‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 183 sur 219 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

clusion de la suspension d'armes , mais plutôt pour la retarder. 11 s’agissait d'y faire accéder les Suédois , qui avaient alors l’avantage et qui avaient plus à espérer qu’à craindre de la continuation dé la guerre , et il fallait ne pas leur rendre l’armistice onéreux par de dures conditions. Après tout, ils étaient vainqueurs, et pourtant l’empereur prétendait leur dicter des lois. Aussi , peu s'en fallut que , dans le premier mouvement de colère, leu-s envoyés ne quittassent le congrès, et, pour les retenir, il fallut que les Français en vinssent aux menaces.

La bonne volonté de l'électeur de Bavière , pour comprendre l’empereur dans la trêve , ayant ainsi échoué, il se crut dès lors autorisé à travailler pour lui-même. Si élevé que fût le prix auquel on lui faisait acheter l’armistice, il n’hésita pas longtemps à l’accepter. Il permit aux Suédois d'étendre leurs cantonnements en Souabe et en Franconie , et consentit à restreindre les siens à la Bavière et aux pays palatins. Ce qu’il avait conquis en Souabe, il lui fallut le céder aux alliés, qui, de leur côté, lui rendirent ce qu’ils occupaient en Bavière. Cologne et Hesse-Cassel furent compris dans l'armistice. Après la conclusion de ce traité, le là mars 1647 , les Français et les Suédois évacuèrent la Bavière, et choisirent, pour ne pas se gêner les uns les autres, des quartiers différents : les Français dans le duché de Wurtemberg, les Suédois dans la haute Souabe, près du lac de Constance. A l'extrémité septentrionale de ce lac et à la pointe la plus méridionale de la Souabe, la ville autrichienne de Brégenz , avec son défilé étroit et escarpé , défiait toutes les attaques , et tous les habitants du voisinage avaient retiré dans cette forteresse naturelle leur avoir et leurs personnes. Le riche butin que faisait espérer cet amas de biens , et l’avantage de posséder un passage menant dans le Tyrol, en Suisse et en Italie,' excitèrent le général suédois à risquer une attaque sur ce délilé réputé inexpugnable et sur la ville elle-même. Sa double tentative lui réussit , malgré la résistance des paysans , qui , au nombre de six mille , s’efforcèrent de défendre le passage. Sur ces entrefaites, Turenne, conformément à la convention,' s'était dirigé vers le Wurtemberg , d'où il contraignit par la force de ses armes le landgrave de Darmstadt et l'électeur de Mayence d embrasser la neutralité, à l’exemple de la Bavière.

Alors enfin parut être atteint le grand hut de la politique française, de livrer sans défense aux armes unies des deux couronnes l'empereur dépouillé de lout secours de la ligue et de ses alliés protestants, et de lui dicter la paix l'épée à la main. Une armée de douze mille hommes , au plus . était tout ce qui lui restait de sa formidable puissance, et, la guerre lui ayant enlevé tous ses bons généraux, il fallut qu'il mit à la tête de cette armée un calviniste, transfuge hessois, Mélander. Mais, comme cette guerre présenta fréquemment les plus surprenantes vicissitudes, et déjoua souvent, par des incidents imprévus, tous les calculs de la politique, cette fois encore l’attente fut trompée par l’événement, et la puissance de l’Autriche, qui était tombée si bas, se releva de nouveau, après une courte crise , jusqu’à prendre une menaçante supériorité. La jalousie de la France envers les Suédois ne lui permettait pas de détruire l’empereur et d’élever ainsi la Suède, en Allemagne, à un degré de puissance qui pouvait à la lin devenir fatal à la France ellemême. La situation désespérée de l’Autriche ne fut donc pas mise à profit par le ministre français; l’armée de Turenne fut séparée de Wrangel , et appelée aux frontières des Pays-Bas. A la vérité, Wrangel, après avoir marché de Souabe en Franconie, pris Schweinfurt et incorporé dans son armée la -garnison impériale de cette place, essaya de pénétrer à lui seul en Bohême, et assiégea Égra , la clef de ce royaume. Pour délivrer cette place forte, l'empereur fit marcher sa dernière armée, dans laquelle il parut en personne. Mais un grand détour que cette armée fut forcée de faire pour ne pas traverser les domaines du président du conseil de guerre Schlick , retarda sa marche, et, avant quelle fût arrivée, Kgra était perdu. Les deux armées s’approchèrent alors l’une de l’autre, et, plus d’une fois, on s’attendit à une bataille décisive, parce que la disette était pressante des deux cûtés, que les Impériaux avaient la supériorité du nombre, et que les deux camps et les fronts de bataille ne furent souvent séparés que par les ouvrages élevés entre eux. Mais les Impériaux se contentèrent de côtoyer l’ennemi, et s'efforcèrent de le fatiguer par de petites attaques, parla faim et par de pénibles marches, jusqu’au moment où les négociations ouvertes avec la Bavière auraient atteint le but souhaité.

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