LIVRE DEUXIÈME
révérence, et l’ange la seconde. » La déposition de Wallenstein fut résolue.
Pour récompenser Ferdinand de sa pieuse confiance, le capucin travailla contre lui à Ratisbonne avec tant d’adresse, que tous ses efforts pour faire nommer roi des Romains le roi de Hongrie échouèrent complètement. Dans un article particulier du traité qu’il venait de conclure avec la France, les envoyés de cette puissance avaient promis en son nom qu’elle observerait avec tous les ennemis de l’empereur la plus parfaite neutralité, au moment même où Richelieu négociait déjà avec le roi de Suède , l’excitait à la guerre, et le forçait, en quelque sorte, d’accepter l’alliance de son maître. Ce mensonge fut, il est vrai, retiré aussitôt qu’il eut produit son effet, et le père Joseph dut expier dans un cloître la témérité d'avoir outre-passé ses pouvoirs. Ferdinand s'aperçut trop tard à quel point l’on s’était joué de lui. « Un méchant capucin, l’entendit-on s’écrier, m’a désarmé avec son rosaire, et n’a pas escamoté moins de six chapeaux d'électeurs dans son étroit -capuchon. »
Ainsi le mensonge et la ruse triomphaient de l'empereur dans un temps où on le croyait tout-puissant en Allemagne, et où il l'était en effet par la force de ses armes. Affaibli de quinze mille hommes', et privé d’un général qui compensait la perte d'une armée, il quitta Ratisbonne sans voir accompli le désir auquel il avait fait tous ces sacrifices. Avant que les Suédois l’eussent battu en campagne, Maximilien de Bavière et le père Joseph lui avaient fait une blessure incurable. Dans cette mémorable assemblée de Ratisbonne, on résolut la guerre avec la Suède, et l’on termina celle de Mantoue. Les princes s’étaient employés inutilement pour les ducs de Mecklembourg, et l’envoyé d'Angleterre avait mendié avec aussi peu de succès une pension annuelle en faveur du comte palatin Frédéric.
Dans le temps où Ton devait annoncer à Wallenstein sa destitution, il commandait une armée de près de cent mille hommes, dont il était adoré. La plupart des ofliciers étaient ses créatures; son moindre signe était un arrêt du sort pour le simple soldat.
I. S'agit-il d’une autre diminution de son armée que celle dont il est parlé plus liant et dont le chi!Trc est de dix-huit mille?
Son ambition était sans bornes, son orgueil inflexible; son esprit impérieux ne pouvait endurer un affront sans vengeance. Un instant devait alors le précipiter de la plénitude du pouvoir dans le néant de la vie privée. On pouvait croire que, pour exécuter une pareille sentence contre un pareil criminel , il ne faudrait guère moins d’art qu’il n’en avait fallu pour l’arracher au juge. Aussi eut-on la précaution de choisir deux des plus intimes amis de Wallenstein pour lui porter la mauvaise nouvelle, qu’ils devaient adoucir, autant qu’il était possible, par les plus (laiteuses assurances de la faveur inaltérable de l’empereur.
Wallenstein, quand ces députés de l'empereur parurent devant lui, savait depuis longtemps tout l’objet de leur mission. Il avait eu le temps de se recueillir, et la sérénité régnait sur son visage, tandis que son cœur était en proie à la douleur et à la rage. Mais il avait résolu d’obéir. Cet arrêt le surprit avant que le temps fût mûr pour un coup hardi et que ses préparatifs fussent achevés. Ses vastes domaines étaient dispersés en Bohème et en Moravie; l’cm|>ereur pouvait, en les confisquant, couper le nerf de sa puissance. 11 attendit sa vengeance de l'avenir. Son espoir était fortifié par les prophéties d’un astrologue italien, qui menait à la lisière comme un enfant cet esprit indompté. Séni, c’était son nom, avait lu dans les étoiles que la brillante carrière de son maître était encore loin de sa fin, et que l’avenir lui réservait une fortune éclatante. Il n’était pas besoin de fatiguer les astres pour prédire avec vraisemblance qu'un ennemi tel que Gustave-Adolphe ne permettrait pas longtemps de se passer d’un général tel que Wallenstein.
« L’empereur est trahi, répondit Wallenstein aux.envoyés; je le plains, mais je lui pardonne. Il est clair que l’orgueilleux génie du Bavarois le domine. Je suis peiné, je l’avoue, qu’il m'ait sacrifié avec si peu de résistance; mais je veux obéir. » Il congédia les messagers avec des largesses de prince, et conjura l'empereur, dans une humble supplique, de ne pas lui retirer sa faveur et de le maintenir dans ses dignités. Les murmures de l’armée furent universels, quand elle apprit la destitution de son général , et la meilleure partie des officiers quitta aussitôt le service de l'empereur. Un grand nombre suivit Wallenstein dans ses terres de Bohême et de Moravie; il s'en attacha d’autres