LIVRE DEUXIÈME
j£ fût agrandie de l’Écosse, n’avait plus en Europe, sous le faible Jacques I", l’influence que le génie dominateur d’Élisabeth avait su lui acquérir. Convaincue que la prospérité de son île était attachée à la sûreté des protestants , cette sage reine avait eu constamment pour maxime de favoriser toute entreprise qui tendait à l’aiïaiblissement de la maison d’Autriche. Son successeur manqua de génie pour comprendre ce système , aussi bien que de puissance pour le mettre en pratique. L’économe Élisabeth n’épargna point ses trésors pour secourir les Pays-Bas contre l’Espagne , et Henri IV contre les fureurs de la ligue : Jacques I” abandonna tille, petits-fils et gendre, à la merci d’un vainqueur impitoyable. Tandis que ce monarque épuisait son érudition à chercher dans le ciel l’origine de la majesté royale, if laissait dépérir la sienne sur la terre. Les efforts que faisait son éloquence pour démontrer le droit absolu de la royauté rappelaient à la nation anglaise ses droits à elle , et , par une vaine prodigalité , il sacrifiait la plus importante de ses royales prérogatives, celle de se passer du parlement, et d’ùter la parole à la liberté. L’horreur instinctive qu’il avait d’une épée nue le faisait reculer même devant la guerre la plus juste. Son favori Buckingham se jouait de ses faiblesses , et sa vanité complaisante faisait de lui la dupe facile des artifices de l’Espagne. Tandis qu’on ruinait son gendre en Allemagne, et qu’on gratifiait des étrangers du patrimoine de ses petits-fils , ce vieillard imbécile respirait avec délices l’encens que l’Autriche et l'Espagne faisaient fumer devant lui. Pour détourner son attention de la guerre d’Allemagne , on lui montra à Madrid une épouse pour son tils, et ce père facétieux équipa lui-même son fils romanesque pour la scène bizarre par laquelle il surprit sa liancée espagnole. Cette fiancée échappa à son fils , comme la couronne de Bohême et l’électorat palatin à son gendre , et la mort seule déroba Jacques I" au danger de terminer son règne pacifique par une guerre , uniquement pour n'avoir pas eu le courage de la montrer dans le lointain.
Les troubles civils , préparés par son gouvernement malhabile , éclatèrent sous son malheureux fils , et forcèrent bientôt celui-ci , après quelques tentatives insignifiantes , de renoncer à prendre aucune part J» la guerre d’Allemagne , pour combattre
dans son propre royaume la rage des factions , dont il fut enfît la déplorable victime.
Deux rois pleins de mérite, bien loin l'un de l'autre sans doute pour la renommée personnelle, mais également puissants , également avides de gloire, faisaient alors respecter les États du Nord. Sous le règne long et actif de Christian IV , le Danemark s’était élevé jusqu'à devenir une puissance importante. Les qualités personnelles de ce prince, une excellente marine, des troupes d'élite , des finances bien administrées , de sages alliances , se réunirent pour assurer à cet État , au dedans , une prospérité florissante, au dehors, la considération. Quant à la Suède , Gustave Wasa l'avait arrachée à la servitude ; il l’avait transformée par une sage législation , et produit le premier aux regards du monde cet État nouvellement créé. Ce que ce grand prince n’avait fait qu'indiquer dans une ébauche grossière , fut achevé par son petit-fils , Gustave-Adolphe , encore plus grand que lui.
Ces deux royaumes, réunis auparavant, par contrainte et contre nature, en une seule monarchie, et sans force dans cette union, s'étaient séparés violemment au temps de la réforme , et cette séparation fut l’époque de leur prospérité. Autant cette union forcée avait été nuisible aux deux États , autant, une fois séparés , l'harmonie et les rapports de bon voisinage leur étaient néces-' saires. L’Église évangélique s’appuyait sur l’un et sur l’autre ; ils avaient les mêmes mers à surveiller ; le même intérêt aurait dù les réunir contre le même ennemi. Mais la haine qui avait brisé le lien des deux royaumes continua d’entretenir une discorde hostile entre les deux peuples , longtemps après leur séparation. Les rois de Danemark ne pouvaient toujours pas renoncer à leurs prétentions sur la couronne de Suède , et la Suède ne pouvait écarter le souvenir de l’ancienne tyrannie danoise. Les frontières contiguës des deux États offraient à la haine nationale un éternel aliment ; la jalousie vigilante des deux rois et les collisions inévitables du commerce dans les mers du nord ne laissaient jamais tarir la source des querelles.
Entre les moyens par lesquels Gustave Wasa , fondateur du royaume de Suède , avait cherché à consolider sa nouvelle création , la réformation de l’Église avait été un des plus efficaces.