UVRE CINQUIÈME
delà France. Aussitôt après la prise de Thionville, il envoya au maréchal de Guébriant en Alsace un renfort considérable , et, afin que ces troupes se soumissent plus volontiers aux fatigues de la guerre d'Allemagne, il fallut que le célèbre vainqueur de Rocroi , le duc d'Enghien , depuis prince de Condé, les y conduisit en personne. Alors Guébriant se sentit assez fort pour reparattre avec honneur en Allemagne. Il se h.ita de repasser le Rhin, pour chercher en Souabe de meilleurs quartiers d'hiver, et se rendit en effet maître de Rottweil, où un magasin bavarois tomba dans ses mains. Mais cette place fut payée plus cher qu’elle ne valait et perdue plus promptement tpt’eîle n'avait été conquise. Guébriant xo^tr au bras une blessure, que la main inhabile de Son chirurgien rendit mortelle , et la grandeur de sa perte fut manifestée le jour même de sa mort.
L'armée française, sensiblement réduite par cette expédition , entreprise dans une saison si rigoureuse, s’était retirée, après la prise de Rottweil , dans le canton de Tultlingen où elle se reposait, dans la plus profonde sécurité, sans prévoir le moins du monde une visite de l’ennemi. Celui-ci cependant rassembla de grandes forces, pour empêcher le dangereux établissement des Français sur la rive droite du Rhin et si près de la Bavière, et pour délivrer ce pays de leurs exactions. Les Impériaux, conduits par llatzfeld, se réunissent avec les forces bavaroises, commandées par Mercy, et le duc de Lorraine lui-même, que, durant cette guerre , on trouve partout, excepté dans son duché, se joint avec ses troupes à leurs drapeaux réunis. Le projet est formé de surprendre à Timproviste les cantonnements des Français à Tuttlingen et dans les villages voisins : sorte d’expédition très goûtée dans cette guerre, et qui, étant toujours et nécessairement mêlée de confusion, coûtait d’ordinaire plus de sang que les bataiHes rangées. Ce genre d’attaque était ici d’autant mieux à sa place, que le soldat français, qui n'avait pas l’expérience de pareilles entreprises, se faisait de tout autres idées qu’il n'eût fallu d'un hiver en Allemagne, et se tenait pour suffisamment garanti contre toute surprise par la rigueur de la saison. Jean de Werth, passé maître dans cette espèce de guerre,