Don yrufuil est en français dans le texte
LE RÈGNE DE HENRI IV
blés guerriers qui s'élevèrent dans l’Allemagne en 1552, sans avoir rempli l’espérance qu'on en avait conçue. Depuis ce temps on n'avait pu décider aucun pape ît le rouvrir, conformément au vœu général, jusqu'à ce qu'enlin l'excès des maux dont les querelles religieuses accablaient les peuples de l’Europe engagèrent la France en particulier à insister expressément à ce sujet, et à obtenir de force du pape l’ie IV la reprise des séances. Les délais du pape avaient cependant inspiré au ministère français l’idée de rapprocher les esprits les uns des autres par une conférence amiable entre les docteurs des trois religions sur les points contestés, et de montrer dans la réfutation des assertions hérétiques la force de la vérité. Un des principaux objets qu'on avait en vue était de faire paraître au jour, à cette occasion, la grande différence qui régnait entre le luthéranisme et le calvinisme, et d'enlever par là aux partisans de cette dernière doctrine l'appui des luthériens allemands, qui les rendait si redoutables. C'est surtout pour ce motif, assure-t-on, que le cardinal de Lorraine prit une part très-active à ce colloque, dans lequel il voulait briller à la fois par sa science théologique et par son éloquence. Pour rendre d’autant plus éclatant le triomphe de la vraie religion sur la fausse, les séances devaient être publiques. La régente parut en personne avec son fils, avec les princes du sang, les ministres d’État et tous les grands officiers de la couronne, pour ouvrir les conférences. Cinq cardinaux, quarante évêques, plusieurs docteurs, parmi lesquels Claude D. Espensa se distinguait par sa science et par sa pénétration, se présentèrent pour l’Eglise romaine; douze théologiens choisis portèrent la parole pour l'Église protestante. Le plus éminent d'entre ceuxr ci était Théodore de Bèze, un prédicant de Genève, esprit aussi lin qu'ardent, puissant orateur, redoutable dialecticien, et le plus habile champion de cette lutte.
Invité à exposer d'abord les points de doctrine de son parti, Dèze se leva au milieu de la salle, s'y agenouilla, et récita, en levant les mains, une prière. Il la lit suivre de sa profession de foi , l'appuya de tous les arguments que la brièveté du temps lui permit d'employer, et termina par un touchant tableau du traitement sévère qu’on infligeait jusqu’ici dans le royaume à scs frères dans la foi. On l’écouta en silence; seulement lorsqu'il
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vint à parler de la présence du corps de Jésus-Christ dans la Cène, un murmure involontaire s'éleva dans l’assemblée. Quand Bèze eut terminé, on se demanda d’abord à la ronde si on le jugerait digne d'une réponse, et le cardinal de Lorraine n’eut pas peu de peine à obtenir le consentement des évéques pour lui répliquer. A la (in cependant il enlra en lice, et, dans un discours plein d’art et d'éloquence, il réfuta les principales propositions de son adversaire, surtout celles qui attaquaient l'autirité de l’Église et la doctrine catholique de la sainte Cène. On s'était déjà repenti d'avoir rendu le jeune roi témoin d’une conférence où les plus saints dogmes de l'Eglise étaient traités avec tant de liberté. Aussi, dès que le cardinal eut fini son discours, tous les évéques se levèrent, entourèrent le roi, et s’écrièrent: « Sire, c’est là la vraie foi ! c’est la pure doctrine de l’Église, celle que nous sommes prêts à scellpr de notre sang! »
Dans les séances suivantes, auxquelles on jugea plus prudent de ne pas faire assister le roi , on traita par ordre les autres points contestés, et l’on s’occupa surtout des questions relatives à la Cène, pour arracher au prédicant génevois sa propre et positive opinion sur ce dogme. La doctrine des luthériens sur ce point s'écartant, comme on le sait, de celle des réformés plus encore que de la croyance enseignée par l'Église catholique, on espérait mettre aux prises par là les deux Églises hérétiques. Mais alors ce colloque sérieux, qui devait avoir pour but de convaincre, dégénéra en une subtile lutte de mots, où l'on se servit plus des pièges et des artifices de l’escrime oratoire que des armes de la raison. Un comité plus restreint, formé de cinq docteurs de chaque croyance, auquel on abandonna à la fin la conclusion de toute la querelle, la laissa indécise comme elle était avant, et chaque parti, quand on se sépara, se déclara vainqueur.
Cette conférence ne répondit donc pas mieux, en France, à l’attente qu’on en avait conçue, qu’une autre semblable tentée en Allemagne, et l'on revint aux vieilles intrigues politiques, qui jusque-là avaient toujours produit le plus d'effet. La cour de Home se montra surtout très-active par ses légats pour rehausser la puissance du triumvirat, sur lequel semblait reposer le salut de l’Église catholique. A cette fin, on chercha à y gagner le roi de Navarre et à le détacher du parti réformé : projet fort bien
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calculé d’après le caractère inconstant de ce prince. Antoine de Navarre, plus remarquable par son grand fils Henri IV que par ses propres actions, n’annonçait le père de Henri IV par rien autre chose que ses galanteries et sa valeur guerrière. Incertain, sans consistance, de même que son petit trône héréditaire chancelait entre deux voisins redoutables, de même sa politique timide balançait d'un parti à un autre; sa croyance, d’une Église à une autre; son caractère, entre le vice et la vertu. 11 fut, durant toute sa vie, le jouet de passions étrangères, et poursuivit, avec une espérance toujours trompée, un fantôme menteur 'que l'astuce de ses rivaux lui savait présenter. L’Espagne, appuyée des intrigues papales, avait enlevé à la maison de Navarre une partie considérable de ce royaume, et Philippe II, qui n'était pas homme à réparer une injustice qui lui était utile, continua de retenir les domaines dont ses ancêtres avaient dépouillé l’héritier légitime. Antoine de Navarre n'avait à opposer à un si puissant ennemi que les armes de l'impuissance. Tantôt il se flattait d'obtenir, par souplesse, de l’équité et de la générosité de son adversaire, ce qu’il renonçait à lui arracher par la crainte; tantôt, quand cet espoir était déçu, il recourait à la France, et comptait être remis par le secours de cette puissance en possession de sa propriété. Trompé dans rette double attente, il se dévouait, poussé par le chagrin de son cœur, à la cause des protestants, qu’il ne se faisait aucun scrupule d’abandonner, dès qu'il voyait poindre l'espoir d'atteindre le même but par l’aide de leurs adversaires. Esclave de sa politique égoïste et craintive, mobile dans ses résolutions comme dans ses espérances, il n'appartenait jamais tout entier au parti dont il portait le nom, et n'achetait, même de son sang, la reconnaissance ni de l'un ni de l’autre, parce qu’il le versait pour tous deux.
