LIVRE DEUXIÈME
vrance , le commandant Jean de la Pforta fit des préparatifs de défense et brûla le faubourg de Halle. Mais le mauvais état des fortifications rendit la résistance inutile, et, dès le deuxième jour, les portes de la ville furent ouvertes. Tilly s’était logé dans la maison d'un fossoyeur , la seule qui fût restée debout dans le faubourg; c’est là qu’il signa la capitulation, là qu’on ’-ésolut d’attaquer le roi de Suède. A la vue des crânes et des ossements que le possesseur de la maison avait fait peindre sur les murailles , Tilly changea de couleur. Leipzig, contre toute attente , éprouva un traitement favorable.
Cependant le roi de Suède et l'électeur de Saxe tinrent à Torgau un grand conseil de guerre , auquel assista l’électeur de Brandebourg. Il s’agissait de prendre une résolution qui allait fixer irrévocablement le sort de l’Allemagne et de la religion évangélique, la fortune de plusieurs peuples et celle de leurs princes. L’anxiété de l’attente, qui oppresse même le cœur des héros, avant une grande résolution, parut troubler tout à coup l’âme de Gustave-Adolphe. « Si nous nous décidons maintenant à une bataille, dit le roi, l’enjeu n’est pas moins qu’une couronne et deux chapeaux d’électeur. La fortune varie , et la volonté impénétrable du ciel peut, à cause de nos péchés, donner la victoire à l’ennemi. A la vérité, mon royaume, s’il devait perdre et mon armée et moi , aurait encore des moyens de défense : l’éloignement, une flotte considérable, des frontières bien gardées, les armes d’un peuple belliqueux, le garantiraient du moins des derniers malheurs ; mais où est le salut pour vous, qui avez l’ennemi sur le dos, si la bataille est perdue? »
Gustave-Adolphe montra la défiance modeste d’un héros, que la confiance de sa force n’aveugle pas sur la grandeur du péril ; Jean-Georges, la confiance de l’homme faible qui sent un héros à ses côtés. Impatient de voir le plus tôt possible scs États délivrés de deux armées qui leur pesaient, il brûlait de livrer une bataille, dans laquelle il n'avait pas à perdre d'anciens lauriers.
Il parlait de marcher seul avec ses Saxons sur Leipzig, et de combattre Tilly. Enfin Gustave se rangea à son avis, et l'on résolut d'attaquer l'ennemi sans délai, avant qu’il eût reçu les
renforts que lui amenaient les généraux Altringer et Tiefen-
174 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. bach. L’armée combinée suédo-saxonne franchit la Mulda ; l’électeur de Brandebourg retourna dans son pays.
Le 7 septembre 1631, les deux armées furent en présence au point du jour. Tilly, ayant négligé d’écraser les Saxons avant leur jonction avec les Suédois, avait résolu d’attendre ses renforis, qui arrivaient en toute hâte, et il avait établi solidement son camp, non loin de Leipzig, dans une position avantageuse, où il pouvait espérer de n’étre pas forcé à livrer bataille. Cependant, à l’approche des ennemis, les instances du bouillant Pappenheim le décidèrent enlin à changer de position, et à se porter sur la gauche vers les collines qui s’élèvent du village de Wahren à Linden thaï. Son armée était rangée sur une seule ligne au pied de ces hauteurs; son artillerie, distribuée sur les collines, pouvait balayer toute la grande plaine de Breitenfeld. De là s'avançait sur deux colonnes l’armée suédo-saxonne, qui avait à passer la Lober près de Podelwitz, village situé devant le front des Impériaux. Pour inquiéter leur passage, Pappenheim fut détaché contre eux avec deux mille cuirassiers, mais seulement après une longue résistance de Tilly, et avec l’ordre formel de ne pas engager de combat. Au mépris de cet ordre, Pappenheim en vint aux mains avec l’avant-garde suédoise; mais, après une çourte lutte , il fut forcé à la Tetraite. Pour arrêter l’ennemi, il livra Podelwitz aux flammes, ce qui n’empêcha point les Suédois et les Saxons d’avancer et de former leur ordre de bataille.
Les Suédois, rangés sur deux lignes, occupaient la droite: l’infanterie au centre, distribuée en petits bataillons, dont les mouvements étaient faciles, et qui pouvaient exécuter, sans troubler l’ordre, les plus rapides manœuvres; la cavalerie sur les ailes, répartie de même en petits escadrons, entre lesquels on avait jeté plusieurs compagnies de mousquetaires, destinées à dissimuler le petit nombre des cavaliers et à démonter par leurs décharges ceux de l’ennemi. Le colonel Teufel commandait le centre, Gustave Horn l’aile gauche, le roi lui-môme la droite, opposée au comte Pappenheim.
Les Saxons étaient séparés des Suédois par un grand intervalle: disposition de Gustave que l’événement justifia. L’électeur avait réglé lui-même le plan de bataille avec son feld-ma-
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