‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 75 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

les nourrir. Toute discipline avait disparu; nul respect pour les ordres des officiers; l'armée se fondait à vue d'œil par de fréquentes désertions, et par la mortalité que produisait dans toùs ses rangs le froid rigoureux d’un climat nouveau pour elle. Dans ces circonstances, Torquato Conti n'aspirait qu'au repos, afin de rétablir ses troupes dans les quartiers d’hiver; mais il avait affaire à un ennemi pour qui il n’y avait point d’hiver sous le ciel d'Allemagne. Gustave avait eu d’ailleurs la précaution de munir ses soldats de peaux de mouton , afin de pouvoir tenir la campagne même au plus fort de l’hiver. Aussi les fondés de pouvoir de l’empereur qui vinrent lui proposer un armistice reçurent cette réponse désolante ; « Les Suédois sont soldats en hiver comme en été, et ne se soucient point d’épuiser plus longtemps le pauvre cultivateur. Les Impériaux feront ce qu’il leur plaira; mais, pour eux, ils ne songent nullement à rester dans l’inaction. » Torquato Conti se démit bientôt après d’un commandement où il n’y avait plus beaucoup de gloire et plus du tout d’argent à gagner.

l'ne pareille inégalité devait nécessairement donner l’avantage aux Suédois. Les Impériaux furent inquiétés sans relâche dans feurs quartiers d’hiver. Greifenhagen , place importante sur l’Oder, fut prise d’assaut, et les ennemis finirent par abandonner aussi les villes de Garz et de Pyritz. Ils ne tenaient plus, dans toute la Poméranie, que Greifswalde, Demmin et Colberg, et le roi fit sans retard les plus vigoureuses dispositions pour en former le siège. L’ennemi fugitif se dirigea vers la marche de Brandebourg, non sans essuyer de grandes pertes en hommes, en bagages, en artillerie, qui tombèrent dans les mains des Suédois , attachés à sa poursuite.

En occupant les passages de Ribnitz et de Damgarten', Gustave s’était ouvert l'entrée du duché de Mecklembourg; déjà il avait invité les habitants, par un manifeste, à retourner sous la domination de leurs souverains légitimes et à chasser tout ce qui tenait à Wallenstein. Mais les Impériaux se rendirent maîtres par artifice de la ville importante de Rostock, et le roi, qui ne voulait pas diviser ses forces, dut renoncer à pousser plus avant.

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