‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 84 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

/îiorts et de vivants. On fait monter à trente mille tout le nombre des victimes.

L’entrée solennelle du général, qui eut lieu le 14, mitfin au pillage,etce qui vivait encore fut épargné. Environ mille personnes furent tirées de la cathédrale, où elles avaient passé trois jours et trois nuits , sans nourriture , dans l’attente continuelle de la mort. Tilly leur fit annoncer le pardon et distribuer du pain. Le lendemain, on célébra, dans cette cathédrale, une messe solennelle, et l’on chanta le Te Deum au bruit du canon. Le général de l’empereur parcourut les rues à cheval , afin de pouvoir mander à son maître , comme témoin oculaire , que , depuis la ruine de Troie et de Jérusalem , il ne s’était pas vu de pareille victoire. Et cette parole n'avait rien d’exagéré , si l’on considère à la fois la grandeur , la prospérité , l’importance de la ville détruite, et la rage de ses dévastateurs.

La nouvelle du désastre de Magdebourg répandit l’allégresse chez les catholiques, l'horreur et l'effroi dans toute l’Allemagne protestante. La douleur et la colère universelles accusaient le roi de Suède , qui , se trouvant si près , avec de si grandes forces , avait laissé sans secours cette ville alliée. Les plus équitables eux-mêmes trouvaient inexplicable cette inaction du roi , et, pour ne pas perdre à jamais les cœurs du peuple qu’il était venu délivrer , il se vit obligé d'exposer au jugement du monde, dans une apologie, les raisons de sa conduite.

Il venait d'attaquer Landsberg, et il s'en était emparé le 16 avril, lorsqu’il apprit le danger de Magdebourg. Aussitôt il résolut de délivrer celte place serrée de si près, et marcha vers la Sprée avec toute sa cavalerie et dix régiments d’infanterie. La situation où ce roi se trouvait en Allemagne lui faisait une loi , loi inviolable de prudence , de ne jamais faire un pas en avant sans avoir assuré ses derrières. 11 fallait qu’il traversât avec toutes les précautions de la défiance un pays où il était environné d'amis équivoques et d’ennemis déclarés et puissants ; un seul pas inconsidéré pouvait lui couper toute communication avec son royaume. Déjà l'électeur de Brandebourg avait ouvert sa forteresse de Custrin aux Impériaux fugitifs, et l'avait fermée aux Suédois qui les poursuivaient. Si maintenant Gustave était malheureux contre Tilly , ce même électeur pouvait encore

164 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. ouvrir ses forteresses aux troupes de l’empereur , et le roi , ayant des ennemis devant et derrière lui , était perdu sans ressource. Pour n’être pas exposé à ce hasard , dans l’entreprise qu’il voulait alors exécuter, il demandait, avant de marcher au secours de la ville assiégée, que les deux forteresses de Cüstrin et de Spandau lui fussent remises par l’électeur jusqu’à la délivrance de Magdebourg.

Rien ne paraissait plus juste que cette demande. L’important service que Gustave-Adolphe avait rendu peu auparavant à l’électeur, en chassant les Impériaux du Brandebourg , semblait lui donner des droits à sa reconnaissance , et la conduite des Suédois en Allemagne jusqu’à ce jour était un titre à sa confiance. Mais , en livrant ses places fortes au roi de Suède , l’électeur le rendait, en quelque sorte, maître de son pays, et rompait en même temps avec Ferdinand , exposant ainsi ses États aux vengeances futures des armées impériales. Longtemps Georges- Guillaume fut cruellement combattu en lui-même , mais enfin la pusillanimité et l’égoïsme parurent l’emporter. Insensible au sort de Magdebourg , indifférent pour la religion et la liberté allemande , il ne vit rien que son propre danger , et son ap- . préhension fut portée au comble par son ministre Schwarzenberg, secrètement soldé par l'empereur. Cependant les troupes suédoises s'approchèrent de Berlin , et le roi alla loger chez l’électeur. Quand il vit la timide hésitation de ce prince , il ne put contenir son indignation. « Je marche vers Magdebourg, lui dit-il , non dans mon intérêt , mais dans celui des évangéliques. Si personne ne veut m’aider, je fais retraite sur-le-champ, j'offre un accommodement à l’empereur, et je reprends le chemin de Stockholm. Je suis assuré que l’empereur fera avec moi une paix aussi avantageuse que je le pourrai désirer; mais, que Magdebourg succombe , qu’il n’ait plus rien à craindre de moi , et vous verrez ce qui vous arrivera ! » Cette menace jetée à propos , peut-être aussi la vue de l’armée suédoise , qui était assez puissante pour procurer de force à son maître ce qu’on refusait de lui accorder de bonne grâce , décidèrent enfin l'électeur à remettre Spandau dans les mains du roi de Suède.

Deux chemins s’ofrraient alors à Gustave pour gagner Magdebourg : l’un le menait au couchant , à travers un pays épuisé

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