LIVRE PREMIER
sions intestines des protestants, et diriger leur attaque contre une seule secte, les calvinistes, qui étaient les plus faibles, et d’ailleurs exclus du traité de paix, se trouvaient évidemment dans un danger plus prochain, et c’était sur eux que devaient tomber les premiers coups.
Les deux circonstances se rencontraient dans les États de l’électeur palatin : ils avaient dans le duc de Bavière un voisin redoutable, et leur retour au calvinisme ne leur permettait d’espérer ni la protection du traité de paix religieuse, ni de grands secours des membres évangéliques de l’Empire. Aucun pays d’Allemagne n’a éprouvé, en aussi peu d'années, des changements de religion aussi rapides que le Palatinrfl à cette époque. On vit, dans le court espace de soixante années, ce pays, malheureux jouet de ses maîtres, prêter deux fois serment à la doctrine de Luther, et deux fois l’abandonner pour celle de Calvin. D’abord l’électeur Frédéric III avait été infidèle à la confession d’Augsbourg, dont Louis, son fils aîné et son successeur, fit de nouveau, par un changement brusque et violent, la religion dominante. Les calvinistes furent dépouillés de leurs églises dans tout le pays; leurs ministres, et même les maîtres d’école de leur confession , furent bannis hors des frontières ; ce prince évangélique si zélé les poursuivit jusque dans son testament, en ne donnant pour tuteurs à son fils encore mineur que des luthériens d’une sévère orthodoxie. Mais son frère , le comte palatin Jean Casimir, cassa ce testament illégal, et, en vertu de la bulle d’or, il prit possession de la tutelle et de toute l’administration. On donna au jeune électeur, Frédéric IV, âgé de neuf ans, des instituteurs calvinistes, à qui l’on recommanda d’extirper de l’Ame de leur élève l’hérésie luthérienne, dussentils y employer les coups. Si l’on agissait de la sorte avec le maître, il est aisé de deviner comment on traitait les sujets.
Ce fut sous ce Frédéric IV que la cour palatine se donna beaucoup de mouvement pour entraîner les membres protestants de l’empire d’Allemagne à de communes mesures contre la maison d’Autriche, et, s’il était possible, à une ligue générale. Outre que cette cour était dirigée par les conseils de la France, conseils dont l’âme était la haine de l’Autriche, le soin de sa propre sûreté l'obligeait de se ménager à temps te secours,
si douteux, des évangéliques contre un ennemi voisin et supérieur en forces. Mais de grandes difficultés s'opposaient à cette ligue : l’antipathie des évangéliques pour les réformés le cédait à peine à leur commune horreur des papistes. On chercha donc premièrement à réunir les deux communions, pour faciliter ensuite l'alliance politique; mais toutes les tentatives échouèrent : elles n’aboutirent le plus souvent qu'à fortifier chaque parti dans sa croyance. Il ne restait d’autre ressource que d’augmenter la défiance et la crainte des évangéliques, pour leur faire juger la réunion nécessaire. On amplifia les forces des catholiques; on exagéra le danger; des événements fortuits furent attribués à un plan médité ; de simples incidents furent défigurés par des interprétations odieuses, et l'on prêta à toute la conduite des catholiques un accord et une préméditation , dont ils étaient vraisemblablement bien éloignés
La diète de Ratisbonne , où les protestants s’étaient flattés de faire renouveler la paix de religion, s’était séparée sans résultat, et à leurs anciens griefs venait de s’ajouter l'oppression récente de Donawert. Alors s’effectua , avec une incroyable rapidité , la réunion si longtemps désirée et tentée. L’électeur palatin Frédéric IV, le comte palatin de Neubourg, deux margraves de Brandebourg, le margrave de Bade et le duc Jean Frédéric de Wurtemberg , ainsi des luthériens avec des calvinistes , conclurent à Anhausen, en Franconie (1608), pour eux et leurs héritiers, une étroite alliance nommée l’union êvawjélique. Les princes unis se promettaient, contre tout offenseur, conseils et secours mutuels, dans ce qui intéressait la religion et leurs droits de membres de l’Empire ; ils se reconnaissaient tous solidaires. Si un membre de l’union voyait ses États envahis, les autres devaient s’armer sur-le-champ et courir à sa défense. Les terres, les villes et les châteaux des alliés seraient ouverts, en cas de nécessité, aux troupes de chacun; les con-
1. Il y a ici quelques phrases de plus dans la première édition : « Il n’y avait pas de bruit si étrange, point d'accusation si abominable, que l'on ne saisit et ne fit valoir avec empressement. Quelque puissant que pût être chez les catholiques, et il était grand en elTet, le désir do violer la paix de religion, on trouvait toutefois dans leur faiblesse ou dans leur épuisement la Sûre garantie qu'ils l'observeraient Adèlemenl. Mais les protestants craignaient, à ce qu'il parait, ce qu'ils méritaient. »