LIVRE PREMIER
quêtes seraient partagées entre tous selon la mesure du contingent fourni. En temps do paix, la direction de toute l’alliance serait remise à l'électeur palatin, mais avec des pouvoirs limités. Pour subvenir aux frais, on exigea des avances et un fonds fut consigné. La différence de religion, entre luthériens et calvinistes, ne devait avoir sur l'union aucune influence. On se liait pour dix ans. Chaque associé avait dû s’engager à recruter de nouveaux membres. L'électeur de Brandebourg se montra bien disposé; celui de Saxe désapprouva l’alliance; la Hesse ne put venir à bout de se déterminer; les ducs de Brunswick et de Lunebourg voyaient aussi à la chose des difficultés. Mais les trois villes impériales de Strasbourg, Nuremberg et Ulm ne furent pas pour l'union une acquisition de médiocre importance, parce qu’on avait grand besoin de leur argent, et que leur exemple pouvait être suivi par plusieurs autres villes impériales.
Les membres ligués de la diète, jusque-là timides et peu redoutés dans leur isolement, tinrent, l’union une fois conclue, un langage plus hardi. Ils portèrent devant l’empereur, par le prince Christian d’Anhalt, leurs plaintes et leurs demandes communes, dont les principales étaient le rétablissement de Donawert , l’abolition de la juridiction aulique, et même une réforme dans l'administration et le conseil de l’empereur. Les princes avaient eu soin de choisir, pour lui faire ces représentations, le moment où les troubles de ses États héréditaires le laissaient à peine respirer ; où il venait de perdre et de voir passer au pouvoir de Matthias l’Autriche et la Hongrie; où il n’avait sauvé sa couronne de Bohême que par la concession de la lettre impériale; enfin, où la succession de Juliers préparait déjà de loin un nouvel embrasement. Il ne faut donc pas s’étonner que l’indolent monarque se soit pressé moins que jamais de se résoudre, et que les princes unis aient pris les armes avant qu’il eût seulement délibéré.
Les catholiques observaient l’union d’un regard soupçonneux; l’union surveillait avec la même défiance les catholiques et l’empereur, qui suspectait lui-même l’un et l’autre parti : l'inquiétude et l’irritation étaient partout au comble. Et il fallut que, dans ce moment critique, la mort dû duc Jean Guillaume
46 HISTOIRE I)E LA GUERRE DE TRENTE ANS. de Juliers vint encore ouvrir, dans le pays de Juliers et de Clèves, une succession très-litigieuse.
Huit prétendants réclamaient cet héritage, que des traités solennels avaient déclaré indivisible, et l'empereur, qui laissait voir le désir de le retirer, comme (ief impérial tombé en déshérence, pouvait passer pour un neuvième compétiteur. Quatre d'entre eux, l’électeur de Brandebourg, le comte palatin de Neubourg, le comte palatin de Deux-Ponts et le margrave de Burgau, prince autrichien, réclamaient cette succession, comme fief féminin , au nom de quatre princesses, sœurs du feu duc. Deux autres, l’électeur de Saxe, de la ligne alberline, et les ducs de Saxe, de la ligne ernestine, s’appuyaient sur une expectative plus ancienne, que l’empereur Frédéric III leur avait accordée sur cet héritage, et que Maximilien I" avait confirmée aux deux maisons de Saxe. On s’arrêta peu aux prétentions de quelques princes étrangers. L’électeur de Brandebourg et le comte de Neubourg avaient peut-être le droit le mieux fondé , un droit qui leur donnait, ce semble, des chances assez égales. Aussi, dès que la succession fut ouverte , ces deux princes tirent prendre possession de l’héritage : Brandebourg agit le premier; Neubourg suivit son exemple. Ils commencèrent leur querelle avec la plume , et l’auraient vraisemblablement finie avec l’épée; mais l'intervention de l’empereur, qui voulait appeler cette cause devant son trône, et mettre provisoirement le séquestre sur le pays en litige, amena bientôt les deux parties à conclure un accord, pour écarter le danger commun. Elles convinrent de gouverner conjointement le duché. Vainement l’empereur fit-il sommer les états du pays de refuser l'hommage à leurs nouveaux maîtres; vainement envoya-t-il dans les duchés son parent, l’archiduc Léopold , évêque de Passau et de Strasbourg, afin de soutenir par sa présence le parti impérial : tout le pays s’était soumis, à l’exception de Juliers, aux princes protestants, et le parti de l’empereur se vit assiégé dans la ville capitale.
La contestation de Juliers était importante pour toute l’Allemagne ; elle excita même l’attention de plusieurs cours de l'Europe. La question n’était pas seulement de savoir qui posséderait le duché de Juliers et qui ne le posséderait pas : on se