‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 59 sur 219 · I.IVI1E DEUXIÈME · texte numérisé non relu

I.IVI1E DEUXIÈME

ligue, maîtresses de tout le cours du Wéser, se répandirent au delà de l'Elbe et du Havel , et les Danois se virent chassés successivement de toutes leurs positions. Tilly avait lui-même passé l’Elbe, et porté bien avant dans le Brandebourg ses armes victorieuses, tandis que Waîlenstein pénétrait, par l’autre côté, dans le Holslêin, afin de transférer la guerre dans les États mêmes du roi.

Waîlenstein revenait alors de la Hongrie, où il avait poursuivi le comte Mansfeld sans pouvoir arrêter sa marche, ni empêcher sa réunion avec Bethlen Gabor. Toujours poursuivi par la fortune, et toujours supérieur à son sort, Mansfeld s’était frayé sa route par la Silésie et la Hongrie, à travers d'immenses difficultés, et avait joint heureusement le prince de Transylvanie, mais il n’en fut pas très-bien reçu. Comptant sur l’appui de l’Angleterre et sur une puissante diversion dans la basse Saxe, Gabor avait de nouveau rompu la trêve avec l’empereur; et maintenant, au lieu de la diversion espérée, Mansfeld attirait chez lui toutes les forces de Waîlenstein, et lui demandait de l’argent, au lieu d’en apporter. Le défaut d’harmonie entre les princes protestants refroidit l’ardeur de Gabor, et, selon sa coutume, il se hâta de se débarrasser des forces supérieures de l’empereur par une paix précipitée. Fermement résolu de la rompre au premier rayon d’espérance, il adressa le comte Mansfeld à la république de Venise, afin de se procurer avant tout de l’argent.

Séparé de l’Allemagne et hors d’état de nourrir en Hongrie le faible reste de ses troupes , Mansfeld vendit son artillerie et son matériel de guerre, et licencia ses soldats. 11 prit lui-même, avec une suite peu nombreuse, la route de Venise par la Bosnie et la Dalmatie. De nouveaux projets enflammaient son courage, mais sa carrière était finie. Le destin, qui l’avait tant 1 alloué pendant sa vie, lui avait préparé un tombeau en Dalmatie. La mort le surprit non loin de Zara (1626); son fidèle compagnon de fortune, le duc Christian de Brunswick, était mort peu de temps auparavant : dignes tous deux de l’immortalité, s’ils s’étaient élevés au dessus de leur siècle comme ils s’élevèrent au-dessus de leur sort.

Le roi de Danemark, avec des forces entières, n’avait pu tenir

116 HISTOIRE 1)E J, A GUERRE DE TRENTE ANS. contre le seul Till-y ; combien moins le pouvait-il contre les deux généraux de l’empereur, avec une armée affaiblie? Les Danois abandonnèrent tous leurs posles sur le Wéser, l’Elbe et le Havel, et l’armée de Wallenstein se répandit, comme un torrent impétueux, dans le Brandebourg, le Mecklembourg, le Holstein et le Schleswig. Ce général, trop superbe*pour agir en commun avec un autre, avait envoyé le général de la ligue, Tilly, au delà de l’Elbe, pour observer les Hollandais; mais ce n’était qu’un prétexte : Wallenstein voulait terminer lui-même la guerre contre le roi de Danemark, et recueillir pour lui seul les fruits des victoires de Tilly. Christian IV avait perdu toutes les places fortes de ses provinces allemandes, Glückstadt seul excepté; ses armées étaient battues ou dispersées; nuis secours d’Allemagne ; peu de consolation du côté de l'Angleterre ; ses alliés de la basse Saxe livrés en proie à la rage du vainqueur. Aussitôt après sa victoire de Lutter, Tilly avait contraint le landgrave de Ifesse- Cassel de renoncer à l'alliance danoise. La terrible apparition de Wallenstein devant Berlin décida l’électeur de Brandebourg à se soumettre et le força de reconnaître Maximilien de’Bavière comme électeur légitime. La plus grande partie du Mecklembourg fut alors inondée de troupes impériales, et les deux ducs mis au ban de l’empire et chassés de leurs États, comme partisans du roi de Danemark. Avoir défendu la liberté allemande contre d'injustes attaques, était un crime qui entraînait la perte de toutes possessions et dignités. Et tout cela n’était pourtant que le prélude de violences plus criantes, qui devaient suivre bientôt.

Alors parut au jour le secret de Wallenstein : on vit comment il entendait remplir ses promesses excessives. Ce secret, il l’avait appris de Mansfeld; mais l’écolier surpassa le maître. Selon la maxime que la guerre doit nourrir la guerre, Mansfeld et le duc Christian avaient pourvu aux besoins de leurs troupes avec les contributions qu’ils arrachaient indistinctement aux amis et aux ennemis; mais cette manière de brigandage était accompagnée de tous les ennuis et de tous les dangers attachés à la vie de brigands. Comme des voleurs fugitifs, ils étaient contraints de se glisser à travers des ennemis vigilants et exaspérés, de fuir d’un bout de l’Allemagne jusqu’à l’autre , d’épier

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