LIVRE CINQUIÈME
ne put décider le général français à le suivre jusque-là. Guébriant craignait que l'intention des Suédois ne fût d'éloigner toujours plus du Rhin l’armée de Weimar et de lui couper toute communication avec la France, jusqu’à ce qu’ils l'eussent entièrement gagnée, ou du moins mise hors d'état de rien entreprendre par elle-même. 11 se sépara donc de Banner pour retourner vers le Mein, et le général suédois se vit tout à coup menacé par toutes les forces impériales, qui, rassemblées sans bruit entre Ingolstadt et Ratisbonne, s’avançaient contre lui. U s’agissait alors de penser à une prompte retraite, qui, à la vue d’une année supérieure eu cavalerie, à travers des fleuves et des forêts, dans un pays qui, au long et au large, était ennemi, ne semblait guère possible que par un miracle. 11 se retira précipitamment vers le Wald 1 pour se sauver en Saxe par la Bohème ; mais il fut contraint d’abandonner près de Neubourg trois régiments, qui, postés derrière un mauvais mur, arrêtèrent pendant quatre jours, par une résistance Spartiate, les forces de l’ennemi, en sorte que Banner put gagner les devants. Il s’échappa par Égra vers Annaberg. Piccolomini Je poursuivit, en prenant un chemin plus court, par Schlackenwald, et il s’en fallut seulement d’une petite demi-heure que le général impérial ne le devançât au passage de Priesnitz et ne détruisit toutes les forces suédoises. Guébriant se réunit de nouveau à Zwickau avec l’armée de Banner, et ils dirigèrent ensemble leur marche sur Halberstadt, après avoir essayé inutilement de défendre la Saale et d'empêcher le passage des Autrichiens.
C'est à Halberstadt que Banner trouva enlin, au mois de mai 1641, le terme de ses exploits : le seul poison qui le tua fut celui de l’intempérance et du chagrin. 11 avait maintenu avec beaucoup de gloire, bien qu’avec des succès divers, l’honneur des armes suédoises en Allemagne, et, par une suite de victoires, il s’était montré digne de son grand maître dans l’art de la guerre. 11 était fécond en projets, sur lesquels il gardait un secret profond, et qu’il exécutait rapidement : plein de sang-froid dans le danger, plus grand dans l’adversité que dans le bonheur, et jamais plus redoutable que lorsqu’on le croyait sur le