‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 193 sur 219 · En français dans le leste · texte numérisé non relu

En français dans le leste

SUPPLÉMENT

sa montre et dit : « Cher ami doit faire en ce moment une triste mine. » L’amant de la bonne La Fayette n’avait pas tardé à reprendre sa première nature.

Le cardinal était en ce temps-là mortellement malade. 11 remonta le Rhône de Tarasconà Lyon, parce qu’il ne pouvait plus supporter le mouvement de la voiture, et emmena, dans un bateau qu’il lit attacher au sien, le grand écuyer à Lyon, où il fut exécuté. Il avait aussi forcé le roi, par pénitence, à venir auprès de lui à Tarascon, et il se peut que la crainte et le désir de plaireau cardinal aient eu quelque part au bon mot de Louis XIII que nous venons de citer.

De Thou, ami du grand écuyer, dont le seul crime était de ne l’avoir pas trahi, fut exécuté avec lui. Sa vie et sa mort sont la plus grande souillure à l’honneur de Richelieu. Sa probité était généralement appréciée, et son innocence grillait d’une telle clarté , qu’elle donna un caractère de petitesse stupide à la soif de vengeance du cardinal.

Nous trouvons, dans une histoire de Richelieu, un chapitre qui est intitulé : « Douceur de Mgr le cardinal envers ses ennemis, » et qui sert à montrer que la bassesse de la flatterie ne recule devant aucun degré d’absurdité.

Richelieu et le roi sentaient tous deux que la mort approchait ; mais chacun d’eux, en attendant, se repaissait des projets qu’il fondait sur la mort antérieure de l'autre. Louis XIII voulait enlin gouverner, connue il l’avait déjà voulu, dans sa dixseptième année, après le meurtre de Uoncini. Le cardinal couvait le dessein de devenir, après la mort du roi, régent du royaume; mais il mourut le 4 décembre 1642, quelques mois avant le roi.

Sa mort fut, en somme, très-édiliante. Mais, quand son confesseur lui représenta le devoir de pardonner à ses ennemis, il répondit qu’il n'en avait pas eu d’autres que les ennemis de l’État. D’une part , cette confusion colossale ne manquait pas de vérité, et, de l’autre, on lui parlait de pardonner à des ennemis dont il s’était déjà vengé. On entend plus aisément à ces pieuses réconciliations au lit de la mort quand il s’agit d’ennemis heureux.

Le pape Urbain VIH dit, à la mort de Richelieu : « S’il est un

Dieu, il aura son salaire; mais s’il n'en est point , c’était vraiment un homme éminent. » Il faut convenir que, pour un ecclésiastique d’un rang moins élevé, le mot eût été un peu fort.

Le cardinal Richelieu était accessoirement poete médiocre,, et il devint ministre dans le temps où l’on trouvait ses vers mauvais. Aussi il protégea scs frères en Apollon et persécuta le génie.

Pendant que le czar Pierre le Grand était à Paris, il embrassa la statue du cardinal Richelieu et dit ces paroles : « Si tu vivais encore, je te donnerais une moitié de mon empire pour que tu m'aidasses à gouverner l'autre. » Probablement la grande question eût été de savoir qui des deux eût conservé la vie, et l’empire tout entier.

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