LIVRE PREMIER
un article important était resté indécis. Tous les droits que la paix de religion assurait aux protestants étaient pour les membres de la diète, pour le souverain, et non pour les sujets; on avait seulement stipulé pour les sujets des États ecclésiastiques une vague liberté de conscience. La lettre impériale de Bohême ne parlait non plus que des seigneurs, membres des états, et des villes royales, dont les magistrats avaient su conquérir des droits égaux à ceux des membres des états. A ces villes seules fut accordée la liberté d’établir des églises, des écoles, et d’exercer publiquement le culte protestant. Dans toutes les autres villes, c’était aux seigneurs dont elles relevaient de statuer quel degré de liberté religieuse ils voulaient permettre aux sujets. Les membres de l’empire germanique avaient usé de ce droit dans toute son étendue : les séculiers, sans opposition ; les ecclésiastiques, auxquels une déclaration de l'empereur Ferdinand contestait ce droit, avaient combattu, non sans fondement, la validité de cette déclaration. Ce qui était contesté dans le traité de paix était indéterminé dans la lettre de Rodolphe; là, l’interprétation n'était pas douteuse , mais il était douteux de savoir si l’on devait l’obéissance; ici, l’interprétation était laissée aux seigneurs. Les sujets des membres ecclésiastiques des états de Bohême croyaient donc avoir le même droit que la déclaration de Ferdinand accordait aux sujets des évêques allemands : ils s’estimaient égaux aux sujets des villes royales , parce qu’ils rangeaient les domaines ecclésiastiques parmi les domaines de la couronne. Dans la petite ville de Klostergrab, qui dépendait de l’archevêque de Prague, et à Braunau, qui appartenait à l’abbé du couvent de ce nom , les sujets protestants osèrent bâtir des églises de leur propre autorité, -et en terminèrent la construction malgré l'opposition de leurs seigneurs, et même l’improbation de l'empereur.
Cependant la vigilance des défenseurs s’était un peu ralentie, et la cour crut pouvoir hasarder un coup décisif. Sur un ordre impérial, l’église de Klostergrab fut démolie, celle de Braunau fermée de force, et les bourgeois les plus turbulents furent jetés en prison. Un mouvement général parmi les protestants fut la suite de ces mesures; on cria à la violation de la lettre de Majesté. Le comte de Thurn, animé par la vengeance, et
pressé plus encore par son oflice de défenseur, se montra surtout très-actif pour échauffer les esprits. A son instigation , des députés de tous les cercles du royaume furent convoqués à l'rague, pour prendre les mesures nécessaires dans ce danger commun. On convint de rédiger une supplique à l’empereur, et d’insister sur l’élargissement des prisonniers. La ré}>onse de l’empereur, déjà très-mal reçue des états parce qu’il ne l'avait pas adressée à eux-mêmes, mais à ses lieutenants, improuvait leur conduite, comme illégale et séditieuse; justifiait par un ordre impérial ce qui s'était fait à Klostergrab et à Braunau, et renfermait quelques passages qu'on pouvait interpréter comme des menaces.
Le comte de Thurn ne manqua pas d'augmenter la fâcheuse impression que cet écrit de l’empereur produisit sur rassemblée des états. Il leur représenta le danger de tous ceux qui avaient pris part à la supplique, et sut les entraîner par la peur et la colère à des résolutions violentes. Les soulever immédiatement contre l'empereur, c’eût été un pas encore trop hardi. 11 ne les amena que par degrés à ce but inévitable. Il jugea bon de détourner d’abord leur mécontentement sur les conseillers de l'empereur, et lit répandre , à cet effet , le bruit que l’écrit impérial avait été rédigé à la lieutenance à Prague, et seulement signé à Vienne. Parmi les lieutenants impériaux, le président de la chambre Slawata, et le baron de Martinitz, nommé burgrave de Karlstein à la place de Thurn , étaient l’objet de la haine universelle. Depuis longtemps, l’un et l’autre avaient laissé voir assez clairement leurs dispositions hostiles aux membres protestants des états, en refusant seuls d'assister à la séance où la lettre impériale avait été enregistrée dans les statuts de Bohême. Dès lors on les avait menacés de les rendre responsables de toute atteinte future portée à cet acte, et, depuis, tout ce qui était arrivé de fâcheux aux protestants leur avait été imputé, et non sans raison. Parmi tous les seigneurs catholiques, nuis ne s'étaient montrés aussi durs que ces deux hommes, en.vers leurs sujets protestants. On les accusait de lâcher des chiens après eux, pour les pousser à la messe, et de les ramener de force au papisme, par le refus du baptême, du mariage et de la sépulture. 11 n'était pas difficile d’ enflammer la colère de