LIVRE PREMIER
de cette famille pour l’ancienne religion. La première de ces deux causes éveilla les princes; la seconda arma les peuples pour eux.
L’abolition d'une juridiction étrangère dans leurs États, l’autorité suprême dans les affaires ecclésiastiques , une digue opposée à l’écoulement des deniers envoyés à Home , enfin la riche dépouille des bénéfices ecclésiastiques , étaient des avantages propres h séduire également tous les souverains : pourquoi , demandera-t-on peut-être , tirent-ils moins d’impression sur les princes de la maison d’Autriche? Qui empêcha cette maison , et surtout la branche allemande , de prêter l’oreille aux pressantes invitations d'un si grand nombre de ses sujets, et de s’enrichir, à l’exemple d’autres souverains, aux dépens d’un clergé sans défense? Il est difiicile de se persuader que la croyance à l’infaillibilité de l’Église romaine ait eu plus de part à la pieuse fidélité do cette maison , que la croyance contraire n’en eut à l'apostasie des princes protestants. Plusieurs motifs concoururent à faire des princes autrichiens les soutiens de la papauté^ L’Espagne et l’Italie , d’où l’Autriche tirait une grande partie de ses forces, avaient pour le siège de Home cet aveugle dévouement qui distingua, en particulier, les Espagnols dès le temps de la domination des Goths. La moindre tendance vers les doctrines abhorrées de Luther et de Calvin aurait enlevé irrévocablement au monarque d’Espagne les cœurs de ses sujets ; la rupture avec la papauté pouvait lui coûter son royaume : un roi d'Espagne devait être un prince orthodoxe ou descendre du trône. Ses États d'Italie lui imposaient la même contrainte : il devait peut-être les ménager plus encore que ses Espagnols, parce qu’ils supportaient avec une extrême impatience le joug étranger, et qu'ils pouvaient le secouer plus aisémentvD'ailleurs ces États lui donnaient la France pour rivale et le chef de l’Église pour voisin : motifs assez puissants pour le détourner d’un parti qui détruisait l’autorité du pape, et pour qu'il s’efforçât de gagner le pontife romain par le zèle le plus actif pour l'ancienne religion.
A ces considérations générales, également importantes pour tout roi d'Espagne, s'ajoutèrent pour chacun d’eux en particulier des raisons particulières. Charles-Quint avait en Italie un
dangereux rival dans le roi de France, qui aurait vu ce pays se jeter dans ses bras, à l’Instant même où Charles se serait rendu suspect d’hérésie. Précisément pour les projets qu’il poursuivait avec le plus de chaleur, la déliance des catholiques et une querelle avec l’Église lui auraient créé les plus grands obstacles. Quand Charles-Quint eut à se prononcer entre les deux partis religieux , la nouvelle religion n’avait pu encore se rendre respectable à ses yeux, et d’ailleurs on pouvait, selon toutes les vraisemblances , espérer encore un accommodement à l’amiable entre les deux Églises. Chez Philippe II, son iils et son successeur, une éducation monacale s’unissait à un caractère despotique et sombre pour entretenir dans son cœur, contre toute innovation en matière de foi, une haine implacable, qui ne pouvait guère être diminuée par la circonstance que ses adversaires politiques les plus acharnés étaient en môme temps les ennemis de sa religion. Comme ses possessions européennes, dispersées parmi tant d’États étrangers, se trouvaient de toutes parts ouvertes à l’influence des opinions étrangères, il ne pouvait contempler avec indifférence les progrès de la réformation en d’autres pays, et son intérêt politique immédiat le poussait à prendre en main la cause de l’ancienne Église en général, pour fermer les sources de la contagion hérétique. La marche naturelle des choses plaça donc ce monarque à la tête de la religion catholique et de l’alliance que ses adhérents formèrent contre les novateurs. Ce qui fut observé sous les longs règnes, remplis d’événements, de Charles-Quint et de son fils, devint une loi pour leurs successeurs, et plus le schisme s’étendit dans l’Église, plus l’Espagne dut s’attacher fermement au catholicisme.
La branche allemande de la maison d’Autriche semble avoir été plus libre; mais, si plusieurs de ces obstacles n’existaient pas pour elle, d'autres considérations l’enchainaient. La possession de la couronne impériale, qu’on ne pouvait même pas se figurer sur une tête protestante (car, comment un apostat de l’Église romaine aurait-il pu ceindre le diadème du saint empire romain?), attachait les successeurs de Ferdinand I"au siège pontifical ; Ferdinand lui-même lui fut dévoué sincèrement, par des motifs de conscience. D'ailleurs les princes autrichiens de la brandie allemande n'étaient pas assez puissants pour se passer