui manqua qu’une plus longue vie pour l’atteindre, sinon pour le surpasser. A la bravoure du soldat il