‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 57 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

et il s'étendit dans le pays de Brunswick ; mais il avait affaibli son armée par de trop forts détachements , et ne put rien exécuter de considérable avec le reste. Connaissant la supériorité de l'ennemi , il évitait avec autant de soin une bataille décisive que le général de la ligue la cherchait.

Jusqu’ici l'empereur n’avait fait la guerre en Allemagne qu’avec les armes de la Bavière et de la ligue, si l’on excepte les troupes auxiliaires des Pays-Bas espagnols qui avaient attaqué le bas Palatinat. Maximilien dirigeait la guerre, comme chef de l’exécution impériale, et Tilly, qui commandait l'armée, était au service de la Bavière. C’était aux armes de la Bavière et de la ligue que Ferdinand devait toute sa supériorité en campagne ; ces auxiliaires tenaient dans leurs mains toute sa fortune et son autorité. Cette dépendance de leur bon vouloir ne s’accordait pas avec les vastes projets auxquels la cour impériale commençait à donner carrière après un si brillant début.

Autant la ligue avait montré d’empressement à entreprendre la défense de l’empereur, sur laquelle reposait son propre salut, autant l’on devait peu s’attendre à lui trouver le même zèle pour les plans de conquête de Ferdinand. Ou , si elle consentait à donner ses armées pour faire des conquêtes, il était à craindre qu’elle n’admlt l’empereur qu’au partage de la haine générale, et qu’elle ne recueillit pour elle seule tous les fruits de la guerre. Des forces militaires imposantes, qu'il aurait levées lui-même, le pouvaient seules soustraire à cette accablante dépendance de la Bavière, et l’aider à maintenir en Allemagne son ancienne supériorité. Mais la guerre avait beaucoup trop épuisé les provinces impériales, pour quelles pussent suffire aux frais immenses d'un pareil armement. Dans ces circonstances, rien ne pouvait être plus agréable à l’empereur que la proposition avec laquelle un de ses officiers vint le surprendre. " .

C'était le comte Wallenstein , officier de mérite, le plus riche gentilhomme de Bohême. Il avait servi , dès sa première jeunesse , la maison impériale , et s’était signalé de la manière la plus glorieuse , dans plusieurs campagnes, contre les Turcs, les Vénitiens, les Bohèmes, les Hongrois et les Transylvains. Il avait assisté, en qualité de colonel, à la bataille de Prague, et, • plus tard, général-major, il avait battu une armée hongroise

en Moravie. La reconnaissance de l’empereur fut égale à ces services, et une part considérable des biens confisqués après la révolte de Bohême fut sa récompense. Mattre d'une immense fortune, enflammé par des projets ambitieux, plein de confiance dans son heureuse étoile, et plus encore dans une profonde appréciation des conjonctures, il offrit de lever et d’équiper une armée à ses frais et aux frais de ses amis , pour le service de l’empereifr, et môme de lui épargner le soin de l’entretien, s’il lui était permis de la porter à cinquante mille hommes. 11 n’y eut personne qui he raillât ce projet, comme la création chimérique d’une tète exaltée; mais la seule tentative pouvait être déjà d’un grand avantage, dùt-elle ne tenir qu’une partie de ces promesses. On abandonna à Wallenstein quelques districts en Bohème, comme places de recrutement, et l’on y ajouta la permission de donner des brevets d’officier. Au bout de peu de mois, il avait sous les armes vingt mille hommes, avec lesquels il quitta les frontières de l’Autriche; bientôt après, il parut avec trente mille sur celles de la basse Saxe. Pour tout cet armement, l’empereur n’avait donné que son nom. La renommée du général , une brillante perspective d’avancement et l’espérance du butin, attirèrent, de toutes les contrées de l’Allemagne, des aventuriers sous ses drapeaux. On vit même des princes régnants, excités par l’amour de la gloire ou la soif du gain, offrir de lever des régiments pour l'Autriche.

Alors, pour la première fois dans cette guerre, on vit paraître en Allemagne une armée impériale : formidable apparition pour les protestants , et qui n’était pas beaucoup plus réjouissante pour les catholiques. Wallenstein avait ordre de joindre son armée aux troupes de la ligue, et d’attaquer, de concert avec le général bavarois, le roi de Danemark; mais, depuis longtemps jaloux de la gloire militaire de Tilly, il ne montra nulle envie de partager avec lui les lauriers de cette campagne, et de voir éclipsé par l’éclat des hauts faits de Tilly l’honneur des siens. Son plan de guerre appuya, il est vrai, les opérations de Tilly; mais il demeura, dans l’exécution, tout à fait indépendant de lui. Comme il n’avait pas les ressources avec lesquelles Tilly , subvenait aux besoins de son armée, il était obligé de conduire la sienne dans des pays riches, qui n’avaient pas encore souf-

Page 1