DE LA TI1ALIE IU1ÉNANE
A messieurs les auteurs, nommés ou anonymes, des ouvrages dramatiques et lyriques qui m'ont été envoyés depuis quelques années pour prendre plaeo dans la Tlialie , j'exprime ici toute ma gratitude pour la confiance qu’ils m'ont témoignée, en voulant que je leur servisse d’introducteur auprès du public.
Parmi les pièces envoyées il s'en trouve plusieurs qui me paraissent être les prémices de leurs auteurs, et sur le mérite ou les défauts desquelles on m'invite à prononcer un jugement décisif. Je déclare ici à ces écrivains, avec une franchise dont leur confiance me fait un devoir, et qui me devient d'autant plus facile, pour un certain nombre, que je ne' connais en aucune façon ni leur nom ni leur personne : je leur déclare que la non-publication de leurs écrits dans ma Thalie ne doit pas être considérée par eux comme étant ce jugement décisif, et que l'estime que m’a inspirée leur talent peut fort bien se concilier avec la suppression do leurs premiers essais J'aurais bien voulu, en accueillant leurs compositions dans la Thalie, leur donner une occasion d’entendre prononcer sur eux un jugement public; mais la satisfaction de leur désir ne pouvait s’accorder avec les égards que je crois devoir à mes lecteurs. Un jugement jeté là en peu de mots et sans preuves, répondrait fort mal aux vues qu’ils ont en le demandant, à celles qu'on aurait en l’exprimant; et pour un jugement développé, le temps me manquait. Parmi ces auteurs il en est plus d'un, je pense, qui doit déjà m’avoir absous. Entre l'envoi de leurs articles et ma déclaration présente il s'est écoulé déjà plus d'un an, et l'on sait que, dans l'espace d'une année, il se fait bien des changements dans une bonne tète. Si du reste il pouvait être arrivé que j'eusse offensé un vrai talent par cette omission tacite, ce talent se vengera assurément quelque jour, par des œuvres excellentes, de celte injustice de mon
t Cet avis, écrit au mois de juin 1790, fut inséré dans le onzième cahier de la Thalie rlienane ( p. 143 et suiv.J.
APPENDICE
jugement. Quant à moi, qu'on me pardonne de croire que des deux dangers entre lesquels le critique est placé, soit de décourager le vrai génie, soit d'encourager le faux , le premier est le moins alarmant. A la vérité quelquefois le vrai génie se lève, appuyé sur le jugement d'autrui; mais le sentiment développé de sa force lut rend bientôt cette béquille inutile.
Schiller.
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