‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 37 sur 219 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

allemande. Fidèles k ce principe , ils soutinrent le courage des rebelles par des prouesses de secours, et une circonstance heureuse les mit en état de remplir à l’improviste cet engagement.

Le comte Pierre-Ernest de Mansfeld, dont le père, Ernest de Mansfeld, officier autrichien plein de mérite, avait commandé quelque temps avec beaucoup de gloire l’année espagnole, dans les Pays-Bas, fut l'instrument qui devait humilier la maison d’Autriche en Allemagne. 11 avait fait lui-méme ses premières campagnes au service de cette maison, et combattu, dans le pays de Juliers et en Alsace, sous les drapeaux de l'archiduc Léopold, contre la religion protestante et la liberté allemande; mais, gagné insensiblement par les principes de la nouvelle religion ', il abandonna un chef intéressé, qui lui refusait le payement des dépenses faites à son service, et il consacra à l'union évangélique son zèle et son épée victorieuse. Il arriva précisément à cette époque que le duc de Savoie, engagé dans une guerre contre l'Espagne, demanda des secours à l'union, dont il était l’allié. L’union lui céda sa nouvelle conquête, et Mansfeld fut chargé* de mettre sur pied en Allemagne, pour le duc et à ses frais, une armée de quatre mille hommes. Cette armée était prête à marcher, quand la guerre s’alluma en Bohême, et le duc n’ayant, à ce moment , aucun besoin de renforts, laissa ces troupes à la disposition de l’union. Rien ne pouvait être plus au gré de celleci que de secourir, aux frais d’autrui, ses alliés de Bohême. Le comte de Mansfeld reçut aussitôt l’ordre de conduire ces quatre mille hommes dans ce royaume, et, pour cacher aux yeux du monde les véritables auteurs de l’armement , on mit en avant un brevet délivré par les états de Bohême.

Mansfeld parut dans le pays, et s’y établit solidement par la prise de la ville forte de Pilsen , fidèle à l’empereur. Le courage des rebelles fut encore relevé par un autre secours, que leur envoyèrent les états de Silésie. Ils engagèrent alors avec les troupes impériales des combats , peu décisifs , mais qui n'en causèrent que plus de ravages , et qui furent le prélude d’une

I Ijt promit re édition a de plus ici ces mots trés-significatils : « On plutôt par l'anarchie, qu’il pouvait couvrir du nom de la religion nouvelle. »

î. Dans la première édition : « Fut chargé par son nouveau maître. «

guerre plus sérieuse. Afin de ralentir les opérations militaires de l’empereur , on négocia avec lui , et l'on accepta même la médiation offerte par la Saxe ; mais , avant que le résultat pût montrer combien l’on était peu sincère , la mort fit disparaître l’empereur de la scène.

Qu'avait fait Matthias pour justifier l’attente du monde , qu’il avait provoquée en renversant son prédécesseur? Était-ce la peine de monter sur le trône de Rodolphe par un crime, pour l'occuper si mal , et en descendre avec si peu de gloire ? Tant que Matthias fut roi , il expia l'imprudence par laquelle il l’était devenu. Afin de porter la couronne quelques années plus tôt , il en avait sacrifié toute l’indépendance. Ce que les états, devenus plus puissants, lui laissèrent d’autorité, ses propres agnats l’entravèrent par une humiliante contrainte. Malade et sans postérité , il vit l’attention des hommes courir au-devant de son orgueilleux successeur , qui, dans son impatience, anticipait sur sa destinée , et sous le règne expirant d’un vieillard ouvrait déjà le sien.

ün pouvait regarder comme éteinte avec Matthias la branche régnante de la maison d’Autriche en Allemagne. Car, de tous les fils de Maximilien , il ne restait plus que l’archiduc Albert, alors dans les Pays-Bas, qui, faible et sans enfants, avait cédé à la branche de Grætz ses droits à la succession. La maison d’Kspagne s’était aussi désistée , dans un pacte secret , en faveur de l’archiduc Ferdinand de Styrie , de toutes ses prétentions sur les pays autrichiens. C’était en la personne de ce prince que la souche de Habsbourg devait pousser en Allemagne de nouvelles branches, et faire revivre l’ancienne grandeur de l’Autriche.

Ferdinand eut pour père l’archiduc Charles de Carniole, de Carinthie et de Styrie , frère puîné de l’empereur Maximilien II, et pour mère une princesse de Bavière. Comme il avait perdu son père dès l’Age de douze ans , l’archiduchesse sa mère le confia à la garde du duc Guillaume de Bavière, frère de cette princesse , sous les yeux duquel il fut élevé et instruit par les jésuites , à l’université d'ingolstadt. On imagine aisément quels principes Ferdinand dut puiser dans le commerce d’un prince qui avait renoncé par dévotion au gouvernement. On lui montrait, d’une part, l’indulgence des princes de la branche de

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