‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 24 sur 219 · I-IVRE PREMIER · texte numérisé non relu

I-IVRE PREMIER

noines restés à Strasbourg. Cependant ceux-ci s’étaient renforcés par l’admission de plusieurs membres protestants de haute naissance , si bien qu’à la mort de l'évéque , ils osèrent en présenter un nouveau , dans la personne d'un prince protestant, Jean Georges de Brandebourg. Les chanoines catholiques, loin d’accepter ce choix , présentèrent l’évêque de Metz, prince lorrain, qui signala aussitôt son élection par des hostilités sur le territoire de Strasbourg.

La ville de Strasbourg ayant pris les armes pour le chapitre protestant et le prince de Brandebourg, et le parti contraire, soutenu par des troupes lorraines, cherchant à s’emparer des biens de l’évêché, il s’ensuivit une longue guerre, accompagnée, suivant l’esprit du temps, de barbares dévastations. Vainement l'empereur voulut interposer son autorité souveraine pour décider la querelle : les biens de l’évêché restèrent longtemps encore divisés entre les deux partis, jusqu’à ce qu'enfin le prince protestant abandonna ses prétentions pour un médiocre équivalent en argent. Ainsi l’Église catholique sortit encore triomphante de cette affaire.

Ce différend était à peine terminé, qu’il se passa à Donawert, ville impériale de Souabe, un événement plus inquiétant encore pour toute l’Allemagne protestante. Dans cette ville , jusque-là catholique, le parti protestant avait pris, par les voies accoutumées, une telle prépondérance, sous les règnes de Ferdinand et de son fils, que les catholiques furent réduits à se contenter d’une église succursale dans le couvent de la Sainte-Croix, et à dérober aux scandales de l’autre parti la plupart de leurs cérémonies religieuses. Enfin un abbé fanatique de ce couvent osa braver les sentiments populaires, et ordonner une procession publique, avec la croix en tête et les bannières déployées; mais on le força bientôt de renoncer à son entreprise. L’année suivante, ce même abbé , encouragé par une déclaration favorable de l’empereur, ayant renouvelé cette procession, on se porta à des actes publics de violence. Comme la procession revenait, la populace fanatique ferma la porte aux religieux, abattit leurs bannières, et les accompagna chez eux avec des cris et des injures. Une citation impériale fut la suite de ces violences, et, le peuple furieux ayant menacé la personne des commissaires

impériaux, toutes les tentatives d'accommodement amiable ayant échoué auprès de cette multitude fanatique, la ville fut mise formellement au ban de l'Empire, et le duc Maximilien de Bavière chargé d’exécuter la sentence. A l’approche de l'armée bavaroise, le découragement s'empara tout à coup de cette bourgeoisie naguère si arrogante, et elle posa les armes sans résistance. L’entière abolition du culte protestant dans ses murs fut le châtiment de sa faute. Donawert perdit ses privilèges, et, de ville impériale de Souabe, elle devint villp provinciale de Bavière.

11 y avait dans cette* affaire deux circonstances qui devaient exciter au plus haut degré l’attention des protestants, quand même l’intérét de la religion aurait eu pour eux moins de force. C'était le conseil aulique de l’Empire, tribunal arbitraire et entièrement catholique, dont ils contestaient d'ailleurs si vivement la juridiction, qui avait rendu la sentence, et l'on avait chargé de l’exécution le duc de Bavière, le chef d’un cercle étranger. Des actes si contraires à la constitution faisaient prévoir , de la part des catholiques, des mesures violentes, qui pouvaient bien s’appuyer sur une entente secrète et un plan dangereux, et finir par la ruine entière de leur liberté religieuse.

Dans un état de choses où la force fait la loi, où toute sûreté repose sur le pouvoir, le parti le plus faible sera toujours le plus pressé de se mettre en défense. C’est ce qu’on vit alors en Allemagne. Si les catholiques avaient réellement formé quelques desseins hostiles contre les protestants, il était raisonnable de croire que les premiers coups seraient portés sur l’Allemagne du sud, plutôt que sur celle du nord, parce que, dans la basse Allemagne, les protestants étaient liés entre eux, sans interruption, sur une grande étendue de pays, et pouvaient, par conséquent, se soutenir fort aisément les uns les autres , tandis que, dans la haute Allemagne1, séparés de leurs coreligionnaires, entourés de tous côtés par les catholiques, ils étaient exposés sans défense ù toute irruption. En outre, si, comme il était à présumer, les catholiques voulaient mettre à profit les divi-

1. La basse Allemagne est l'Allemagne du nord, la haute Allemagne celle du

midi.

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