‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 41 sur 219 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Moravie, annexes de la Bohême, suivirent l’exemple de l’État principal, et prêtèrent serment. La réforme triomphait dans toutes les églises du royaume; l’allégresse était sans bornes; l’amour pour le nouveau roi allait jusqu’à l'adoration. Le Danemark et la Suède, la Hollande, Venise et plusieurs États d'Allemagne le reconnurent comme roi légitime, et Frédéric se mit à prendre ses mesures pour se maintenir sur son nouveau trône.

Sa plus grande espérance reposait sur le prince de Transylvanie, Belhlen Gabor. Ce redoutable ennemi de l’Autriche et de l’Église catholique, non content de la principauté qu’il avait enlevée, avec le secours des Turcs, à son maître légitime, Gabriel Bathori , saisit avec empressement cette occasion de s’agrandir aux dépens des princes autrichiens, qui avaient refusé de le reconnaître comme souverain de la Transylvanie. Une attaque fut concertée avec les rebelles bohèmes contre la Hongrie et l’Autriche : les deux armées devaient faire leur jonction devant la capitale. Cependant Bethlen Gabor cacha sous un faux semblant d'amitié le véritable objet de ses préparatifs; il promit artificieusement à l’empereur d’attirer les Bohèmes dans le piège, en feignant de les secourir; il promit de lui livrer vivants les chefs de la révolte. Mais tout à coup il parait en ennemi dans la haute Hongrie; la terreur le précède; derrière lui est la dévastation. Tout le pays se soumet , et il reçoit à Presbourg la couronne de Hongrie. Le frère de l’empereur, qui était gouverneur de Vienne , trembla pour cette capitale: Il se hâta d’appeler le général Bucquoi à son secours, et la retraite des impériaux attira derechef l’armée bohème devant Vienne. Renforcée de douze mille Transylvains , et bientôt réunie avec les troupes victorieuses de Bethlen Gabor, elle menaça de nouveau d’emporter la ville. Tous les environs étaient ravagés; le Danube fermé; les communications interceptées ; déjà l’on éprouvait les terreurs de la faim. Ferdinand, que ce pressant danger avait ramené précipitamment dans sa capitale, se voyait pour la seconde fois sur le bord de l’ablme. Enfin la disette et la rigueur de la température forcèrent les Bohèmes à retourner chez eux; un échec en Hongrie rappela Bethlen Gabor : la fortune avait encore une fois sauvé l’empereur.

En peu de semaines tout changea de face : par sa prudence et son activité, Ferdinand rétablit ses affaires autant que Frédéric ruina les siennes par sa négligence et ses mauvaises mesures. Les états de la basse Autriche furent amenés à prêter l’hommage par la confirmation de leurs privilèges, et quelques membres, qui avaient refusé de paraître, furent déclarés coupables de lèse-majesté et de haute trahison. Ainsi l’empereur s’était rétabli dans un de ses f!tats héréditaires, et en même temps il mettait tout en mouvement pour s’assurer des secours étrangers. Déjà, par ses représentations verbales lors de l’élection impériale de Francfort, il avait réussi à gagner à sa cause les électeurs ecclésiastiques; et, à Munich, le duc Maximilien de Bavière. De la part que l'union et la ligue prendraient à la guerre de Bohême, dépendaient l'issue de cette guerre, le sort de l'empereur et celui de Frédéric. Toute l’Allemagne protestante semblait intéressée à soutenir Frédéric, et la religion catholique à ne pas laisser succomber l’empereur. Tous les princes catholiques d’Allemagne devaient trembler pour leurs possessions, si les protestants étaient vainqueurs en Bohême; s'ils succombaient, l’empereur pouvait faire la loi à toute l’Allemagne protestante. Ferdinand mit donc la ligue en mouvement, et Frédéric l’union. Le lien de la parenté, et son attachement personnel pour l’empereur, son beau-frère, avec qui il avait été élevé à Ingolstadt ; le zèle pour la religion catholique, visiblement menacée du plus grand péril; les inspirations des jésuites, enfin les mouvements suspecls de l’union, décidèrent le duc de Bavière à faire de la cause de Ferdinand sa propre cause, et tous les princes de la ligue imitèrent son exemple.

Maximilien de Bavière, après s’être assuré par un traité conclu avec l’empereur le dédommagement de tous ses frais de guerre et de toutes les pertes qu’il pourrait éprouver, prit, avec des pouvoirs illimités, le commandement des troupes de la ligue, qui devaient marcher au secours de l’empereur contre les rebelles de Bohême.

Les chefs de l’union , au lieu de faire obstacle à cette dangereuse alliance de la ligue et de l’empereur, mirent plutôt tout en œuvre pour l’accélérer. S’ils amenaient la ligue caiholique à prendre une part déclarée dans la guerre de Bohême, ils avaient

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