‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 191 sur 219 · I.a reine obtint après la mort de Luynes (1631) l’entrée au · texte numérisé non relu

I.a reine obtint après la mort de Luynes (1631) l’entrée au

SUPPLÉMENT

conseil ; mais Richelieu eut encore longtemps à combattre contre l’antipathie personnelle du roi. Ses galanteries le rendaient odieux à Louis XIII, qui, par suite d’une froideur naturelle et d'une santé délicate, avait une conduite trè/-chaste. Il est d’ailleurs à remarquer, pour compléter l’image qu’on doit se faire de Richelieu, que l’art d'échapper, dans la satisfaction des sens, au ridicule et au mépris , était au-dessus de son génie. Puis le roi le regardait comme un traître, et, bien qu’il l’eût été dans l’intérêt du roi , il n’en avait pas moins perdu par là sa confiance.

Mais le roi était trop accoutumé à la haine, et son attachement même avait toujours été trop mêlé de sentiments amers et hostiles, pour que cette raison pût arrêter le cardinal dans sa carrière. Depuis l’an 1624, date de son admission au conseil, qu’il désirait depuis longtemps, et au sujet de laquelle il n'omit aucune des démonstrations hypocrites et des façons par lesquelles des prêtres ambitieux n'espèrent pas tant tromper le monde que payer à leur état le tribut qu’ils lui doivent , jusqu’en 1629, où le roi le déclara premier ministre de sa monarchie, il sut si bien fonder sa grandeur, que la haine du roi, des grands et de tout le royaume ne fut plus capable de l’ébranler. Inaccessible à la pitié, aux ménagements, au respect craintif des droits d’autrui , il trouvait même dans l’inimitié de tous sa plus grande sûreté : un seul adversaire l’eût peut-être renversé. Il dissipait par ses bourreaux des troupes entières de mécontents puissants , et employait les petites ruses de la lâcheté pour détourner la ruine qu’eussent pu lui apprêter sans bruit un confesseur, une dame du palais, le dernier des serviteurs de la cour. Toutefois il faut ici rendre au roi cette justice, qu'il avait assez de perspicacité pour reconnaître dans Richelieu les grands talents de l’homme d’État, et se sentir par là attaché à lui. Dans le cabinet, en campagne même, Richelieu faisait triompher le nom du roi, et, entre tous ceux qui s'efforcaient de s’ingérer dans le pouvoir de ce prince faible, il était le seul après tout qui eût à lui offrir, en retour, des avantages essentiels pour le trône , avantages auxquels l’intelligence de Louis n’était pas insensible.

La reconnaissance pour sa bienfaitrice ne trouva point de place dans ses grands desseins, et le passé montrait qu’il ne

pouvait lui en coûter beaucoup de sacrifier à l'avantage aussi bien qu'à In nécessité d'étre le seul maître de Louis tous les égards qu'il devait à la reine. Marie d'ailleurs était, d'une part, trop orgueilleuse et trop remuante pour ne pas harceler le ministre qui se travail sa propre et haute voie; d'autre part, elle était beaucoup trop au-dessous de lui pour arrêter sa course, et dès lors il passa nécessairement sur elle. Elle avait toutes les prétentions d’une reine; mais, pour les faire valoir, l’Ame de la femme la plus commune. Elle osa, dans son humeur, maltraiter le puissant dominateur de la monarchie française, qui avait autrefois appartenu à sa maison; elle eut la joie amère de le voir ramper devant elle : mais, quand il reconnut que son orgueil résistait a toutes les propositions de paix, quund elle osa le conduire lui-même au bord 'du précipice, sa vengeance inévitablement l’écrasa.

Dans un journal du cardinal, nous trouvons sur ces différends avec la reine mère mainte circonstance qui nous apprend que, dans les rapports intimes des grands, bien des choses ont lieu dont nous nous détournons, gvec dégoût et mépris, dans la vie commune. La reine fit venir un devin après l'autre, pour se faire prédire la fin du cardinal, et l’importance qu’il attache luiméme à ce fait rend probable ce que quelques historiens racontent de lui, à savoir qu'il allait aussi crfhsulter des astrologues et des devins sur le sort de ses ennemis. Ce qui tombe vraiment dans le bas comique, c’est que la reine se plaignit plusieurs fois à toute la cour, et avec la plus grande vivacité, que, pour attenter à sa vie, le cardinal cherchât à lui prendre son apothicaire particulier : toutefois on nous pardonnera, je l’espère, de n’avoir pas passé sous silence ce grief d'une reine contre un grand homme.

Toute la cour entra dans un complot formé contre le dur et cruel despote qui gouvernait au nom du roi : à la tête de ce complot étaient deux reines, Marie de Médicis et l'épouse de Ixiuis, Anne d'Autriche; il était en outre appuyé par Gaston, frère du roi. Le roi malade était sans cesse assiégé par les larmes et les cris de sa mère. Iæ cardinal lui-même se croyait perdu. Le jour où sa ruine paraissait décidée, il lente une démarche hardie, pénètre auprès de la reine et de son fils, prie.

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conjure, s’agenouille devant elle; le roi s’agenouille avec lui. Révolté de n’avoir rien obtenu par cet abaissement, le roi s’éloigne; le cardinal le suit, et en deux heures il devient maître de la vie de ses ennemis et de la liberté de la reine. Ce jour, le 1 1 novembre 1630, est fameux dans l'histoire de France, sous le nom de « journée des dupes'. »

Oui osait une fois s'attaquer au cardinal, eût dû pousser la lutte à l’extrême; car, à peine échappé à la ruine, cet homme vindicatif se jeta avec sa puissance doublée sur ses ennemis renversés; mais la certitude d’être perdus, si lui se sauvait, parait avoir troublé, dans ces moments décisifs, plutôt qu'excité à une résistance désespérée, l’esprit de ses adversaires. La participation la plus éloignée au complot qui avait pour objet le renvoi du ministre fut, comme s’il s’était agi d'une conjuration contre l'État, recherchée et punie d’une façon sanglante, comme crime de lèse-mnjesté. Si le projet des coalisés eût réussi, on eût vu sans doute, à la manière de gouverner, que la majesté du trône reposait plus en elfet sur le cardinal que sur le roi et sur toute sa maison.

Marie de Médicis, la mère du roi et la veuve de Henri le Grand, fut obligée, après une courte captivité, de s’exiler de France. Elle s’adressa comme suppliante au parlement, elle entretint à la cour des intelligences contre le cardinal, et plusieurs des instruments de sa vengeance impuissante terminèrent leur vie au gibet ou sur l’échafaud. Elle mourut entin en 1641, à Cologne, peu de mois avant le cardinal, dans la plus extrême indigence; car ses revenus avaient été confisqués peu de temps après sa sortie du royaume.

Anne d’Autriche demeura à la cour de son époux comme esclave du ministre, lorsqu’il n'eût peut-être tenu qu’à elle de faire du cardinal son esclave. L’audace d’avoir élevé ses désirs jusqu’à une jeune et belle reine eût peut-être été, après tout, pardonnable chez Richelieu , si son extérieur, joint à son état, ne l’eût exposé, dans une telle entreprise, à l’outrageante risée d'une femme orgueilleuse. Il avait hasardé des lettres d'amour, qui avaient été livrées alix mains de la reine mère ; ses déclarations

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