‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 23 sur 219 · I.IVRE PREMIER · texte numérisé non relu

I.IVRE PREMIER

avait été donné , et avec un heureux succès, dans plusieurs bénéfices ecclésiastiques de la basse Allemagne. Plusieurs chanoines de Cologne étaient dès lors protestanls, et tenaient pour l'électeur; dans la ville môme il pouvait compter sur de nombreux adhérents, de la même religion. Tous ces motifs auxquels les encouragements de ses amis et de ses proches, et lès promesses de plusieurs cours allemandes donnaient encore plus de force, décidèrent l’électeur à garder son archevêché, même après son changement de religion. •

Mais on vit bientôt qu’il avait entrepris une lutte au-dessus de ses forces. En permettant le libre exercice du culte évangélique dans le pays de Cologne, il avait déjà provoqué la plus violente opposition delà part des chanoines et des membres des états. L’intervention de l’empereur et l’anathème de Rome, qui l’excommuniait comme apostat, et le dépouillait de toutes ses dignités ecclésiastiques et séculières, armèrent contre lui ses États et son chapitre. Gebhard leva des troupes; les chanoines en firent autant. Pour s’assurer promptement un puissant soutien, ils se hâtèrent de nommer un nouvel électeur, et le choix tomba sur l’évêque de Ijége, prince de Bavière.

Alors commença une guerre civile, qui pouvait aisément aboutir à une rupture générale de la paix dans l’Empire, vu le grand intérêt que devaient prendre à cet incident les deux partis qui divisaient l’Allemagne. Les protestants s’indignaient surtout que le pape eût osé, en vertu d’un prétendu pouvoir apostolique, dépouiller de ses dignités impériales un prince de l’Empire. Même dans l’âge d’or de leur domination spirituelle, les papes s’étaient vu contester ce droit : combien plus dans un siècle où, au sein d’un parti, leur autorité était entièrement tombée, et ne reposait chez l’autre que sur de très-faibles appuis! Toutes les cours protestantes d’Allemagne intervinrent énergiquement à ce sujet auprès de l’empereur. Henri IV, qui n’était encore alors que roi de Navarre , ne négligea aucune voie de négociations pour recommander avec instance aux princes allemands de maintenir leurs droits. Le cas était décisif pour la liberté de l’Allemagne. Quatre voix protestantes contre trois voix catholiques, dans le collège des électeurs, faisaient nécessairement pencher la balance en faveur des protestants, et fer-

40 HISTOIRE 1)E LA GUERRE DE TRENTE ANS. maient pour toujours à la maison d'Autriche l'accès du trône impérial.

Mais l’électeur Gebhard avait embrassé la religion réformée , et non la luthérienne : cette seule circonstance fit son malheur. L’animosité qui régnait entre ces deux Églises ne permit pas aux princes évangéliques de le regarder comme un des leurs, et de l'appuyer comme tel avec énergie. Tous l’avaient encouragé, il est vrai, et lui avaient promis des secours; mais un prince apanagé de la maison palatine , le comte palatin Jean Casimir, zélé calviniste, fut le seul qui lui tint parole. Malgré la défense de l’empereur, il accourut, avec sa petite armée, dans le pays de Cologne; mais il ne lit rien de considérable, parce que l’électeur, qui manquait môme des choses les plus nécessaires, le laissa absolument sans aide. L’électeur nouvellement élu fit des progrès d'autant plus rapides, puissamment soutenu par ses parents bavarois et par les Espagnols, qui le secoururent des Pays-Bas. Les soldats de Gebhard, laissés sans paye par leur maître, livrèrent à l’ennemi une place après l’autre; d'autres furent obligées de capituler. Gebhard se maintint un peu plus longtemps dans ses États de Westphalie, jusqu’à ce qu’il fût contraint là aussi de céder devant des forces supérieures. Après avoir fait pour son rétablissement plusieurs ten- ^ tatives inutiles en Hollande et en Angleterre , il se retira dans l’évêché de Strasbourg, où il mourut doyen du chapitre : première victime de la réserve ecclésiastique, ou plutôt du défaut d’harmonie entre les protestants d’Allemagne!

A cette querelle de Cologne s’en rattacha bientôt une autre dont Strasbourg fut le théâtre. Plusieurs chanoines protestants . de Cologne, atteints de l’anathème papal en même temps que l’électeur, s’étaient réfugiés dans l’évêché de Strasbourg, où ils possédaient aussi des prébendes. Les chanoines catholiques se faisant scrupule, vu qu’ils étaient proscrits, de leur en permettre la jouissance, ils se mirent eux-mêmes en possession, de leur autorité privée et par la force, et un puissant parti protestant de la bourgeoisie de Strasbourg leur donna bientôt la supériorité dans le chapitre. Les chanoines catholiques s’enfuirent à Saverne ; là, sous la protection de leur évêque, ils continuèrent de tenir leur chapitre , comme le seul régulier, et déclarèrent intrus les cha-

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