‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 73 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

La flotte, retenue par des vents contraires, ne put mettre à la voile qu’au mois de juin, et, le 24, elle atteignit Pile de Rügen ', sur la côte de Poméranie.

Gustave-Adolphe fut le premier qui descendit à terre. A la vue de son escorte, il s'agenouilla sur le sol germanique, et rendit grâces au Tout-Puissant pour la conservation de son armée et de sa flotte. Il débarqua ses troupes dans les îles de VVollin et d’Usedom. A son approche, les garnisons impériales abandonnèrent soudain leurs retranchements et prirent la fuite’. Il parut devant Stettin avec la rapidité de la foudre, pour s'assurer de cette place importante avant d’ôtre prévenu par les Impériaux. Bogisla XIV, duc de Poméranie, prince faible et déjà vieillissant, était depuis longtemps fatigué des excès que les Impériaux avaient commis dans ses domaines et continuaient d’y commetlre; mais, hors d’état de leur résister, il avait cédé, en murmurant tout bas, à des forces supérieures. L’apparition de son libérateur, au lieu d'animer son courage, le remplit de crainte et d’incertitude. Quoique son pays saignât encore des blessures que lui avaient faites les troupes impériales, il n’osait se résoudre à provoquer la vengeance de l’empereur, en se prononçant ouvertement pour les Suédois. Gustave, campé sous le canon de Stettin, somma cette ville de recevoir garnison suédoise. Bogisla parut lui-méme dans le camp du roi, pour s'excuser de laisser entrer ces troupes. » Je viens à vous comme ami, et non comme ennemi, lui répondit Gustave : ce n’est pas à la Poméranie, ce n'est pas à l’empire d’Allemagne que je fais la guerre; c’est à leurs ennemis. Ce duché restera dans mes mains comme un dépôt sacré, et, après la campagne, il vous sera rendu par moi plus sûrement que par tout autre. Voyez dans votre pays les traces des troupes impériales; voyez les traces des

1. La première édition a Ruden&n lieu de Rügen, que je lis dans la seconde, ainsi que dans diverses éditions postérieures, in-8 et in-16, de la maison Cotta. Dans la dernière, colle de 1856, on est revenu au texte primitif Ruden. U y a aussi, en effet, une île ou* plutôt un îlot de ce nom sur la côte de Poméranie; mais il n'a que deux tiers de lieue de longueur, et il est presque entièrement environné d'écueils et de bancs de sable. Avant 1309, il faisait partie de Pile de Rügen, dont il n’est éloigné que d’une lieue et demie. A cette époque il en a été séparé par une irruption des eaux île la mer.

2. La première édition a une phrase de plus : « Son premier pas en Allemagne fut une conquête. »

144 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. miennes à l’sedom, el choisissez qui, de l’empereur ou de moi, vous voulez avoir pour ami. Qu‘ espérez-vous si l’empereur s'empare de voire capitale? Sera-t-elle plus ménagée par lui que par moi? Ou bien voulez-vous mettre des bornes à mes victoires! La chose est pressante; prenez une résolution, et ne me forcez pas d'employer des moyens plus efficaces. »

C’était pour le duc de Poméranie une pénible alternative. D'un côté, le roi de Suède, avec une armée redoutable, aux portes de sa capitale; de l'autre, l'empereur, sa vengeance inévitable, et l'exemple elfrayant de tant de princes allemands qui, victimes de cette vengeance, erraient misérables. Le danger le plus pressant fixa son irrésolution. Stettin ouvrit ses portes au roi , des troupes suédoises y entrèrent, et les Impériaux, qui s’avançaient à marches forcées, furent ainsi prévenus. L’occupation de Stettin assura au roi un établissement en Poméranie, la navigation de l’Oder et une place d'armes pour son armée. Le duc Dogis'a, voulant prévenir le reproche de trahison , se hâta de s'excuser auprès de l’empereur sur la nécessité; mais, persuadé qu'il serait implacable, il s’unit étroitement avec son nouveau protecteur, pour se faire de l’amitié suédoise un rempart contre la vengeance de l’Autriche. Le roi trouvait dans le duc de Poméranie un important allié, qui couvrait ses derrières el assurait ses communications avec la Suède.

Comme Ferdinand l’avait attaqué en Prusse le premier, Gustave-Adolphe se crut dispensé envers lui des formalités accoutumées, et il commença les hostilités sans déclaration de guerre. 11 justifia sa conduite auprès des cours européennes dans un manifeste particulier, où il exposait tous les motifs, déjà indiqués, qui le déterminaient à prendre les armes. Cependant il poursuivait ses progrès en Poméranie et voyait son armée s'accroître chaque jour. Des officiers et des soldats qui avaient servi sous Mansfeld , Christian de Brunswick , le roi de Danemark et Wallenstein , venaient par bandes s’enrôler sous ses drapeaux victorieux.

La cour impériale fut bien loin d’accorder d’abord à l’invasion du roi de Suède l'attention dont elle parut digne bientôt après. L'orgueil autrichien, porté au comble par les succès inouïs obtenus jusque-là, regardait de haut, avec mépris, un prince qui

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