C’est sur ce prince que les Guises fixèrent alors les yeux, pour fortifier par son accession la puissance du triumvirat; mais la promesse de la restitution de la Navarre était déjà chose trop usée pour pouvoir encore faire quelque effet sur ce roi souvent déçu. Ils eurent donc recours à une nouvelle invention, qui, bien qu’elle n'eùt pas plus de fondement que les précédentes, répondit parfaitement aux vues de ses auteurs. Après qu’ils eurent vainement tenté d’éblouir ce prince déliant par l'offre d’un
456 HISTOIRE DES TROUBLES QUI PRÉCÉDÈRENT mariage avec la reine veuve, Marie Stuart, et par la perspective, attachée à cette union , des royaumes d’Ecosse et d’Angleterre, il fallut que Philippe II , en dédommagement de la Navarre enlevée, lui offrît l’Ile de Sardaigne. On ne négligea pas, pour rgndre plus vif son désir, d’étaler à Ses yeux les plus magnifiques peintures des avantages attachés à ce royaume. On fit valoir aussi les espérances assez proches qu’il avait sur le trône de France, dans le cas où la famille régnante s’éteindrait dans les fils délicats de Henri II : perspective qu’il se fermerait inévitablement en demeurant davantage dans le parti protestant. Enfin on excita sa vanité par cette considération, qu’en sacrifiant de si grands avantages, il ne gagnait pas même de jouer le premier rôle dans un parti que le génie du prince de Condé gouvernait en maître absolu. L’âme faible du roi de Navarre ne put résister longtemps à de si énergiques représentations. Afin de n’être pas le second dans le parti réformé, il s’abandonna sans réserve à celui des catholiques, pour y avoir encore bien moins d’importance; et, afin de ne pas rencontrer un rival dans le prince de Condé, il se donna dans la personne du duc de Guise un maître et un dominateur. Les bosquets d’orangers de la Sardaigne, à l’ombre desquels il rêvait d’avance pour lui-même une vie délicieuse, séduisirent son imagination, et il se jeta aveuglément dans le piège qui lui était tendu. Il abandonna même la reine Catherine pour se livrer entièrement au triumvirat, et le parti réformé vit un ami, qui ne lui avait guère servi , se changer en un ennemi déclaré, qui lui nuisit encore moins.
Les efTorts de la reine Catherine avaient établi entre les chefs des deux partis religieux une apparence de paix, mais non entre les partis mêmes, qui continuaient de se poursuivre avec la haine la plus furieuse. Chacun des deux, là ou il était le plus puissant, opprimait ou harcelait l’autre, et, des deux côtés, les chefs regardaient ce spectacle sans y prendre part, contents que. de la sorte, le zèle ne s’éteignît pas et que l’esprit factieux demeurât en haleine. Bien que le dernier édit de la reine Catherine défendit aux réformés toute assemblée publique, on ne tenait nul compte de cette interdiction, partout où l’on se sentait assez fort pour la braver. A Paris aussi bien que dans les ville-’ des provinces, il y avait, malgré cet édit, des prêches publics,
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et les tentatives faites pour les troubler n’avaient pas toujours une heureuse issue. La reine remarqua avec crainte cet état d’anarchie, car elle prévoyait que par celte petite guerre on ne ferait qu’aiguiser les épées pour une plus grande. Aussi le pacilique et tolérant chancelier de L'Hôpital, son conseiller le plus important, n’eut-il pas de peine il la disposer à l’abrogation d’un édit, qui, comme on n’en pouvait assurer l'exécution, ne faisait qu'affaiblir l’autorité de la puissance législative, familiarisait le parti réformé avec la désobéissance et la i-ébellion, et, par les efforts que faisait le parti catholique pour lui donner force de loi, entretenait entre les deux un funeste esprit de persécution. A l’instigation de ce sage patriote, la régente convoqua à Saint- Germain un comité tiré de tous les parlements du royaume, chargé de délibérer « sur les mesures qu’il fallait prendre, en vue du bien public, au sujet des réformés et de leurs assemblées, abstraction faite du mérite ou du démérite inhérent à leur religion. » La réponse était déjà contenue dans la question, et un édit très-favorable aux réformés fut la conséquence de cette délibération. Dans cet édit on leur accordait formellement de se réunir, en dehors des murs, il est vrai, et sans armes, pour les actes de leur culte, et l'on recommandait à toutes les autorités de prendre ces assemblées sous leur protection. En retour, ils devaient être tenus de rendre aux catholiques toutes les églises et tous les objets du culte enlevés à ceux-ci, de payer au clergé catholique les redevances, comme les catholiques eux-mêmes, et du reste d'observer les fêtes et jours fériés, et les degrés de jiarenté dans les mariages, d’après les prescriptions de l'Eglise dominante. Cet édit qui, du mois de janvier 1562, où il fut publié, a été nommé l'édit de janvier, fut enregistré, non sans une grande résistance, au parlement de Paris, et les catholiques sévères, ainsi que le parti espagnol, l’accueillirent avec autant de mécontentement que les réformés firent éclater de joie et de triomphe. Le mauvais vouloir de leurs ennemis paraissait desarmé par ce moyen, et c’était à leurs yeux le premier pas décisif vers une existence légale dans le royaume qu’on leur eût encore fait faire. De son côté, la régente se flattait d’avoir tracé , par cet édit, une limite infranchissable entre les deux Églises, d’avoir donné de salutaires entraves à l'ambition des grands, et éteint pour long-
temps l'amorce de la guerre civile. Pourtant ce fut cet édit de paix qui, par la violation qu'il éprouva, poussa les réformés aux résolutions les plus violentes et amena la guerre qu’il était destiné à prévenir.
Ainsi donc cet édit de janvier 1562, bien loin de répondre aux vues de son auteur et de maintenir dans les limitesdu bon ordre les deux partis religieux, ne lit qu’exciter les ennemis des protestants h former des plans d'autant plus cachés et d’autant pires, l/es avantages fl ne l'édit avait accordés aux réformés, et la préférence marquée que la reine témoignait à leurs chefs, le prince de Condé et les Châtillons, blessèrent profondément l'esprit bigot et l'ambition du vieux Montmorency, des deux Guises et des Espagnols, leurs alliés. Les chefs des deux factions s'observaient entre eux tacitement, mais sans demeurer oisifs, et ils ne paraissaient attendre que le moment qui pouvait être favorable à l'explosion de leur passion dissimulée. Chaque parti, fermement résolu à répondre aux hostilités par des hostilités, évitait soigneusement de les ouvrir et de se donner aux yeux du monde les premiers torts. Un hasard amena enfin ce qu'on désirait et redoutait, au même degré, des deux parts.
l/e duc de Guise et le cardinal de Lorraine avaient quitté, depuis quelque temps, la cour de la régente, et s'étaient retirés vers les frontières d'Allemagne, d où ils pouvaient empêcher plus aisément l'entrée des protestants allemands dans le royaume. Mais bientôt le parti catholique regretta l'absence de ses chefs, et le crédit croissant des réformés auprès de la reine lit désirer ardemment leur retour. l/e duc se mit donc en route pour Paris, accompagné d'une suite nombreuse , qui s’accroissait à mesure qu'il avançait. Son chemin le menait par Yassy, sur les contins de la Champagne, où par hasard la communauté réformée était réunie pour un prêche public, l/a suite du duc, insolente comme son commandant, engagea avec cette troupe fanatique une querelle qui bientôt aboutit à des violences. Dans le tumulte désordonné de ce combat, le duc lui-même, qui était accouru à la hâte pour rétablir la paix , fut blessé d'un jet de pierre au visage. La vue de sa joue sanglante excite la rage de ses compagnons, qui alors, pareils à des bêtes furieuses, se précipitent sur ces gens sans défense, égorgent, sans égard pour le sexe
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ni pour l'Age, tout ce qui s offre a eux, et profanent indignement les objets du culte qu'ils trouvent en ce lieu. Toute la France protestante s’émut de ces violences, et les plaintes les plus vives lurent portées devant le trône de la régente , par le prince de Condé et par une députation envoyée à cet effet. Catherine lit tous ses efforts pour maintenir la paix, et, comme elle était convaincue qu’il ne fallait avoir affaire qu’aux chefs pour apaiser les partis, elle appela avec instance le duc de Guise à la cour, qui se tenait alors à Monceaux, ou elle espérait ménager un accommodement entre lui et le prince de Condé.
