‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 189 sur 219 · CARDINAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

CARDINAL DUC DE RICHELIEU

* Le cardinal de Richelieu avait de la naissance. Sa jeunesse jeta des étincelles de son mérite. Il se distingua en Sorbonne.; on remarqua de fort bonne heure qu’il avait de la force et de la vivacité dans l’esprit. Il prenait d'ordinaire très-bien son parti. Il était homme de parole où un grand intérêt ne l’obligeait pas au contraire; et en cela il n’oubliait rien pour sauver les apparences de la bonne foi. Il n’était pas libéral , mais il donnait plus qu’il ne promettait, et il assaisonnait admirablement ses bienfaits. Il aimait la gloire beaucoup ’ plus que la morale ne le permet; mais il faut avouer qu'il n’abusait qu’à proportion de son mérite de la dispense qu’il avait prise sur le point de l’excès de son ambition. Il n’avait ni l’esprit ni le cœur

1 . Richelieu , l*un de ces hommes rares que la nature a doués d’un génie extraordinaire et que des circonstances favorables ont revêtu d’un grand pouvoir, mit, par sa politique, presque toute l’Europe en mouvement, à l’époque de la guerre de trente ans. 11 voulait élever le pouvoir do la France, et pour cela affaiblir la maison d’Autriche. Dans cette vue, il appuya les protestants d’Allemagne, excita Gustave-Adolphe à la guerre contre l’empereur, et secourut le duc Bernard de Weimar avec des troupes et de l'argent. C'est à cause de sa grande influence qu’on a joint son portrait à l’histoire de cette guerre. (Noie de l'auteur.)

2. Le mot beaucoup est supprimé dans la traduction allemande de cet extrait du cardinal de Retz.

SUPPLÉMENT

au-dessus des périls; il n'avait ni l'un ni l’autre au-dessous; et l’on peut dire qu’il en prévint davantage par sa sagacité , qu’il n’en surmonta par sa fermeté. Il était bon ami, il eût même souhaité d'ètre aimé du public; mais, quoiqu'il eût la civilité, l’extérieur et d’autres parties propres à cet effet, il n'en eut jamais ce je ne sais quoi qui est encore en cette matière plus requis qu’en toute autre. Il anéantissait par son pouvoir et par son faste royal la majesté personnelle du roi; mais il remplissait avec tant de dignité les fonctions de la royauté , qu’il fallait n’être pas du vulgaire pour ne pas confondre le bien et le mal en ce fait. Il distinguait plus judicieusement qu’homme du monde, entre le mal et le pis, entre le bien et le mieux; ce qui est une grande qualité à un ministre. Il s’impatientait trop facilement dans les petites choses , qui étaient les préalables des grandes; mais ce défaut, qui vient de la sublimité de l'esprit, est toujours joint à des lumières qui le suppléent. Il avait assez de religion pour ce monde; il allait au bien ou par inclination ou par bon sens, toutes les fois que son intérêt ne le portait point au mal , qu’il connaissait parfaitement quand il le faisait. Il ne considérait l’État que pour sa vie; mais jamais ministre n’a eu plus d'application à faire croire qu’il en ménageait l’avenir. Enfin il faut confesser que tous ses vices ont été de ceux que la grande fortune rend aisément illustres , parce qu’ils ont été de ceux qui ne peuvent avoir pour instrument que de grandes vertus.

« Vous jugez facilement qu’un homme qui a d'aussi grandes qualités et autant d'apparence de celles même qu’il n'avait pas , se conserve assez aisément dans le monde cette sorte de respect qui démêle le mépris d'avec la haine , et qui, dans un Etat où il n’y a plus de lois, supplée, au moins pour quelque temps, à leur défaut. »

Cette vigoureuse et chaude peinture, que nous avons extraite des Mémoires de Retz ', nous dispense de parler de la vie publique de cet homme extraordinaire et du caractère de son administration, et cela d'éutant plus que les considérations que nous pourrions sur ce point ajouter à celles qui précèdent , sc trouvant

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