‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 87 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

table les confitures de Saxe , longtemps réservées ; mais l'on a coutume de servir avec elles des noix et des plats de parade qui sont durs à mordre : prenez bien garde de vous y casser les dents. »

Tïlly partit alors de son camp, s’ avança jusqu’à Halle, en faisant d’effroyables ravages, et, de là, fit renouveler sa sommation à l'électeur , en termes plus pressants encore et plus menaçants. Quand on se rappelle les sentiments de ce prince, qui, par incliation personnelle, et par les instigations de ses ministres vendus , était dévoué à l’intérêt de l'Autriche, même au mépris de ses plus saints devoirs, et qui s’était si facilement laissé réduire à l'inaction : on est forcé de s’étonner que l'empereur ou ses ministres fussent assez aveuglés pour abandonner leur premier système de conduite dans le moment le plus critique, et pousser à bout par une conduite violente un prince si facile à mener. Ou était-ce peut-être là l’intention de Tilly ? Se proposait-il de changer un ami douteux en ennemi déclaré , alin d’être par là dispensé des ménagements que les ordres secrets de l’empereur lui avaient imposés jusqu'alors pour les États de ce prince? Était-ce peut-être l’intention de Ferdinand lui même de pousser l’électeur à une démarche hostile , pour être quitte de ses obligations, et mettre à néant , sans qu’il pût se plaindre, un compte onéreux? Quoi qu’il en soit, on n’en doit pas moins s’étonner de voir Tilly assez téméraire pour oser , en présence d’un redoutable ennemi , s’en faire un nouveau , et assez négligent pour ne pas s’opposer à la jonction de leurs forces.

Jean-Georges, réduit au désespoir par l’entrée de Tilly sur son territoire, se jeta , non sans une vive répugnance , dans les bras du roi de Suède.

Aussitôt après avoir congédié la première députation de Tilly, il avait envoyé en toute hâte son feld-maréchal d’Arnheim au camp de Gustave , pour demander un prompt secours à ce monarque qu’il avait si longtemps négligé. Le roi renferma en lui-même la joie que lui causait ce dénoùment ardemment souhaité. « J’en suis fâché pour l’électeur, répondit-il à l’envoyé avec une froideur simulée. S’il avait eu égard à mes représentations réitérées , ses États n’auraient pas vu l’ennemi, et Magdebourg existerait encore. Maintenant que l’extrême néces-

172 . HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. sité ne laisse aucune autre ressource, on se tourne vers le roi de Suède. Mais dites à votre maître que je n’ai nulle envie de me perdre, moi et mes alliés , pour l’amour de l'électeur de Saxe. D'ailleurs , qui me garantira la fidélité d’un prince dont les ministres sont aux gages de l’Autriche , et qui m’abandonnera dès que l’empereur voudra bien le flatter et retirer ses troupes? Tilly vient de recevoir des renfoits considérables, mais qui ne m’empêcheront point de marcher à lui hardiment, aussitôt que mes derrières seront couverts. »

Le ministre saxon ne sut que répondre à ces reproches, sinon que le mieux serait d'ensevelir le passé dans l’oubli. Il pressa le roi de s’expliquer sur les conditions auxquelles il consentirait à venir au secours de la Saxe, et répondit d'avance qu’elles seraient acceptées. « Je demande, répondit Gustave, que l’élecleur me remette la forteresse de Wittenberg , me donne en otage l’alné de ses fils, paye à mes troupes trois mois de solde et me livre les traîtres qui siègent dans son conseil. A ces conditions , je suis prêt h le secourir. »

« Non-seulement Wittenberg, s'écria l'électeur, en apprenant cette réponse , et en renvoyant son ministre dans le camp suédois, non-seulement Wittenberg, mais Torgau et toute la Saxe lui sont ouverts; je lui donne en otage toute ma famille , et, si cela ne suffit pas, je m’offre moi-même. Courez, et dites-lui que je suis prêt à lui livrer les traîtres qu’il me nommera, à payer à son armée la solde qu’il demande , à sacrifier mes biens et ma vie pour la bonne cause. •

Le roi n’avait voulu que mettre à l’épreuve les nouveaux sentiments de l’électeur : touché de sa sincérité, il retira ses dures conditions. « La défiance que l’on me témoigna, dit-il, quand je voulus marcher à la délivrance de Magdebourg, avait éveillé la mienne. Aujourd’hui , la confiance de l’électeur mérite que j’y réponde. Qu’il paye seulement un mois de solde à mes troupes : j’espère môme le dédommager de cette avance. »

Aussitôt que l’alliance fut conclue , le roi passa l’Elbe , et sc réunit aux Saxons dès le jour suivant. Au lieu d’empêcher celte jonction , Tilly avait marché sur Leipzig, qu’il somma de recevoir garnison impériale. Dans l’espoir d’une prompte déli—

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