LIVRE PREMIER
subsister deux points litigieux1, et c'est à leur sujet que la guerre s’alluma.
C'est ainsi que les choses se passèrent pour la liberté religieuse et les biens ecclésiastiques; il n'en fut pas autrement des droits et des dignités. Le système de l’empire germanique était calculé pour une seule Église, parce qu’il n'en existait qu’une dans le temps où ce système prit naissance. L’Église s’est partagée, la religion divise la diète en deux partis : et l’on voudrait cependant que le système entier de l'Empire en suivit un seul exclusivement? Autrefois tous les empereurs furent des fils de l’Église romaine, parce qu’elle était sans rivale en Allemagne; mais était-ce le rapport avec Rome qui constituait l’empereur des Allemands, et n’était-ce pas plutôt l’Allemagne qui se représentait dans son empereur? A l’ensemble du corps germanique appartient aussi la partie protestante : comment sera-t-elle représentée dans une suite non interrompue d’empereurs catholiques? Les membres de la diète se jugent eux- mêmes dans le tribunal suprême de l’Empire, parce que ce sont eux qui nomment les juges. Qu’ils soient eux- mêmes leurs juges, qu’il y ait une justice égale pour tous, c’est le but de l’institution : ce but peut-il être atteint, si les deux religions ne siègent pas dans le tribunal ? Si , à l’époque de la fondation, une seule croyance régnait encore en Allemagne, ce fut un simple hasard; mais qu’aucun membre ne pût en opprimer un autre juridiquement, c’était l’objet essentiel de l’institution. Cet objet est manqué, si un des partis religieux est en possession exclusive de juger l’autre : or l’objet doit-il être sacrifié, par suite d’un changement accidentel ? Les protestants ont fini, à grand’peine, par conquérir pour leur religion le droit de séance dans la chambre impériale , mais sans arriver encore à l’entière égalité des voix. Quant à la couronne d’empereur, aucun prince protestant ne s’y est élevé jusqu'à ce jour.
Quoi qu’on puisse dire de l’égalité que la paix religieuse d’Augsbourg introduisait entre les deux Églises, il est incontestable que l’Église catholique en sortit victorieuse. Tout ce qu’obtint la luthérienne, ce fut la tolérance ; tout ce que l’Église catholi-