‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 72 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

quinze mille hommes était sous les drapeaux, et deux cents bâtiments de transport disposés pour les embarquer. Gustave ne voulait pas emmener en Allemagne de plus grandes forces, dont # l’entretien aurait d’ailleurs alors excédé les ressources de son royaume. Mais, si l’armée était peu nombreuse, le choix des troupes était excellent, pour la discipline, le courage et l’expérience; elle pouvait servir de noyau solide à une force militaire plus considérable, quand Gustave aurait atteint le sol de l’Allemagne et que la fortune aurait favorisé ses premiers débuts. Oxenstiern, à la fois général et chancelier, se tenait en Prusse avec dix mille hommes, pour défendre cette province contre la Pologne. Ouelques troupes régulières et une nombreuse milice, qui servait de pépinière à l'armée principale, demeurèrent en Suède, afin que le royaume ne fût pas sans défense contre un voisin parjure qui essayerait de le surprendre.

Ainsi toutes les mesures se trouvèrent prises pour la sûreté du royaume. Gustave-Adolphe ne fut pas moins attentif à régler l’administration intérieure. La régence fut remise au sénat; le comte palatin Jean-Casimir, beau-frère du roi, fut chargé des finances. La reine, quoique tendrement aimée de son époux, fut éloignée de toutes les affaires du gouvernement : ses moyens bornés n’étaient point au niveau d’une telle tâche. Gustave ordonna sa maison comme un mourant. Le 20 mai 1630, toutes les mesures étant prises et tout disposé pour le départ, le roi parut à Stockholm dans l’assemblée des états, pour leur faire un adieu solennel. 11 prit dans ses bras sa fille Christine, âgée de quatre ans, qui avait été, dès le berceau, déclarée son hérftière, et, l’ayant présentée aux états comme leur future souveraine, il reçut de nouveau, en son nom, leur serment de fidélité, pour le cas où il ne reverrait pas sa patrie; ensuite il fit lire l'ordonnance qui réglait la régence du royaume pendant son absence ou la minorité de sa fille. Toute l’assemblée fondait en larmes, et ce ne fut qu’après quelque temps que le roi lui-même retrouva le calme nécessaire pour adresser aux étals son discours d’adieu.

« Ce n’est pas à la légère, leur dit-il, que je me précipite, et vous avec moi, dans cette nouvelle guerre périlleuse. Le Tout- Puissant m’est témoin que je ne combats point pour mon plaisir.

142 HISTOIRE HE LA GUERRE DE TRENTE ANS. L’empereur m’a fait le plus cruel outrage dans la personne de mes ambassadeurs; il a soutenu mes ennemis; il poursuit mes % amis et mes frères; il foule aux pieds ma religion; il étend la main vers ma couronne. Opprimés par lui, les membres de l’empire d’Allemagne implorent instamment nos secours, et, s'il plaft à Dieu, nous les secourrons.

« Je sais à quels dangers ma vie sera exposée : je ne les ai jamais fuis, et j’échapperai difficilement à tous. A la vérité, jusqu’à ce jour, la Toute-Puissance divine m’a protégé merveilleusement; mais enfin le jour viendra où je périrai en défendant ma patrie. Je vous remets à la protection du ciel. Soyez justes, consciencieux; menez une vie irréprochable, et nous nous retrouverons dans l'éternité.

« Membres de mon sénat, je m’adresse d’abord à vous. Que Dieu vous éclaire et vous remplisse de sagesse, afin que vos conseils tournent constamment au plus grand bien de mon royaume. Vaillante noblesse, je vous recommande à la protection divine. Continuez à vous montrer les dignes descendants de ces Goths héroïques dont la bravoure renversa l’antique Home dans la poussière. Serviteurs de l’Église, je vous exhorte à la tolérance et à la concorde : soyez vous-mêmes les modèles des vertus que vous prêchez, et n’abusez jamais de votre autorité sur les cœurs de mon peuple. Députés de l’ordre des bourgeois et des paysans, j’implore pour vous la bénédiction du ciel, pour vos labeurs une moisson réjouissante, des granges pleines, l’abondance de tous les biens de la vie. Pour vous tous, absents et présents, jfidresse au ciel des vœux sincères. Je vous fais à tous mes tendres adieux; je vous les fais peut-être pour l’éternité. » •

L’embarquement des troupes se fit à Elfsnaben, où la (lotte était à l'ancre. Une foule innombrable de peuple était accourue pour assister à ce spectacle aussi magnifique que touchant. Les cœurs des assistants éprouvaient les sensations les plus diverses, selon qu’ils s’arrêtaient à la grandeur de l’entreprise ou à la grandeur du héros. Parmi les officiers supérieurs qui commandaient dans cette armée, Gustave llorn, lerhingrave Othon-Louis, Henri Matthias, comte de Thurn, Ortenbourg, Baudissen, Banner, Teufçl, Tott, Mutscnfahl, Falkenberg, Kniphausen et plusieurs autres, ont illustré leurs noms.

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