‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 70 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

qui pourrait l’entraver dans le cours de scs victoires; il craignit que cette ligue avec une puissance catholique n'éveillât la défiance des protestants.

Autant cette guerre était pressante et juste, autant les circonstances au milieu desquelles Gustave- Adolphe l’entreprenait étaient pleines de promesses. Le nom de l'empereur était redoutable, il est vrai; ses ressources inépuisables, sa puissance jusqu’alors invincible : une si périlleuse entreprise aurait effrayé tout autre que Gustave-Adolphe. 11 vit tous les obstacles, tous les dangers qui s'opposaient à son entreprise; mais il connaissait aussi les moyens par lesquels il pouvait espérer de les vaincre. Son armée n'était pas nombreuse, mais bien disciplinée, endurcie par un climat rigoureux et de continuelles campagnes, formée à la victoire dans la guerre de Pologne. La Suède, quoique pauvre en argent.et en hommes, et fatiguée par une guerre de huit ans, qui lui avait demandé des efforts au delà de ses forces, était dévouée à son roi avec un enthousiasme qui lui permettait d’espérer des états l’appui le plus empressé. En Allemagne , le nom de l'empereur était détesté tout autant pour le moins que redouté. Les princes protestants semblaient n’attendre que l'arrivée d'un libérateur pour secouer le joug insupportable de la tyrannie et se déclarer ouvertement pour la Suède. F/'s membres catholiques de l’Empire ne pouvaient voir euxmémes avec déplaisir l’arrivée d’un adversaire qui limiterait la puissance prépondérante de l’empereur. La première victoire remportée sur le territoire allemand serait nécessairement décisive pour la cause de Gustave; elle amènerait à se déclarer les princes encore incertains; elle affermirait le courage de ses partisans; elle augmenterait l’affluence sous ses drapeaux, et lui ouvrirait des sources abondantes de secours pour la suite de la guerre. Si la plupart des pays de l’Allemagne avaient déjà souffert énormément des maux de la guerre, les riches villes anséatiques y avaient pourtant échappé jusque-là, et elles ne pouvaient hésiter à prévenir par un sacrifice volontaire et modéré la ruine commune. A mesure qu’on chasserait les Impériaux de quelque province, leurs armées, qui ne vivaient qu’aux dépens du pays quelles occupaient, devaient se fondre de plus en plus. D’ailleurs les forces de l’empereur étaient sensiblement dimi-

138 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. nuées par les envois de troupes faits mal à propos en Italie et dans les Pays-Bas. L’Espagne, affaiblie par la perte de ses galions d’Amérique et occupée par une guerre sérieuse dans les Pays-Bas, ne pouvait lui prêter qu’un faible secours. Au contraire, la Grande-Bretagne faisait espérer au roi de Suède des subsides importants, et la France, qui tout juste alors se pacifiait à l’intérieur, venait au-devant de lui avec les oflïes d’assistance les plus avantageuses.

Mais la plus sûre garantie du succès de son entreprise, c’est en lui-même que Gustave-Adolphe la trouvait. La prudence lui commandait de s’assurer tous les secours extérieurs, et de mettre par là son dessein à l’abri du reproche de témérité; mais c’était seulement dans son propre sein qu’il puisait sa confiance et son courage. Gustave-Adolphe était incontestablement le premier général de son siècle et le plus brave soldat de son armée, qu’il s’était créée lui-même. Familiarisé avec la tactique des Grecs et des Romains, il avait inventé un art militaire supérieur, qui a servi de modèle aux plus grands, généraux des temps qui suivirent. 11 réduisit les grands escadrons, incommodes par leur masse, pour rendre plus faciles et plus prompts les mouvements de la cavalerie; dans la même vue, il laissa de plus grandes distances entre les bataillons. Une armée en bataille ne formait d’ordinaire qu’une seule ligne : il rangea la sienne sur deux lignes, de sorte que la deuxième pût marcher en avant si la première venait à plier. 11 savait suppléer au manque de cavalerie en distribuant des fantassins entre les cavaliers, ce qui décida très-souvent la victoire. C’est lui qui le premier apprit à l’Europe l'importance de l’infanterie dans les batailles. Toute l’Allemagne admira la discipline par laquelle, dans les premiers temps', les armées suédoises se distinguèrent si glorieusement sur le sol germanique : tous les désordres étaient sévèrement punis, principalement le blasphème, le vol, le jeu et le duel. La tempérance était commandée par les lois militaires de la Suède, et l’on ne voyait dans le camp suédois, sans excepter la tente royale, ni or ni argent. L’œil du général veillait avec autant de

t. Les mois « dans les premiers temps » oui été ajoutés dan3 la seconde édition.

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