Mais ses efforts furent vains. Le duc osa lui désobéir et continuer sa route sur Paris, où il lit une entrée triomphante, accompagné d'une troupe nombreuse, et fut reçu en tumulte par une multitude entièrement dévouée à sa personne. Kn vain Condé, qui s’était jeté dans Paris peu de temps auparavant, essaya-t-il d'entraîner le peuple de son côté. Les Parisiens fanatiques ne virent en lui que le huguenot, qu’ils détestaient, tandis que dans le duc ils ne voyaient que l’héroïque champion de leur Église. Il fallut que le prince se retirât et abandonnât la place au vainqueur. Désormais il s’agissait de savoir lequel des deux partis l’emporterait sur l’autre en promptitude, en puissance, en audace. Pendant que le prince rassemblait des troupes en toute hâte à Meaux, où il s’était réfugié, et se réunissait aux ChAtiilons pour faire tète aux triumvirs , ceux-ci avaient déjà couru, avec une nombreuse cavalerie, à Fontainebleau, pour s’emparer de la personne du jeune roi, et mettre leurs adversaires dans la nécessité de paraître rebelles envers leur souverain.
La terreur et le trouble avaient, dès la première nouvelle de l’entrée du duc à Paris, saisi la régente : dans l'accroissement de la puissance de Guise elle voyait la ruine de la sienne. L équilibré des factions, par lequel uniquement elle avait dominé jusque-là, était rompu, et son accession publique pouvait seule mettre le parti protestant en état de le rétablir. La crainte de tomber sous la tyrannie des Lorrains et de leur parti , la crainte qu’elle éprouvait pour la vie du roi, pour sa propre vie, triompha de tout scrupule. Ne s’inquiétant plus de 1 ambition, autrefois si rédoutèe, des chefs protestants, elle ne chercha qu à se mettre en sûreté contre l’ambition des Guises. La puissance
des réformés, qui seule pouvait lui procurer celte sûreté, s’offrit à elle, dans sa première consternation : en présence du danger menaçant, il fallait maintenant que toute autre considération se tût. Elle accepta avec empressement l’assistance qui lui fut offerte par ce parti, et le prince de Condé fut invité, de la manière la plus pressante, quelques conséquences que pût avoir cette démarche, à défendre le fils et la mère. En même temps, pour n’être pas surprise par ses adversaires, elle se réfugia à Melun avec le roi , et de là, à Fontainebleau ; mais la promptitude des triumvirs déjoua cette précaution.
Ceux-ci se rendent aussitôt maitres du roi, et laissent la mère libre ou de l’accompagner, ou de se choisir, à son gré, un autre séjour. Avant qu’elle ait le temps de prendre une résolution, on se met en marche, et elle est entratnée involontairement. De quelque côté qu’elle regarde, elle ne voit que sujets de crainte; partout le danger est le même, vers quelque parti quelle incline. Elle choisit enlin le plus sûr, pour ne [ÿis s'engager dans les embarras plus grands d’une situalion incertaine, et elle est résolue de s’attacher à la fortune des Guises. On mène le roi en triomphe à Paris , où sa présence donne au zèle fanatique des catholiques le signal de se tout permettre contre les réformés. Tous leurs lieux de réunion sont pris d’assaut par la populace furieuse; les portes sont enloncées, les chaises et les bancs d'église brisés et réduits en cendres : ce fut le connétable de France, le vénérable vieillard Montmorency, qui accomplit cet exploit héroïque. Mais ce ridicule combat fut le prélude d’une guerre d'autant plus sérieuse.
Le prince de Fondé n'avait manqué le roi à Fontainebleau que de quelques heures. Conformément au voeu de la régente, il s’était mis en route sur-le-champ, pour la prendre sous sa garde, elle et son fils; mais il n’arriva que pour apprendre que le parti ennemi l’avait prévenu et que le moment décisif était perdu. Toutefois ce premier coup manqué n’abattit point son courage. « Puisque nous voilà si loin , dit-il à l’amiral Coligny, il faut passer à gué, ou couler à fond '. » Il vola avec ses troupes à
1. Les paroles mêmes do Condé sont : « C’en est fait, nous sommes plongés si avant qu’il faut boire ou se noyer. *»
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Orléans, où il arriva encore à temps pour donner la victoire au colonel d’Andelot, qui y luttait avec un grand désavantage contre les catholiques. 11 résolut de faire de celte ville sa place d'armes, d'y rassembler ses partisans et de s’y ménager pour sa famille, et pour lui-même après un malheur, un refuge ouvert.
Des deux parts alors la guerre commença par des manifestes et des contre-manifestes, où était répandue toute l’amertume de la haine des partis, et où il ne manquait rien que la sincérité. Le prince de Coudé, dans les siens, sommait tous les Français bien pensants d’aider à délivrer leur roi et la mère de leur roi de la captivité où les tenaient les Guises et leurs par titans. C’était par la possession même de la personne du roi que ces derniers cherchaient à prouver la justice de leur cause, et à décider tous les sujets fidèles à se réunir sous les drapeaux de leur souverain. Celui-ci même, le roi mineur, dut déclarer dans son conseil d’État qu’il était libre, ainsi que sa mère, et confirmer l’édit de janvier. Les deux partis jouèrent la même comédie visà-vis des puissances étrangères. Pour endormir les protestants allemands, les Guises déclarèrent que la religion n’était pas en jeu, et qu’il n’y avait guerre que contre les révoltés. Le prince de Condé employa un semblable artifice pour détacher les puissances catholiques étrangères des intérêts de ses ennemis. Dans cette lutte de la tromperie, Catherine ne démentit pas son caractère ni sa politique. Forcée par les circonstances de jouer un double personnage, elle sut, avec un art merveilleux, réunir en sa personne les rôles les plus contradictoires. Elle niait ouvertement les autorisations qu'elle avait accordées au prince de Condé, et lui recommandait sérieusement la paix, tandis qu'en secret, dit-on, elle secondait ses enrôlements et l'encourageait à pousser vivement la guerre. Quand les lettres du duc de Guise aux gouverneurs des provinces commandaient d'égorger tout ce qui était protestant, celles de la régente, au contraire, contenaient l’ordre tout opposé d'agir avec ménagement.
