LIVRE PREMIER
transférés à cette nouvelle confession. Celle demande rencontra de l'opposition chez leurs collègues catholiques des états, et ils durent se contenter d’une assurance verbale de la bouche de l’empereur.
Tant que Maximilien vécut, ils jouirent, même sous leur nouvelle forme, d’une complète tolérance, mais, sous son successeur, les choses changèrent de face. Il parut un édit impérial qui enlevait aux soi-disant frères bohèmes la liberté de religion. Ces frères bohèmes ne se distinguaient en rien des autres utraquistes : la sentence de leur condamnation frappait donc nécessairement à la fois tous leurs associés à la confession de Bohême. Aussi s’opposèrent-ils unanimement dans la diète au mandat impérial , mais ce fut sans succès. L’empereur et les membres catholiques des états s'appuyèrent sur les eompactola et sur le droit national de Bohème, où assurément il ne se trouvait rien encore en faveur d’une religion qui, au temps où celte ancienne législation naquit, n’avait pas encore pour elle la voix de la nation. Mais combien de changements s’étaient faits depuis! Ce qui n’était alors qu’une secte insignifiante était devenu l’Église dominante; et n’était-ce pas une véritable chicane de vouloir fixer par d'anciens pactes les limites d'une religion nouvelle? Les protestants de Bohème invoquèrent la garantie verbale de Maximilien et la liberté religieuse des Allemands, auxquels ils ne voulaient être inférieurs en aucun point. Efforts inutiles : on refusa tout.
Tel était en Bohème l’état des choses quand Matthias, déjà maître de la Hongrie, de l'Autriche et de la Moravie, parut devant Kollin , pour soulever aussi les états du pays contre l'empereur. L’embarras de Rodolphe fut à son comble. Abandonné de tous ses autres pays héréditaires, il fondait sa dernière espérance sur les états de Bohême , et il pouvait prévoir qu'ils abuseraient de sa détresse pour le forcer d'admettre leurs prétentions. Après tant d’années , il reparut enfin publiquement à la diète de Prague. Pour montrer, au peuple aussi, qu’il vivait encore, il fallut ouvrir tous les volets de la galerie, longeant la cour, par laquelle il passa. C’est assez dire où , quant à lui , l’on en était venu. Ce qu’il avait craint arriva. Les états, qui .sentaient leur importance, ne voulurent entendre à rien, avant
d’avoir obtenu pour leurs privilèges constitutionnels et pour la liberté de religion une pleine sûreté. Il était inutile de recourir maintenant encore aux anciens subterfuges; le sort de l'empereur était dans leurs mains : il dut se plier à la nécessité. Cependant il ne céda que pour les autres demandes : il se réserva de régler à la prochaine diète les affaires de religion.
Alors les Bohémeâ prirent les armes pour la défense de Rodolphe : une sanglante guerre civile entre les deux frères paraissait inévitable; mais l'empereur, qui ne craignait rien tant que de rester dans cette servile dépendance des états, n'en attendit pas l’explosion, et s’empressa de s’accommoder par une voie pacifique avec l’archiduc son frère. Par un acte formel de renonciation, il abandonna à celui-ci, ce qu’il ne pouvait plus lui reprendre, l’Autriche et la Hongrie, et il le reconnut pour son successeur au trône de Bohême.
L’empereur n’avait payésichersa délivrance, que pour s’engager immédiatement après dans un nouvel embarras. Les affaires de religion de la Bohême Avaient été renvoyées à la prochaine diète : elle s’ouvrit en 1609. Les états demandaient la liberté du culte, telle qu'elle avait existé sous le dernier empereur, un consistoire particulier, la cession de l’université de Prague , et la permission de nommer dans leur sein des défenseurs , ou protecteurs de leur liberté. Rodolphe s’en tint à sa première réponse : le parti catholique avait enchaîné toutes les résolutions du timide empereur. Si réitérées et si menaçantes que fussent les représentations des états , il persista dans sa première déclaration, de n’accorder rien au delà des anciennes conventions. La diète se sépara sans avoir rien obtenu, et ses membres, irrités contre l’empereur, convinrent entre eux de se réunir à Prague, de leur propre autorité, pour aviser eux-mêmes à leurs intérêts.
Ils parurent en grand nombre à Prague, et les délibérations suivirent leur cours, sans égard à la défense de l'empereur, et presque sous ses yeitx. La condescendance qu'il commença à montrer ne fit que leur prouver combien ils étaient redoutés et accrut leur audace : sur l'article principal , Rodolphe resta inébranlable. Alors ils exécutèrent leurs menaces, et prirent sérieusement la résolution d’établir eux-mêmes en tous lieux le libre exercice de leur culte, et d’abandonner l’empereur