‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 188 sur 219 · LANDGRAVE DE HESSE-CASSEL · texte numérisé non relu

LANDGRAVE DE HESSE-CASSEL

Après avoir regardé tous les tableaux effroyables de la guerre de trente ans, l’historien s’arrête avec une joie paisible à la belle figure d’Amélie-filisabcth , de l’illustre fille de Philippe-

1. Les trois portraits dont nous donnons ici la traduction, n'ont pas été insérés dans les éditions allemandes des Ohums complètes de Schiller. Ils lurent publiés d’abord dans le Caletidrier historique des Pâmes pour l'an 1792. Voyez plus haut la note I de la page 3, et la note 2 de la page 207. — Bien que dans ces deux notes et dans ma tj> de Schiller (page 94), j'aie , A l’exemple de MM. llofTineister et Boas, attribué très-affirmativement à notre auteur ces trois portraits, j’avoue qu’en les examinant de plus près, et en les soumettant h l’épreuve trèsdécisive de la traduction, qui montre si bien le fort et le faible d'un ouvrage, il m'est venu des doutes. Je ne trouve dans ces esquisses, assez différentes les unes des autres, aucun caractère bien frappant ni de la pensée ni du style de Schiller. On a dit que l'auteur du Portrait de Richelieu pariait lui-méme quelque part de V Histoire de la Guerre de trente ans comme étant son (ruvre. C’est donner, ce me semble . plus de sens qu’elle n’en a A la phrase qui termine la note 1 de la page 394. et qui est la seule, je crois, qu'on puisse avoir en vue. Malgré ces doutes, je donne, dans ce Supplément, comme je l'ai promis, ces trois portraits, qui se rattachent, en tout cas, très-directement A l'histoire qui précède : je n’ai pas le droit de trancher ou paraître trancher, en les excluant, cette question de paternité.

Louis II, comte de Hanau. Par son extérieur aimable et la grâce de ses mœurs, elle est l’ornement de son sexe; par les vertus domestiques, le modèle d’une bonne épouse; par la sagesse et la fermeté, par l'intelligence et le courage, une grande princesse.

Parée des charmes de la jeunesse , elle fut mariée dans la dix-septième année de son âge, en 1619, au landgrave de Hesse- Cassel , Guillaume V, à un prince que l'Iustoire nomme un père et un protecteur des lettres, un défenseur de la liberté, et un ami de Gustave-Adolphe. Huit princes et six princesses furent les gages de leur tendresse et de leur tidélité. Pendant que le landgrave, engagé dans la guerre générale, était forcé de combattre à la tète de son armée, elle s’occupa sans relâche de l’éducation de ses enfants, pour léguer, en la personne de ses descendants, le bonheur à ses sujets après sa mort. Elle avait fait de son fils Guillaume VI un excellent souverain , non pas seulement par les principes qu’elle lui inculqua, mais encore par son propre exemple. En 1637, pendant le siège du fort de Stlickhausen , dans la Frise orientale, son mari mourut à Leer, non de ses blessures, mais, d’après les conjectures du médecin Laurélius, par le poison. Dans son testament, il témoigna combien il savait apprécier le mérite d’Amélie : il l'y avait désignée pour être la régente de ses États et la tutrice de ses enfants. Ses Etats étaient sur le penchant de leur ruine; Amélie cl ses enfants se voyaient à la veille d'en être dépouillés. Le landgrave décédé avait été mis par l’empereur au ban de l'Empire; le landgrave Georges II de Hesse-Darmstadt, ami de ce dernier, devait être l’exécuteur de la sentence de proscription et devenir régent et tuteur. Mais l’habileté d’Amélie fut plus forte que le pouvoir de l’empereur. Elle prit en main la régence, se proclama tutrice de ses enfants, défendit le pays, continua la guerre, sauva l'État de sa ruine par une fermeté inébranlable, et le gouverna treize ans , avec une sagesse admirable et une gloire immortelle. L’an 1650, elle transmit à son fils le gouvernement de la contrée, qu’elle n’avait pas seulement placée dans une meilleure situation, mais encore agrandie par son habile politique, et dont elle avait assuré la possession à ses descendants dans le traité de paix de YVestphalie. Alors elle consacra sa

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vie à un paisible repos et à la pratique de sa religion. Elle mourut en 1651.

Lorsqu'on a observé en particulier chacun des traits de celte grande et belle âme, et qu’ensuite on se livre â l'impression de l’ensemble, on se sent pénétré d'amour et d'admiration. Des manières aussi séduisantes et aussi gracieuses , au charme desquelles le corps diplomatique lui-même, au congrès de Westpliaiie, ne put résister, s’unissent rarement à un si généreux courage et à un esprit si héroïque ; la modeste vertu domestique se montre rarement auprès des hautes vertus des héros; la politique dénoue les liens de l’amitié; les soins du gouvernement détournent d'ordinaire l’attention des souverains de l’ennoblissement et du vrai bonheur de leur âme. Amélie-Elisabeth, habituée à tout ce que la vie a de gracieux , entreprend la défense de son pays contre de puissants ennemis , avec le secours du glaive et de la politique. Elle est mère de ses sujets et mère de ses enfants. Dans les moments les plus périlleux, elle demeure lidèle à ses alliés les Suédois. Elle sauve ses provinces de la ruine; devient, malgré les ravages de la guerre, créatrice de l'État de Hesse-Cassel , tel qu'il subsiste encore de notre temps, et protège, par conviction de son excellence, une religion éclairée , à laquelle son cœur est dévoué tout entier. Adorée de ses sujets, admirée de toute l’Europe, elle ne se laisse point éblouir de cet éclat, mais, sans être retenue ni par la vaine gloire ni par l'ambition , elle descend , dès que les circonstances le permettent, de ce trône de souveraine, pour s’acheminer, l’âme recueillie et l'esprit tranquille, vers la paix du tombeau.

Telle fut Amélie-Élisabeth, la plus grande princesse de son temps, que nulle princesse après elle ne surpassa, que peutêtre bien peu égalèrent.

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