Tout en prenant ces précautions politiques, on ne perdait pas de vue l'affaire principale, la guerre même, et ces efforts apparents pour la conservation de la paix ne faisaient que donner d'autant plus de temps au prince de Condé pour se mettre en état de défense. Toutes les églises réformées furent invitées par
lui à subvenir aux dépenses d’une guerre qui les touchait de si près, et le fanatisme religieux de ce parti lui ouvrit leurs trésors. Les levées furent poussées de la manière la plus diligente ; une brave et fidèle noblesse s'arma pour le prince, et un acte solennel et détaillé fut dressé pour réunir en un seul corps tout le parti dispersé, et déterminer le but de la confédération. On y déclarait qu’on avait pris les armes pour défendre les lois du royaume, l’autorité et la personne même du roi, contre les attaques violentes de certaines têtes ambitieuses, qui jetaient le désordre dans tout l’État. On s’obligeait par un serment sacré de s’opposer, de toutes ses forces, aux blasphèmes, à toutes les profanations, à toutes les doctrines et coutumes superstitieuses, à tous les excès, etc. Ce qui équivalait à déclarer formellement la guerre à l’Église catholique. Enfin, l’on concluait en reconnaissant le prince de Condé pour chef de toute la confédération; on lui promettait ses biens et son sang et la plus stricte obéissance. I.a rébellion eut dès lors une forme plus régulière; les entreprises particulières, plus de rapport à l'ensemble, plus d’accord; à partir de ce moment seulement, le parti devint un corps organisé, qu’un esprit intelligent animait. A la vérité , les catholiques et les réformés s’étaient depuis longtemps essayés les uns contre les autres dans de petits combats particuliers; quelques nobles avaient isolément pris les armes dans diverses provinces, levé des soldats, conquis des villes par surprise, ravagé le plat pays, livré de petites batailles; mais ces opérations partielles, de quelques souffrances qu’elles accablassent les contrées qui en étaient le théâtre, demeuraient sans conséquences pour l'ensemble, parce qu’on manquait aussi bien d’une place importante que d'une armée principale qui, après une défaite, pussent assurer un asile aux troupes fugitives.
Maintenant on s’armait dans tout le royaume, ici pour l’attaque, là pour la défense. En Normandie surtout, les villes principales, et Rouen d’abord , se déclarèrent pour les réformés. Un terrible esprit de discorde, qui déliait jusqu’aux nœuds les plus sacrés de la nature et de la société politique, parcourait les provinces. Le pillage, le meurtre et des combats sanglants signalaient chaque journée. L’aflreux spectacle des cités fumantes annonçait la misère universelle. Ües frères se séparaient
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de leurs frères, des pères de leurs fils, des amis de leurs amis, pour se ranger sous des chefs divers, et se retrouver dans l’horrible mêlée des citoyens. Cependant une armée régulière se réunissait sous les yeux du prince de Condé, à Orléans; une autre à Paris, sous les ordres du connétable de Montmorency et des Guises : toutes deux également impatientes de décider les grandes destinées de la religion et de la patrie.
Avant qu’on en vint là, Catherine, inquiète de l’issue de la guerre, quelle quelle pût être, car elle menaçait, quel que fût le parti vainqueur, de lui donner un maître, tenta encore une fois la voie de la médiation. A son instigation , les chefs négocièrent en personne à Thoury, et, comme il n’y eut point de résultat, une nouvelle conférence eut lieu à Talsy, entre Châteaudun et Orléans. Le prince de Condé insista sur l’éloignement du duc de Guise, du maréchal de Saint- André et du connétable, et la reine avait en effet obtenu de ceux-ci que , pendant la conférence, ils s'éloigneraient à quelques lieues du quartier du roi. Après que le principal motif de méfiance eut été de la sorte écarté, cette princesse rusée, qui ne visait réellement qu’à se débarrasser de la tyrannie aussi bien d’un parti que de l'autre, sut, avec un art astucieux, amener le prince de Condé, par l’entremise de l’évêque de Valence, négociateur de la reine, àolfrir de quitter le royaume avec tout son parti , si seulement ses adversaires voulaient faire de même. Elle le prit au mot sur-lechamp, et elle triomphait déjà de l’étourderie du prince, quand le mécontentement général de l’armée protestante et une plus mûre appréciation de cet acte irréfléchi, décidèrent Condé à rompre brusquement la conférence , et à rendre à Catherine tromperie pour tromperie. Ainsi échoua encore le dernier essai d’un accommodement ‘amiable , et désormais l'issue de la querelle ne dépendit ^>lus que des armes.
Les historiens ne se lassent pas de décrire les cruautés qui marquèrent cette guerre. Un seul regard jeté dans le cœur de l’homme et dans l’histoire suffira pour nous rendre concevables toutes ces horreurs. C'est une remarque qui n’est rien moins que neuve, que nulle guerre ne se fait d'une manière moins loyale et plus inhumaine que celles qu’excitent dans l'intérieur d'un État le fanatisme religieux et la haine des partis. Des
mobiles qui ont déjà montré leur force en étouffant tout ce qui d'ordinaire est le plus sacré pour l’homme , qui ont rompu les liens respectables par lesquels le sujet est uni à son souverain , et triomphé de l’instinct plus puissant encore de la nature, ne trouvent plus de frein dans les devoirs de l’humanité; et la violence même que les hommes sont obligés de se faire pour briser ces fortes attaches, les entraîne, à l’aveugle et sans que rien les puisse retenir, aux dernières extrémités. Les sentiments de justice, de bienséance et de lidélité, qui se fondent sur l’égalité reconnue des droits, perdent leur pouvoir dans les guerres civiles, où chaque parti voit dans l’autre des criminels, et s’attribue à lui-même la mission de les châtier. Quand un État combat contre un autre, et que la volonté seule du souverain arme les peuples; quand le seul mobile de l’honneur les excite à la vaillance, l’honneur demeure sacré pour eux, même à l’égard de l’ennemi, et une généreuse bravoure sait ménager jusqu’à ses victimes. L’objet des désirs du guerrier est là quelque chose de tout à fait distinct de l’objet de son courage, et c’est la passion d’autrui qui combat par sa main. Dans les guerres civiles, c’est la passion du peuple qui combat, et l'ennemi est l’objet de cette passion. Chaque individu est ici l’offenseur, parce que chaque individu a embrassé par un libre choix le parti pour lequel il se bat. Chaque individu est ici l’offensé, parce qu'on méprise ce qu’il estime, parce qu’on attaque ce qu’il aime, parce que l’on condamne cê qu’il a choisi. Dans ces luttes où la passion et la nécessité mettent de force dans la main du paisible laboureur, de l’ouvrier, de l'artisan, le glaive auquel ils ne sont point accoutumés, l’acharnement et la fureur peuvent seuls suppléer au manque d’habileté guerrièrej le désespoir, au défaut de vrai courage. Quand on a quitté son foyer, son séjour natal , sa famille , sa propriété , on jette, avec une envieuse complaisance, la torche de l’incendie sur le bien d’autrui, et l’on n’a nul égard, sur les lèvres d’un étranger, à la voix de la nature, qu'on n’a pas écoutée dans sa propre maison. Enfin, quand les sources mêmes sont troublées, d’où coule pour le commun peuple toute moralité, quand on insulte à tout ce qui est vénérable, que les choses saintes sont profanées, que les choses immuables sortent de leurs gonds, quand les organes vitaux de
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l’ordre général sont atteints de maladie, alors la contagion de l’ensemble se communique à chaque cœur en particulier, et dans chaque cerveau se déchaîne l’orage qui ébranle les fondements de l’État. Et trois fois plus terrible est le mal quand l'exaltation religieuse s’unit à la haine des factions, et que la torche de la guerre civile s’allume à la flamme impure du fanatisme sacerdotal.
