LIVRE PREMIER
lieu de se promettre la inôme chose de tous les membres et alliés de l’union. Si l'union n’était menacée par une démarche publique de l’autre parti, on ne pouvait espérer de voir réunies les forces des protestants. Les princes saisirent donc le moment critique des troubles de ltohéme pour demander aux catholiques le redressement de tous les anciens griefs et une complète garantie de la liberté religieuse. Cette demande, dont le ton était menaçant, ils l’adressèrent au duc de Bavière, comme chef des catholiques, et ils insistèrent pour avoir une réponse prompte et sans réserves. Que Maximilien se prononçât pour eux ou contre eux, ils atteignaient leur but. S’il cédait, le parti catholique était privé de son plus puissant défenseur; s’il résistait, il armait tout le parti protestant et rendait inévitable la guerre, de laquelle ils se promettaient un bon résultat. Maximilien, que tant d’autres motifs attiraient déjà dans le parti opposé, prit celte sommation pour une formelle déclaration de guerre, et l’armement fut hâté. Tandis que la Bavière et la ligue prenaient les armes pour l’empereur, on négociait des subsides avec la cour d’Espagne. Toutes les diflicultés que la politique somnolente du ministère espagnol opposait à cette demande furent heureusement surmontées par le comte de Khevenhüller, ambassadeur impérial à Madrid. Outre l’avance d'un million de florins, que l'on sut arracher peu à peu à cette cour, on la décida à diriger des Pays-Bas espagnols une attaque sur le bas l’alatinat.
En même temps qu'on s’efforçait d’attirer dans l’alliance toutes les puissances catholiques, on entravait avec la plus grande énergie la contre-alliance protestante. Il importait de rassurer l’électeur de Saxe et plusieurs autres princes évangéliques sur le bruit, répandu par l’union, que les préparatifs de la ligue avaient pour but de leur reprendre les bénéfices sécularisés. L’assurance du contraire, donnée par écrit, tranquillisa l’électeur de Saxe, que sa jalousie particulière contre le Palatinat, les suggestions de son prédicateur de cour, vendu à l'Autriche, enfin la mortification de s’être vu écarté par les Bohèmes, à l’élection de leur roi, faisaient déjà pencher pour l’empereur. Le fanatisme luthérien ne pouvait pardonner aux réformés « que tant de nobles pays dussent s’engouffrer (c’est ainsi qu'on
s’exprimait) dans la gueule du calvinisme, et l’anlechrist romain faire simplement place à l'antechrist helvétique. »
Tandis que Ferdinand mettait tout en œuvre pour améliorer sa fâcheuse position , Frédéric ne négligeait rien pour gâter sa bonne cause. Sa liaison choquante avec le prince de Transylvanie, l’allié déclaré de la Porte, scandalisait les âmes faibles, et le bruit public l'accusait de chercher son agrandissement aux dépens de la chrétienté et d’avoir armé les Turcs contre l'Allemagne. 11 irritait les luthériens de Bohême par son zèle inconsidéré pour la religion réformée', et les catholiques par ses attaques contre les images. L’introduction d’impôts onéreux lui enleva l’amour du peuple. Les grands du royaume, trompés dans leur attente, 6e refroidirent pour sa cause; le défaut de secours étrangers abattit leur confiance. Au lieu de se consacrer avec une ardeur infatigable à l’administration du royaume, Frédéric perdait son temps en plaisirs frivoles; au lieu d’accroitre son trésor par une sage économie, il dissipait dans un faste inutile et théâtral, et par une libéralité mal entendue, les revenus de ses États. Avec une légèreté insouciante, il se mirait dans sa dignité nouvelle , et ne songeant , hors de saison , qu’à jouir de sa couronne, il oubliait le soin plus pressant de l'affermir sur sa tôle.
Autant l'on s’était abusé sur le compte de Frédéric, autant il s’était malheureusement trompé lui-même dans son espoir d’assistance étrangère. La plupart des membres de l'union séparaient les affaires de Bohême de l’objet de leur alliance ; d’autres membres de l’Empire, dévoués à Frédéric, étaient enchaînés par une crainte aveugle de l’empereur. Ferdinand avait gagné l’électeur de Saxe et le duc de Hesse-Darmstadt ; la basse Autriche, d’où l'on attendait une puissante diversion, avait rendu hommage à l’empereur; BethlenGabor avait conclu avec lui un armistice. La cour de Vienne sut endormir le Danemark par des ambassades, et occupa la Suède par une guerre avec la Pologne. La république de Hollande avait de la peine à se défendre contre les armes espagnoles; Venise et la Savoie res-
1. Au lieu de re^ormirtc Religion , il y a dans la première édition kalvinische Religion.