LIVRE PREMIER
pel, dans les Pays-Ras. Mais le succès répondit aussi peu aux désirs des Brabançons qu'à son attente, et il abandonna sans gloire une imprudente entreprise. Sa seconde apparition dans le monde politique n'en eut que plus d’éclat.
Ses représentations redoublées à l'empereur étant demeurées sans effet, il appela à Presbourg les archiducs, ses frères et ses cousins, et délibéra avec eux sur le danger croissant de leur maison. Ses frères sont unanimes pour lui remettre, comme à l’ainé, la défense de leur héritage, que laissait périr un frère imbécile. Ils déposent dans les mains de cet aîné tout leur pouvoir et tous leurs droits, et l’investissent de la pleine autorité d'agir selon ses vues pour le bien commun. Matthias ouvre aussitét des négociations avec la Porte et les rebelles hongrois. 11 est assez habile pour sauver le reste de la Hongrie, au moyen d’une paix avec les Turcs, et les prétentions de l’Autriche sur les provinces perdues, par un traité avec les rebelles. Mais Rodolphe, aussi jaloux de sa puissance souveraine que négligent pour la soutenir, refuse de ratifier cette paix, qu’il regarde comme une atteinte coupable à sa suprématie. Il accuse l’archiduc d’intelligences avec l'ennemi et de projets criminels sur la couronne de Hongrie.
L’activité de Matthias n’était rien moins qu’exempte de vues intéressées, mais la conduite de l’empereur hâta l’exécution de ces vues. La reconnaissance lui assurait l'attachement des Hongrois, auxquels il venait de donner la paix; ses négociateurs lui promettaient. le dévouement de la noblesse; en Autriche même il pouvait compter sur un nombreux parti : il ose donc déclarer plus ouvertement ses desseins et contester, les armes à la main, avec l’empereur. Les protestants d'Autriche et de Moravie, préparés de longue main à la révolte, et gagnés maintenant par l’archiduc qui leur promet la liberté de conscience, prennent hautement et publiquement son parti , et effectuent leur réunion, depuis longtemps redoutée, avec les rebelles hongrois. Une formidable conjuration s’est formée tout à coup contre l’empereur. Il se résout trop tard à réparer la faute commise; en vain il essaye de dissoudre cette ligue funeste. Déjà tout le monde est en armes ; la Hongrie , l'Autriche et la Moravie ont rendu hommage à Matthias, qui marche déjà sur la
Bohême, où il va chercher l'empereur dans son château, et trancher le nerf de sa puissance.
Le royaume de Bohême n’était pas pour l’Autriche une possession beaucoup plus tranquille que la Hongrie : la seule différence était que, dans celle-ci, c'étaient plutôt des causes politiques, et, dans celle-là, la religion qui entretenaient la discorde. l*i Bohême avait vu, un siècle avant Luther, éclater le premier feu des guerres de religion : la Bohême, un siècle après Luther, vil s’allumer la ilamme de la guerre de Trente ans. La secte à laquelle Jean fluss donna naissance avait toujours subsisté depuis dans ce royaume : d’accord avec l'Église romaine pour les cérémonies et la doctrine, à l’exception du seul article de la cène, que les hussites prenaient sous les deux espèces. Le concile de Bâle avait accordé ce privilège aux adhérents de lluss, dans une convention particulière, les compactala Je Bohème, et, quoique les papes eussent ensuite contesté cette concession , les hussites continuaient d’en jouir sous la protection des lois. L’usage du calice étant l’unique signe remarquable qui distinguât cette secte, on la désignait par le nom d 'utraguisies (les communiants sous l’une et l’autre espèce), et elle se complaisait dans cette dénomination , parce qu’elle lui rappelait le privilège qui lui était si cher, Mais sous ce nom se cachait aussi la secte, beaucoup plus rigide, des « frères bohèmes et moraves , » qui s’écartaient de l'Église dominante en des points beaucoup plus importants et qui avaient beaucoup de rapports avec les protestants d’Allemagne. Chez les uns comme chez les autres, les nouveautés religieuses allemandes et suisses lirènt rapidement fortune, et le nom d'ulraquistes, sous lequel ils surent cacher toujours leur changement de principes, les garantissait de la persécution.
Au fond, ils n’avaient plus de commun que le nom avec les anciens utraquistes ; ils étaient, en réalité, de vrais protestants. Pleins de confiance dans la force de leur parti et la tolérance de l’empereur, ils osèrent, sous le règne de Maximilien, mettre au jour leurs véritables sentiments. A l’exemple des Allemands, ils rédigèrent une confession de foi, dans laquelle luthériens et calvinistes reconnurent leurs opinions, et ils demandèrent que tous les privilèges de l’Église utraquiste d'autrefois fussent