Or c’était là le caractère de cette guerre qui alors ravageait la France. Du sein même de la religion réformée sortait l'esprit sombre et cruel qui donna à la lutte cette direction funeste , qui enfanta tous ces méfaits. Dans le camp de ce parti on ne voyait rien de riant, rien de réjouissant : un sombre zèle avait banni tous les jeux, tous les chants de société. A leur place résonnaient des psaumes , des prières , et les prédicants étaient sans cesse occupés d’inculquer au soldat ses devoirs religieux , et d'attiser son zèle fanatique. Une religion qui imposait aux sens de tels tourments ne pouvait inviter les âmes à l’humanité : le caractère de tout le parti devait nécessairement s’endurcir par l’e(Tet de cette foi morne et servile. Toute trace de papisme mettait en fureur l’esprit exalté des calvinistes; les autels et les hommes , sans distinction , étaient sacrifiés à leur orgueil intolérant. Où ne les eût pas portés le fanatisme seul, la disette et le besoin les poussaient. Le prince de Condé luimême donna l'exemple du pillage, qui bientôt fut imité dans tout le royaume. Privé des ressources à l’aide desquelles il avait jusque-là soutenu la guerre , il porta la main sur les objets consacrés au culte catholique, dont il put s’emparer, et fit fondre les saints vases et ornements. La richesse des églises offrait un trop grand appât à l’avidité des protestants, et la profanation des sanctuaires une trop douce satisfaction à leur soif de vengeance, pour qu’ils pussent résister à la tentation. Toutes les églises dont ils purent se rendre maîtres, les couvents surtout, furent en proie aux excès de leur avarice en même temps que de leur zèle fanatique. Non contents du pillage , ils profanaient les objets du culte de leurs ennemis avec la plus amère raillerie, et s'attachaient , avec une cruauté réfléchie , à déshonorer par une barbare licence tout ce qu’adoraient leurs adversaires. Ils démolissaient les églises, rasaient les autels, mutilaient les images
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dessairrts, roulaient aux pieds les reliques, ou les souillaient par l'usage le plus indigne, fouillaient même les tombeaux, et faisaientexpicr aux ossements des morts la foi des vivants. Il n’est pas étonnant que de si sensibles outrages poussassent aux plus terribles représailles , que toutes les chaires catholiques retentissent d'imprécations contre les infâmes profanateurs de la foi, que le huguenot , une fois pris , ne trouvât point de miséricorde chez le papiste , que les horreurs que l’on réputait commises contre la divinité fussent vengées par des horreurs contre la nature et l'humanité.
Les chefs donnèrent eux-mêmes le premier exemple de ces actes barbares, mais les excès auxquels la plèbe des deux partis fut ainsi entraînée leur inspirèrent bientôt le repentir de leur précipitation passionnée. Chaque parti s’ellorçait de l'emporter sur l'autre en cruauté inventive. Non content de l'assouvissement sanglant de la vengeance, on cherchait encore à prolonger, par de nouveaux artilices de torture, cette jouissance affreuse. La vie humaine était devenue un jouet, et le rire moqueur du meurtrier aiguisait encore l’aiguillon douloureux de la mort. Nul asile, nul accord juré, nul droit des hommes ou des nations, ne protégeant contre la rage aveugle et brutale, il n’y avait plus ni foi, ni honneur, et par les serments on ne faisait qu'attirer les victimes. Un arrêt du parlement de Paris qui contenait la condamnation formelle et solennelle de la doctrine réformée, et vouait tous ses adhérents à la mort; une autre sentence plus énergique, œuvre du conseil du roi, et qui proscrivait tous les partisans du prince de Condé, lui seul excepté, comme violateurs de la majesté, n’étaient guère propres à contribuer à l'apaisement des esprits; car désormais le nom de leur roi et la perspective assurée du butin enflammaient le zèle persécuteur des papistes, et le désespoir exaltait le courage des huguenots*.
1. Ici finit le morceau qui sert d'introduction au II* volume de la n* partie des Mémoires historiques. La suite ouvre le tome III, sous ce titre général, qui. est une très- légère modification de celui du tome II : Continuation de l'aperçu des troubles civils qui précédèrent en France le régne de Henri IV, et avec le second titre : Guerres civiles en France , de l’an 1562 d l'an 1569 (au lieu de 1569, il Taut sans doute lire 1567 ).
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En vain Catherine de Médicis avait employé tous les artifices de sa politique pour apaiser la fureur des partis; en vain un arrêt du conseil avait déclaré rebelles et coupables de haute trahison tous les partisans du prince de Condé; en vain le parlement de Paris avait pris parti contre les calvinistes : la guerre civile était déchaînée, et toute la France était en feu. Mais, quelque confiance que les religionnaires eussent dans leurs forces, le résultat ne répondit en aucune façon à l’attente que leur armement avait excitée. La noblesse réformée qui faisait la force principale de l’armée du prince de Condé, avait épuisé, en peu de temps, ses petites provisions , et , se voyant hors d’état , comme il ne se faisait rien de décisif et que la guerre traînait en longueur, de se défrayer elle-même désormais, elle obéit à la voix pressante de l'intérêt personnel , qui la rappelait chez elle pour défendre ses propres foyers. Elle fut bientôt dispersée, cette armée qui promettait de si grands exploits, et il ne resta d’autre parti au prince, beaucoup trop faible maintenant pour tenir la campagne contre un ennemi bien supérieur, que de s'enfermer, avec le reste de ses troupes, dans la ville d’Orléans.
Li, il attendit les secours que lui avaient fait espérer quelques puissances protestantes étrangères. L’Allemagne et la Suisse étaient, pour les deux parties belligérantes, une pépinière de soldats, dont la bravoure vénale, indifférente à la cause pour laquelle on combattait, était à la disposition du plus offrant. Des troupes mercenaires, allemandes et suisses, allaient joindre, selon que leur propre avantage et celui de leur chef le voulait,' des drapeaux opposés, et l’intérêt île la religion exerçait peu d’influence sur leur choix.
