‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 58 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

fert de la guerre. Au lieu donc de faire sa jonction , comme il en avait l’ordre, avec le général de la ligue, il entra sur les terres de Halberstadt et de Magdebourg, et se rendit maître de l'Elbe près de Dessau. Tous les pays situés sur les deux rives du fleuve furent alors ouverts à ses exactions. Il pouvait de là fondre sur les derrières du roi de Danemark, et même, au besoin, se frayei un chemin jusque dans les États de ce prince.

Christian IV sentit tout le danger de sa position entre deux armées si redoutables. Auparavant déjà, il avait appelé à lui l’administrateur de Halberstadt, qui était revenu récemment de Hollande ; maintenant il se déclara aussi publiquement pour le comte Mansfeld, qu’il avait désavoué jusque-là, et il le soutint de tout son pouvoir. Mansfeld reconnut ce service d'une manière signalée. A lui seul , il occupa sur l’Elbe les forces de Wallenstein , et les empêcha d'écraser le roi de concert avec Tilly. Le vaillant général osa même, malgré la supériorité des ennemis, s'approcher du pont de Dessau et se retrancher vis.à-vis des lignes des Impériaux ; mais, pris à dos par toutes leurs forces, il dut céder au nombre , et quitter son poste avec une perte de trois mille hommes. Après cette défaite , il se retira dans la marche de Brandebourg , où il prit quelque repos , se renforça de nouvelles troupes, et tourna subitement vers la Silésie , pour pénétrer de là dans la Hongrie , et , réuni à Bethlen Gabor, transporter la guerre au cœur des États d’Autriche. Comme les domaines héréditaires de l’empereur étaient sans défense contre un pareil ennemi , Wallenstein reçut l’ordre pressant de laisser pour le moment le roi de Danemark, afin d’arrêter, s’il était possible, la marche de Mansfeld à travers la Silésie.

Cette diversion , par laquelle Mansfeld attira les troupes de Wallenstein, permit à Christian IV de détacher une partie de son armée en Westphalie, pour y occuper les évêchés de Munster et d'Osnabrück. Afin de s’opposer à cette manœuvre, Tilly quitta précipitamment le Wéser; mais les mouvements du duc Christian , qui faisait mine de pénétrer par la Hesse dans les terres de la ligue, afin d’en faire le théâtre de la guerre, le rappelèrent promptement de Westphalie. Pour maintenir ses communications avec les pays catholiques, et empêcher la jonction

SCU1U.EI. — II EST. It 8

114 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. dangereuse du landgrave de Hesse avec l’ennemi, Tilly s'empara en grande hâte de toutes les places tenables sur la Wcrra et la Fulde, et s’assura de la ville de Mündcn, ài'entrée des montagnes de la Hesse, où le confluent de ces deux rivières forme le Wéser. Bientôt après, il prit Gœttingue, la clef du Brunswick et delà Hesse; il préparait à Nordheim le môme sort, mais le roi accourut avec toutes ses forces pour s’opposer à son dessein. Après avoir pourvu cette place de tout ce qui était nécessaire pour soutenir un long siège, il cherchait à s'ouvrir, par l’Eichsfeld et la Thuringe, une nouvelle entrée dans les pays de la ligue. Déjà il avait dépassé Duderstadt, mais le comte Tilly l’avait devancé [kir des marches rapides. Comme l’armée de ce'dernier, renforcée par quelques régimentsde Wallenstein, était très-supérieure en nombre, le roi se retira vers le Brunswick pour éviter une bataille; mais, dans cette retraite même, Tilly le poursuivit sans relâche, et, après trois jours d'escarmouches, Christian IV fut à la fin contraint de faire face à l’ennemi, près du village de Lutter, au pied du Barenberg. Les Danois attaquèrent avec beaucoup de bravoure, et leur vaillant roi les mena trois fois au combat ; mais enfin il fallut céder à un ennemi supérieur en nombre et mieux exercé, et le général de la ligue remporta une victoire complète. Soixante drapeaux et toute l’artillerie, les bagages et les munitions , furent perdus; beaucoup de nobles officiers et environ quatre mille soldats restèrent sur le champ de bataille; plusieurs compagnies d’infanterie', qui, pendant la déroute, s’étaient jetées, à Lutter, dans la maison du bailliage, mirent bas les armes et se rendirent au vainqueur.

Le roi s’enfuit avec sa cavalerie, et rallia bientôt ses troupes après ce cruel revers. Tilly, poursuivant sa victoire, se rendit maître du Wéser, occupa le pays de Brunswick, et repoussa le roi jusque sur les terres de Brême. Devenu timide par sa défaite, Christian résolut de rester sur la défensive, et surtout de fermer à l'ennemi le passage de l’Elbe. Mais en jetant des garnisons dans toutes les places tenables, il se réduisit à l'inaction, avec des forces divisées, et les corps détachés furent, l'un après l’autre, dispersés ou détruits par l’ennemi. Les troupes de la

I. Dans la piemièrc édition : « Trente compagnies d'infanterie. »

Page 1