‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 56 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

part de forces qui pussent leur résister, s’ils tentaient d’assaillir les protestants ou même d'anéantir la paix de religion. A supposer que Ferdinand fût loin du dessein d’abuser de ses victoires , la faiblesse des protestants devait lui en suggérer la première pensée. Des pactes surannés ne pouvaient être un frein pour un prince qui se croyait obligé à tout envers sa religion, et à qui toute violence semblait justifiée par une pieuse intention. La haute Allemagne était domptée, la basse pouvait seule encore faire obstacle à sa toute-puissance. Là les protestants dominaient; là on avait enlevé à l’Église romaine la plupart des bénéfices ecclésiastiques , et Je moment sèmblait venu de lui rendre ses possessions. Ces biens confisqués par les princes de la basse Allemagne composaient d’ailleurs une partie notable de leur puissance , et c'était un excellent prétexte pour les affaiblir que d'aider l’Eglise à recouvrer son bien.

Rester oisif dans une situation si dangereuse eût été une impardonnable négligence. Le souvenir des excès que l’armée de Tilly avait commis dans la basse Saxe était encore trop récent , pour que les membres protestants de l’empire ne dussent pas songer à leur défense. Le cercle de la basse Saxe s'arma en toute hâte. On leva des impôts extraordinaires; on recruta des troupes; on remplit les magasins. On négocia pour des subsides avec Venise, avec la Hollande, avec l’Angleterre. On délibéra sur le choix de la puissance qui serait placée à la tête de la confédération. Les rois du Sund et de la mer Baltique, alliés naturels de ce cercle, ne pouvaient voir avec indifférence l’empereur y mettre le pied comme conquérant et devenir leur voisin sur les côtes de la mer du Nord. Le double intérêt de la religion et tic la politique les pressait d'arrêter les progrès de ce monarque dans la basse Allemagne. Christian IV, roi de Danemark, se comptait lui-môme, comme duc de Holstein, parmi les membres de ce cercle. Des motifs non moins forts déterminèrent Gustave- Adolphe à prendre part à celte alliance.

Les deux rois se disputèrent l’honneur de défendre le cercle de basse Saxe et de combattre la formidable puissance de l’Autriche. L’un et l'autre offrirent de mettre sur pied une armée bien équipée et de la commander en personne. De glorieuses campagnes contre les Moscovites et les Polonais ap-

110 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. puyaient les propositions du roi de Suède ; toutes les côtes de la Baltique étaient remplies du nom de Gustave-Adolphe. Mais la gloire de ce rival rongeait le cœur du monarque danois , et plus il se promettait lui-mème de lauriers dans cette campagne, moins Christian IV pouvait se résoudre à les céder à son voisin, dont il était jaloux. Ils portèrent tous deux leurs offres et leurs conditions devant le cabinet anglais, et là Christian IV réussit enlin à l’emporter sur son concurrent. Gustave-Adolphe demandait pour sa sûreté , afin de garantir à ses troupes un refuge nécessaire en cas de malheur, l’abandon de quelques places fortes en Allemagne , où il ne possédait pas un pouce de terrain. Christian IV avait le Holstein et le Jutland , par lesquels il pouvait se retirer en sûreté après une bataille perdue.

Afin de prendre l’avantage sur son rival , le roi de Danemark se hâta de paraître en campagne. Nommé chef du cercle de basse Saxe, il eut bientôt sur pied une armée de soixante mille hommes; l’administrateur de Magdebourg, les ducs de Brunswick , les ducs de Mecklembourg , se joignirent à lui. L’appui que l’Angleterre lui avait fait espérer élevait son courage , et , à la tête de forces si considérables , il se flattait de terminer cette guerre en une seule campagne.

On fit savoir à Vienne que cet armement avait uniquement pour but la défense du cercle et le maintien de la tranquillité dans cette contrée. Mais les négociations avec la Hollande, avec l’Angleterre , et même avec la France , les efforts extraordinaires du cercle et l’armée formidable qu’on mettait sur pied , semblaient tendre à quelque chose de plus que la simple défense ; au rétablissement complet de l’électeur palatin et à l'abaissement de l’empereur , devenu trop puissant.

Après que Ferdinand eut vainement épuisé les négociations , les remontrances, les menaces et les ordres, pour décider le roi de Danemark et le cercle de basse Saxe à poser les armes , les hostilités commencèrent , et la basse Allemagne devint le théâtre de la guerre. Le comte Tilly suivit la rive gauche du Wéseret s’empara de tous les passages jusqu’à Minden. Après avoir échoué dans une attaque sur Nienbourg , il traversa le fleuve, envahit la principauté de Calemberg, et la fit occuper par ses troupes. Le roi manœuvrait sur la rive droite du VVéser,

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