Pendant qu’aux bords du llhin on levait une armée pour le prince, un traité fort important fut , en même temps, conclu avec la reine Elisabeth d’Angleterre. La même politique qui, dans la suite, engagea cette princesse à s’ériger en protectrice des Pays-Bas contre leur oppresseur, Philippe d’Espagne, et à prendre sous sa garde ce nouvel État naissant, lui imposait de semblables devoirs envers les protestants français, et le grand intérêt de la religion ne lui permettait pas de demeurer spectatrice indifférente de la ruine de ses coreligionnaires dans un
royaume voisin. Cette impulsion de sa conscience n’était pas peu fortifiée par les raisons politiques. Une guerre civile en France assurait son propre trône encore chancelant contre une attaque de ce côté , et lui offrait en môme temps une occasion souhaitée d’agrandir, aux dépens de cet État, ses propres possessions. La perte de Calais était une blessure encore récente pour l’Angleterre: avec cette place frontière importante, elle avait perdu la libre entrée de la France. La politique d'Élisabeth s’occupait depuis longtemps de réparer ce dommage, et de s'établir solidement, d'un autre côté , dans le royaume, et la guerre qui s’était alors allumée en France lui offrait le moyen d’exécuter ce dessein. Six mille hommes de troupes auxiliaires anglaises furent accordés au prince de Condé, à la condition qu'une moitié occuperait le Havre-de-Grûce, et l'autre les villes de Rouen et de Dieppe, en Normandie, comme lieux de refuge pour leurs coreligionnaires persécutés. Ainsi la fureur del'esprit départi éteignit, pour un temps, chez les protestants français, tous les sentiments patriotiques, et la haine nationale invétérée contre les Anglais céda occasionnellement A la haine plus ardente des sectes et à l’intolérance des factions aigries.
La crainte de la prochaine entrée des Anglais en Normandie attira l’armée royale dans celte province, et la ville de Rouen fut assiégée. Le parlement et les bourgeois les plus notables avaient déjà fui auparavant de cette ville, dont la défense demeura abandonnée à une multitude fanatique, qui, échauffée par des prédicants exaltés, n’obéissait qu’à son zèle aveugle et à la loi du désespoir. Mais, malgré le courage de la population, les murs, après un mois de résistance, furent escaladés d’assaut, et l'opiniâtreté de leurs défenseurs fut châtiée par un traitement barbare , que les protestants, à Orléans, ne laissèrent pas longtemps impuni. ta mort du roi de Navarre, qui fut la suite d’une blessure reçue devant Rouen , signala le siège de cette place, en l’an 1562, mais sans le rendre vraiment mémorable , car le décès de ce prince demeura également insignifiant pour les deux parties belligérantes,
La perte de Rouen et les progrès victorieux de l'armée ennemie dans la Normandie menaçaient le prince de Condé, qui maintenant ne voyait plus qu’un petit nombre de grandes villes
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dans sa dépendance, de la ruine prochaine de son parti, quand , l’apparition des troupes auxiliaires allemandes, avec lesquelles son lieutenant Andelot, après avoir surmonté d'inlinies difficultés, avait réussi à faire sa jonction, ranima ses espérances. A la tête de ces troupes, qui, unies aux siennes, formaient une armée considérable, il se sentit assez fort pour marcher sur l'aris, et jeter l’effroi dans cette capitale en arrivant à l'improviste en armes. Sans l'habileté politique de Catherine, Paris, cette fois, eût été conquis, ou du moins une paix avantageuse eût été imposée par les protestants. A l’aide des négociations, son expédient ordinaire dans le danger, la reine sut arrêter le prince dans le cours de son entreprise, et, en le flattant d’un traité favorable, gagner du temps pour le salut. Elle promit de confirmer l’édit de janvier, qui accordait aux protestants le libre exercice de leur culte, et de n’excepter que les villes où siégeaient les cours souveraines de justice. Comme le prince voulait voir étendre à ces dernières aussi la tolérance religieuse, les négociations furent traînées en longueur, et Catherine eut le temps nécessaire pour prendre ses mesures. La trêve quelle sut obtenir de lui durant ces pourparlers, devint funeste aux confédérés, et, pendant que les royalistes , dans les murs de l'aris, se refaisaient, et se renforçaient de troupes auxiliaires espagnoles, l’armée du prince se fondait par la désertion et la rigueur du froid, de sorte qu’en peu de temps il fut contraint à un honteux départ. 11 dirigea sa marche vers la Normandie, où il attendait de l'argent et des troupes d’Angleterre; mais, non loin de la ville de Dreux, atteint par l'armée de la reine, qui lu poursuivait, il se vit forcé à une action décisive. Consternées, irrésolues, comme si les sentiments étouffés de la nature avaient pour un moment réclamé leurs droits, les deux armées se regardèrent quelque temps avec stupeur, avant que les canons donnassent le signal de la mort. La pensée du sang de ses concitoyens et de scs frères qui allait être répandu, pénétrait d'une horreur passagère chacun des combattants. Mais cette lutte de la conscience ne dura pas longtemps ; le cri sauvage de la discorde étouffa bientôt la faible voix de l’humanité. Une tempête d'autant plus furieuse succéda à ce silence significatif. Des deux côtés, l'on combattit avec un courage également audacieux, avec la même violeuce, le même
acharnement. La victoire flotta incertaine d'un parti à l’autre, jusqu’à ce que la résolution du duc de Guise la fit pencher du côté duroi. Parmi les confédérés, le prince de Condé; parmi les royalistes, le connétable de Montmorency, furent faits prisonniers, et de plus, entre ces derniers, le maréchal de Saint-André demeura sur la place. Le duc de Guise resta maître du champ de bataille : cette victoire décisive le délivrait à la fois d'un terrible ennemi déclaré et de deux rivaux de sa puissance.
Si. Catherine avait supporté avec peine la dépendance où (a tenaient les triumvirs, la domination exclusive du ducde Guise, dont l'ambition ne connaissait pas de bornes, l’orgueil, nulle modération , dut lui être désormais doublement pénible. La victoire de Dreux, bien loin de satisfaire les vœux de la reine, lui avait donné, en la personne du duc, un maître, qui ne tarda pas longtemps à profiter de la supériorité qu’il avait obtenue et à parler le langage hautain et confiant d'un dominateur. Tout était à ses ordres, et la puissance illimitée qu'il possédait , lui procurait les moyens d'acheter des amis et de remplir de ses créatures la cour aussi bien que l’armée. Catherine, bien que la politique lui conseillât de relever le parti abattu des protestants, et de refréner, en rétablissant en dignité le prince de Condé, les prétentions du duc, fut entraînée par l’influence supérieure de ce dernier à des mesures toutes contraires Guise poursuivit sa victoire, et marcha sur Orléans, pour ruiner d’un coup le parti des protestants, par la prise de cette place, qui renfermait leur principale force. La perte d’une bataille et la captivité de leur chef avait, il est vrai, ébranlé leur courage,» mais n'avait pu le dompter entièrement. A leur tête était l’amiral Coligny, dont l’esprit inventif, inépuisable en ressources, se déployait surtout avec éclat dans l'adversité. U avait rassemblé en peu de temps sous ses drapeaux les débris de leur armée battue, et, ce qui était plus encore, leur avait donné, en sa personne, un général. Il les conduisit, renforcés de troupes anglaises, et soldés avec l’argent de l'Angleterre, en Normandie, pour se préparer, dans cette province, par de petits traits d'audace , à une plus grande entreprise.
Cependant François de Guise continuait de presser la ville d’Orléans, pour couronner ses triomphes par cette conquête.
