LIVRE PREMIER
événements. Pour aider le comte palatin à s’assurer la possession exclusive de Juliers, les troupes espagnoles furent attirées des Pays-Bas dans le duché. Pour se délivrer de ces hôtes, l’électeur de Brandebourg appela les Hollandais dans le pays, et, pour leur complaire, il embrassa le calvinisme. Les Espagnols et les Hollandais parurent, mais on put voir que c'était uniquement en vue de conquérir pour eux-mêmes.
La guerre voisine, des Pays-Bas, sembla vouloir prendre alors pour théâtre le territoire germanique, et quelle abondance de matières inflammables n'y trouvait-elle pas toute prête ! L’Allemagne protestante vit avec effroi les Espagnols prendre pied sur le bas Rhin, et l’Allemagne catholique avec plus d’effroi encore les Hollandais franchir les limites de l’Empire '. C’était à l'occident que devait éclater la mine depuis longtemps creusée sous tout le sol de l'Allemagne; la terreur et les afcirmes s'étaient tournées de ce côté, et ce fut de l'orient que vint le coup qui amena l’explosion.
Le repos que la lettre de Majesté de Rodolphe II avait procuré à la Bohême se prolongea encore quelque temps sous le règne de Matthias , et jusqu’au jour où fut nommé un nouveau successeur à la couronne de ce royaume, dans la personne de Ferdinand de Grætz.
Ce prince, que nous apprendrons à mieux connaître dans la suite, sous le nom de Ferdinand II, s'était annoncé comme un zélateur inexorable de l'Église romaine, en extirpant par violence le protestantisme de ses États héréditaires : aussi la partie catholique de la nation bohème voyait-elle en lui le futur soutien de son Église. La santé caduque de Matthias rapprochait cette époque prévue, et les catholiques bohèmes, dans la confiance que leur inspirait un si puissant protecteur, commençaient déjà à traiter leurs adversaires avec moins de ménagements. Les sujets protestants de seigneurs catholiques étaient surtout exposés aux plus durs traitements. Plusieurs catholiques
1. « Les guerres de religion ont cela de particulier qu'elles no se renferment pas dans les limites des pays, qu’elles se renouvellent sur chaque sol nouveau, parce que sur chaque nouveau sol ennemis et alliés s'accroissent, et que l’épuisement de tout le parti peut seul épuiser chacune de ses fractions, » [Première édition.)
commirent môme l’imprudence de parler assez haut de leurs espérances, et leurs menaces éveillèrent dans l’autre parti une Odieuse méfiance contre leur futur souverain. Mais elle n’aurait jamais éclaté par des actes, si l’on s'en était tenu à des menaces générales, et si des attaques particulières contre certaines personnes n’avaient donné au mécontentement populaire des diefs entreprenants.
Henri Matthias, comte de Thurn, n’était pas né Bohême, mais il possédait quelques domaines dans le royaume; et son zèle pour la religion protestante, un amour enthousiaste pour sa nouvelle patrie, lui avaient gagné toute la confiance des utraquistes, ce qui lui ouvrit le chemin des postes les plus importants. Il avait servi avec gloire contre les Turcs. Par ses manières insinuantes il gagna les cœurs de la multitude. Esprit ardent, impétueux; aimant le trouble, parce que ses talents y brillaient ; assez inconsidéré et téméraire pour entreprendre des choses qu’une froide prudence et un sang plus tranquille ne hasardent point; assez peu scrupuleux pour jouer le sort des peuples, lorsqu’il s’agissait de satisfaire ses passions; assez habile pour mener à la lisière une nation telle qu’était alors la Bohême : il avait déjà pris la part la plus active aux troubles sous le règne de Rodolphe, et c’était à lui principalement qu’on devait la lettre impériale, arrachée à ce prince par les états. La cour avait mis sous sa garde, comme burgrave de Karlstein, la couronne de Bohème et les chartes du royaume; mais, dépôt bien plus important, la nation s’était livrée elle-même à lui, en le nommant défenseur, ou protecteur de la foi. l>es grands qui gouvernaient l’empereur arrachèrent maladroitement au comte de Thurn la garde de choses mortes pour lui laisser son influence sur les vivants. Ils lui enlevèrent la dignité de burgrave , qui le faisait dépendre de la faveur de la cour, comme pour lui ouvrir les yeux sur l’importance de ce qui lui restait; ils blessèrent sa vanité, qui rendait pourtant son ambition inofl'ensive. Dès lors il fut dominé par le désir de la vengeance, et l’occasion de le satisfaire ne lui manqua pas longtemps.
Dans la lettre de Majesté arrachée par les Bohèmes à Rodolphe II, aussi bien que dans la paix de religion des Allemands,