‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 55 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

deux cultes également détestés, du calvinisme ou de la religion romaine, on laisserait prendre l’avantage sur l’autre; auquel de deux ennemis également funestes on adjugerait l’électorat palatin; et, pressé entre deux obligations opposées, il était bien naturel qu’on remit la décision à la haine privée et à l’intérét privé. Le défenseur-né de la liberté allemande et de la religion protestante encouragea l’empereur à procéder, en vertu de la toute-puissance impériale, contre le Palatinat, et à ne s’inquiéter, en aucune manière, si l’électeur de Saxe faisait, pour la forme , quelque opposition à ses mesures. Si , dans la suite , Jean-Georges retira son consentement, c’est que Ferdinand luimême avait donné lieu à ce changement d’avis en chassant de Bohême les ministres évangéliques ; et l'investiture de l’électorat palatin donnée à la Bavière cessa d'être un acte illégal, aussitôt que l’empereur eut consenti à céder à l’électeur de Saxe la Lusace, en payement de six millions d'écus pour frais de guerre.

Ainsi donc, malgré l’opposition de toute l’Allemagne protestante , et au mépris des lois fondamentales de l’Empire , qu’il avait jurées à son élection , Ferdinand donna solennellement, dans Ratisbonne, l’investiture de l'électorat palatin au duc de Bavière; « sans préjudice toutefois, disait-on dans l’acte, des droits que pourraient faire valoir les agnats et les descendants de Frédéric. » Ce prince infortuné se vit alors irrévocablement dépouillé de ses États , sans avoir été entendu d'abord par le tribunal qui le condamnait, justice que les lois accordent même au plus humble sujet et au plus affreux malfaiteur.

Cette violence ouvrit enfin les yeux au roi d’Angleterre, et, les négociations entamées pour le mariage de son fils avec une infante d’Espagne ayant été rompues dans le même temps, Jacques prit avec vivacité le parti de son gendre. En France, une révolution dans le ministère avait mis le cardinal Richelieu à la tête du gouvernement, et ce royaume, tombé si bas, commença bientôt à sentir qu’une main vigoureuse tenait le timon de l’État. Les mouvements du gouverneur espagnol à Milan, pour s’emparer de la Yalteline et se mettre ainsi en communication avec les domaines héréditaires de l’Autriche, tirent revivre et les anciennes alarmes qu’inspirait cette puis-

108 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. sance, et, avec elles, les maximes politiques de Henri le grand. Le mariage du prince de Galles avec Henriette de France amena entre les deux couronnes une alliance plus étroite, à laquelle accédèrent la Hollande, le Danemark et quelques États d'Italie. On forma le plan de forcer, à main armée, l’Espagne à restituer la Valteline, et l’Autriche à rétablir Frédéric; mais le premier objet fut seul poursuivi avec quelque activité. Jacques I" mourut, et Charles I", en lutte avec son parlement, ne put plus donner aucuhe attention aux affaires d’Allemagne. La Savoie et Venise retinrent les secours promis, et le ministre français crut qu’il fallait soumettre les huguenots dans sa patrie, avant de se hasarder à défendre contre l’empereur les protestants d’Allemagne. Ainsi le succès fut loin de répondre aux grandes espérances qu’on avait conçues de cette alliance.

Le comte de Mansfeld, dépourvu de tout secours, restait inactif sur le bas Rhin , et le duc Christian de Brunswick se vit de nouveau rejeté , après une campagne malheureuse , hors du territoire allemand. Une nouvelle irruption de Bethlen Gabor dans la Moravie s’était terminée infructueusement , comme toutes les précédentes, par une paix formelle avec l’empereur, parce qu’elle n’avait pas été secondée du côté de l’Allemagne. L’union n’existait plus; aucun prince protestant n’était plus sous les armes , et le général Tilly se tenait aux frontières de la basse Allemagne , sur le territoire protestant , avec une armée accoutumée à vaincre. Les mouvements du duc Christian de Brunswick l’avaient attiré dans ce pays, et une fois déjà dans le cercle de basse Saxe, où il avait pris Lippstadt , place d'armes de l’administrateur. La nécessité d'observer cet ennemi , et de l’empêcher de faire de nouvelles irruptions , aurait pu justifier alors encore la présence de Tilly dans cette contrée. Mais Mansfeld et Christian avaient licencié leurs troupes faute d'argent, et l'armée du comte Tilly ne voyait plus tout autour d’elle aucun ennemi : pourquoi occuper encore et accabler ce pays?

Parmi les clameurs passionnées des partis, il est difficile de distinguer la voix de la vérité; mais on pouvait s’inquiéter que ■ la ligue restât sous les armes. Les cris de joie prématurés des catholiques devaient augmenter la consternation. L’empereur et la ligue, armés et vainqueurs en Allemagne, ne voyaient nulle

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