LE RÈGNE DE HENRI IV
Andelot, avec le noyau de l'année et les chefs les plus éprouvés, s’était jeté dans celte cité, où était aussi gardé le connétable prisonnier. La prise d’une place si importante aurait terminé d'un coup la guerre : aussi le duc n'épargnait-il aucun effort pour s’en emparer. Mais, au lieu des lauriers espérés, il trouva sous ses murs le terme de sa grandeur. Un assassin, Jean Poltrot de Méré, le blessa avec des balles empoisonnées, et commença par ce sanglant attentat la tragédie que le fanatisme développa ensuite si affreusement par une succession de semblables horreurs. Incontestablement, le parti calviniste fut délivré, en sa personne, d'un adversaire redoutable , Catherine d'un dangereux associé de sa puissance; mais, en même temps, la France perdit en lui un héros, un grand homme. Quelque haut que s'égarassent les prétentions de ce prince, il faut convenir qu'il était à la hauteur de ses plans. Si nombreuses que soient les tempêtes que son ambition avait soulevées dans l'État, au moins ne manquait-il pas, de l'aveu même de ses ennemis, de ce généreux élan de la pensée qui, dans les grandes âmes, ennoblit toute passion. Combien était sacré pour lui le devoir de l’honneur, même au milieu de cette barbarie de mœurs qu’amène la guerre civile, où les sentiments de l'humanit4 sont d’ordinaire si enclins à se. taire : c'est ce que témoigne le traitement que reçut de lui le prince de Coudé, son prisonnier, après la bataille de Dreux. On ne vit pas sans étonnement ces deux adversaires acharnés, qui avaient été occupés, pendant tant d’années, à se perdre l’un l'autre, qu’excitaient à la vengeance tant d'offenses mutuelles, à la déliance tant d'actes d'hostilité, manger familièrement ensemble à la même table, et, selon l'usage de ce temps, coucher dans le même lit.
La mort de son chef arrêta promptement l’activité du parti catholique et facilita les efforts que faisait Catherine pour rétablir le repos. Les maux toujours croissants de la France excitaient dans les cœurs de pressants désirs de conciliation , et la captivité des deux chefs principaux , Coudé et Montmorency, donnait des espérances fondées de paix. Tous deux , également impatients de recouvrer leur liberté , invités sans cesse par la reine mère à la réconciliation, s’accordèrent enün par le traité d'Amboise de 1563, où l’édit de janvier fut, à peu d’exceptions
près, confirmé; l’exercice public du culte concédé aux réformés dans les villes qu'ils possédaient en ce temps-là, mais restreint, dans les campagnes, aux domaines des hauts justiciers, et, pour les nobles, à l'intérieur de leurs maisons : au reste, le passé tout entier était enseveli dans un éternel oubli.
Quelque considérables que parussent les avantages que l’accord d’Araboise procurait aux réformés , Coligny avait pourtant parfaitement raison de le maudire comme une démarche précipitée de la part du prince, et comme une œuvre de tromperie de la part de la reine. Par l'effet de cette paix prématurée, c'en était fait de toutes les brillantes espérances de son parti, qui jamais peutêtre, dans tout le cours de cette guerre civile, n’avaient été si fondées qu’alors. Le duc de Guise , l’âme de tout le parti catholique, le maréchal de Saint-André, le roi de Navarre, dans la tombe; le connétable prisonnier; l’armée sans chef et mécontente à cause du retard de la solde; les finances épuisées : de l'autre côté, une armée florissante, le secours puissant de l’Angleterre, des amis en Allemagne, et dans le zèle religieux des protestants français des ressources abondantes pour continuer la guerre. Les places d’armes importantes de Lyon et d’Orléans, dont la conquête et la défen^ avaient coûté tant de sang, étaient perdues maintenant d’un trait de plume; il fallait que l’armée se dispersât, que les Allemands s'en retournassent chez eux. Et, pour tous ces sacrifices, bien loin de faire un pas en avant vers l’égalité civile des religions, on n'avait pas même recouvré les anciens droits.
L'échange des chefs prisonniers, et l’expulsion des Anglais du Havre-de-Grâce , que Montmorency opéra avec les restes de l’armée protestante licenciée, furent le premier fruit de cette paix, et l'ardeur que montrèrent à l’envi les deux partis pour hâter cette entreprise , prouvait moins le rétablissement de l'accord des Français que l'indestructible puissance de la haine nationale, que ne pouvaient vaincre ni le devoir de la reconnaissance ni le plus grand intérêt de la passion. L’ennemi commun ne fut pas plus tôt repoussé du sol de la patrie, que toutes les passions qu’enflamme l’esprit de secte revinrent dans toule leur force et renouvelèrent les tristes scènes de la discorde. Quelque mince que fût le profit que les calvinistes retiraient du
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nouveau traité, ce petit avantage même leur fut envié, et, sous prétexte de régler l'exécution des points convenus, on s’arrogea le droit de restreindre aux plus étroites limites, par une interprétation arbitraire, ce qui leur était accordé. L'esprit ambitieux de Montmorency n’était occupé que de miner cette paix, dont pourtant il avait été l'instrument : la guerre seule pouvait le rendre indispensable à la reine. Le fanatisme intolérant dont il était lui-même animé se communiqua à plusieurs des chefs dans les provinces , et malheur aux protestants dans les contrées où le grand nombre n était point de leur côté! En vain ils réclamaient les droits que la lettre de la convention leur reconnaissait expressément : le prince de Condé , leur protecteur, enlacé dans les filets de la reine et las du rôle ingrat d'un chef de parti , se dédommageait , dans le repos voluptueux de la vie de la cour, des longues privations que la guerre avait imposées à sa passion dominante. Il se contentait de protesta* lions écrites, qui, n'étant pas soutenues par une armée, demeuraient naturellement sans effet, pendant que les édits se succédaient pour restreindre plus encore les modiques libertés de son parti.
Cependant le jeune roi fut déclaré majeur en 1563, et Catherine le promena dans toute la France, pour montrer aux sujets leur souverain, abattre par la présence royale l’esprit de révolte des factions, et gagner à son fils l'amour de la nation. La vue de tant d'églises et de couvents détruits, qui étaient de terribles témoignages de la fureur fanatique de la plèbe protestante, n’était guère propre à inspirer à ce jeune prince une idée favorable de la nouvelle religion, et il est assez vraisemblable qu’à cette occasion une haine ardente contre les sectateurs de Calvin s’imprima dans son âme.
