LIVRE DEUXIÈME
L«e loi fondamentale du royaume excluait les catholiques de tous les offices publics , et interdisait à tout souverain futur de la Suède de changer la religion du pays. Mais déjà le second fils et le second successeur de Gustave, Jean III, rentrait dans l’Église romaine, et son fils Sigismond, qui était aussi roi de Pologne , se permit des actes qui tefidaient à la ruine de la constitution et de l’Église dominante. Les états du royaume , ayant à leur tète Charles, duc de Sudermanie, troisième fils de Gustave , opposèrent une ferme résistance, qui alluma enfin une guerre civile entre l’oncle et le neveu, entre le roi et la nation. Le duc Charles , administrateur du royaume en l’absence du roi , mit à profit la longue résidence de Sigismond en Pologne et le juste mécontentement des étals, pour s’attacher étroitement la nation et frayer insensiblement à sa propre maison le chemin du trône. Les mauvaises mesures de Sigismond ne favorisèrent pas médiocrement ses desseins, line assemblée générale des états osa déroger, en faveur de l'administrateur du royaume, au droit de primogéniture , introduit par Gustave Wasa dans la succession à la couronne de Suède , et plaça le duc de Sudermanie sur le trône, dont Sigismond fut exclu solennellement avec toute sa postérité. Le fils du nouveau roi, qui gouverna sous le nom de Charles IX , fut Gustave- Adolphe, que les partisans de Sigismond , en sa qualité de fils d’un usurpateur, refusèrent de reconnaître. Mais, si les obligations d'un roi et de son peuple sont réciproques, si les États ne passent point, par héritage , d’une main dans une autre , comme une denrée morte , il doit être permis à toute une nation , agissant unanimement, de retirer sa foi au souverain parjure et d’en mettre un plus digne à sa place.
Gustave-Adolphe n’avait pas encore accompli sa dix-septième année, quand le trône de Suède devint vacant par la mort de son père; mais la précoce maturité de son esprit décida les états à abréger en sa faveur la durée légale de la minorité. Il ouvrir par une glorieuse victoire sur lui-même un règne dont la victoire devait être la compagne fidèle, et qui devait finir au milieu d'un triomphe. La jeune comtesse de Brahé, tille d’un de ses sujets , eut les prémices de ce grand cœur, et il était sincèrement résolu à partager avec elle le trône de Suède. Mais, con-