Pendant qu’au sein des partis mécontents s'amassaient les éléments d’une nouvelle conflagration , Catherine, à la cour, se montrait occupée de donner le spectacle illusoire d’une feinte réconciliation entre les chefs, également aigris. Un grave soupçon tachait depuis longtemps l’honneur de l’amiral de Coligny. François de Guise était tombé sous la main d’un assassin, et la mort d'un tel ennemi était un événement trop heureux au gré de l'amiral, pour que la haine de ses eiuiemis^pût s'abstenir
de l’accuser d’y avoir eu part. Les déclarations du meurtrier , qui, pour amoindrir sa propre faute, se mettait à l'aliri d’un grand nom, donnèrent à ce soupçon une apparence de fondement. Il nesullisait pas que l’honneur bien connu de l’amiral réfutât cette calomnie : il est des circonstances où l’on ne croit à aucune vertu. L’esprit de ce siècle, ramené à la barbarie, ne souffrait aucune grandeur d’âme qui eût voulu s'élever audessus de lui. Antoinette de Bourbon, veuve du duc assassiné, accusa hautement et publiquement du meurtre l’amiral, et son lils Henri de üuise, dont le cmur battait dès lors du sentiment de sa future grandeur , avait déjà conçu le terrible dessein de la vengeance. L’active politique de Catherine étouffa ce dangereux foyer d’hostilités nouvelles; car, quelque favorable que fût à son besoin de dominer la discorde des factions , elle en réprimait soigneusement toute explosion publique, qui l’eût luise dans la nécessité de prendre parti entre les sectes rivales et de renoncer à son indépendance. Ses efforts infatigables réussirent à obtenir de la veuve et du frère de la victime une déclaration honorable qui purgeait l’amiral de l'accusation de meurtre, et amenait entre les deux familles une récunciliation simulée.
Mais, sous le voile de cette concorde artificielle, se développaient les gprines d'une nouvelle et furieuse guerre civile. Le moindre avantage concédé aux réformés paraissait aux catholiques zélés une impardonnable attaque à la suprématie de leur religion, une profanation du sanctuaire, un vol fait à l’Église, qui ne pouvait renoncer au plus petit de ses droits. Les accords les plus solennels qui lésaient ces droits inviolables, ne pouvaient avoir, à leur sens, aucune validité, et c’était le devoir de tout chrétien orthodoxe d’arracher, comme un bien dérobé . ces privilèges , à cette secte étrangère et digne d’imprécation. Pendant que de Home on travaillait à nourrir et à exciter encore plus ces dispositions hostiles, pendant que les chefs des catholiques armaient de l’autorité de leur exemple ce zèle fanatique? le parti contraire ne négligeait malheureusement rien pour enflammer encore contre lui , par des exigences de plus en plus hardies, le zèle des papistes , et il étendait ses prétentions à proportion qu'elle; paraissaient plus intolérables à ses adversaires.
LE RÈGNE DE HENRI IV
« Il y a peu de temps, dit Charles IX à Coligny, vous vous contentiez d'ètre tolérés par nous ; maintenant vous voulez avoir des droits égaux aux nôtres; je verrai bientôt le jour où vous nous chasserez du royaume pour rester seuls maîtres du terrain. »
Dans cette mauvaise disposition des esprits, une paix qui avait contenté un parti aussi peu que l'autre ne pouvait durer. Catherine elle-même , tirée de sa sécurité par les menaces des calvinistes, songea sérieusement à une rupture ouverte, et toute la question était de savoir par quel moyen on pourrait mettre en mouvement les troupes nécessaires , de manière à ne pas instruire trop tôt du danger qu'il courait un ennemi soupçonneux et vigilant. La marche d'une armée espagnole vers les Pays-Bas, sous le commandement du duc d'Albe, laquelle toucha en passant la frontière française, fournit le prétexte désiré d'un armement dirigé contre les ennemis intérieurs du royaume. 11 parut conforme à la prudence de ne pas laisser passer aux portes du royaume, sans la surveiller attentivement, une lorce aussi dangereuse que celle que commandait le généralissime espagnol , et l'esprit soupçonneux des chefs protestants comprit luimême la nécessité de mettre sur pied une armée .d'observation, qui pût tenir en bride ces hôtes redoutables et couvrir contre une surprise les provinces menacées. Pour profiter aussi de cette circonstance , ils s’offrirent avec astuce à armer également leur parti pour la défense du royaume ; stratagème par lequel, * s’il eût réussi , ils espéraient se donner contre la cour le même avantage que celle-ci avait voulu obtenir contre eux. En toute hâte, Catherine lit recruter des soldats et équiper une armée de six mille Suisses, à la tête de laquelle elle ne plaça, à l'exclusion des calvinistes, que des chefs catholiques. Ces troupes côtoyèrent, aussi longtemps que dura sa marche, le duc d Albe, a qui la pensée n'était jamais venue de rien entreprendre d’hostile contre la France. Mais, après l'éloignement du danger, les Suisses, au lieu de se disperser, se dirigèrent vers le cœur du royaume, où l’on espérait surprendre à ('improviste les principaux chefs des huguenots. Ce periide projet s'ébruita à temps . et ces derniers reconnurent avec terreur la proximité de l'abîme dans lequel on voulait les précipiter. 11 fallait une prompte décision. Ün
i76 HISTOIRE DES TROUBLES OUI PRÉCÉDÈRENT tint conseil chez Coligny. Dans peu de jours, on vit tout le parti en mouvement. Le plan était de gagner la cour de vitesse et d'enlever le roi à sa campagne de Monceaux , où il se croyait , avec une faible garde, en parfaite sûreté. Mais, au bruit de ces mouvements , il s'empressa de gagner Meaux , où l’on ordonna aux Suisses d’accourir en toute hâte. Ils y arrivèrent encore assez à temps , mais la cavalerie du prince de Gondé approchait de plus en plus; l’armée des confédérés devenait à chaque instant plus nombreuse , et menaçait d’assiéger le roi dans son asile. La résolution des Suisses l’arracha à ce pressant danger. Ils s'offrirent de le conduire à Paris à travers les ennemis, et Catherine n’hésita pas à confier à leur bravoure la personne du roi. Le départ eut lieu vers minuit. Se rangeant en bataillon carré, ils prennent au milieu le monarque et sa mère, et cette forteresse mobile s’avance et forme avec les piques tendues une muraille hérissée que la cavalerie ennemie ne peut rompre. Le courage provoquant avec lequel marchaient les Suisses, enflammé par le saint palladium de la majesté royale qu’ils mettaient à l'abri au milieu d’eux, abattit la vaillance de l’ennemi, et le respect de la personne du roi, dont les Français ont tant de peine à se dépouiller , ne permit au prince de Gondé que de tenter quelques escarmouches insignifiantes. Et ainsi le roi arriva le même soir à Paris, convaincu' qu'il ne devait à l'épée des Suisses rien de moins que sa vie et sa liberté.
La guerre était déclarée, et avfec la réserve ordinaire, qu’on n’avait pas pris les armes contre le roi , mais contre ses ennemis et ceux de l’État. Parmi ceux qu’on nommait ainsi, le plus détesté était le cardinal de Lorraine : comme l’on était convaincu qu’il rendait constamment les plus mauvais services à la cause protestante, c’était surtout sa ruine que l’on avait en vue. Heureusement il échappa à temps au coup dirigé contre lui , abandonnant ses bagages et sa vaisselle à la rage de l’ennemi.
ta cavalerie du prince était, il est vrai , en campagne; mais déconcertée par les mesures plus promptes du roi , elle n’avait pas eu le temps de se combiner avec l’infanterie allemande attendue et de former une armée régulière. Uuelque brave que fût la noblesse française, dont se composait, en très-grande partie , la cavalerie de Condé, elle était peu propre aux sièges ,