‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 106 sur 438 · LA HEINE, LA PRINCESSE D’ÉBOU · texte numérisé non relu

LA HEINE, LA PRINCESSE D’ÉBOU

ÉBOLI, hors (T haleine, pâle et défaite, tombeaux pieds de la Peine.

Heine! au secours! Il est arrêté.

LA REINE

Qui?

ÉBOLI

Le marquis de Posa l’a arrêté par l’ordre du roi.

DON CAHLOS.

Ikk

LA REINE

Mais qui? qui ? •

ÉBOLI

!.« prince.

Es-tu en délire?

ÉBOLI

Ils l'emmènent à l'instant.

LA REINE

Et qui l'a arrêté?

ÉBOLI

Le marquis de Posa.

LA REINE

Eh bien ! Dieu soit loué , si c'est le marquis qui l'a arrêté.

ÉBOLI

Vous dites cela, reine, avec tant de calme? si froidement? O Dieu! Vous ne vous doutez pas.... Vous ne savez pas....

LA REINE

Pourquoi il a été arrêté?... Pour quelque fausse démarche, je suppose , bien naturelle au caractère ardent du jeune prince.

ÉBOLI

Non, non! Je suis mieux instruite.... Non.... ô reine! .Action infJme, diabolique!... Il n’y a plus de salut pour lui! 11 mourra!

LA REINE

Il mourra?

ÉBOU.

Et c'est moi qui le tue.

LA BEINE.

Il mourra? Insensée, y penses-tu?

ÉBOLI

Et pourquoi.... pourquoi meurt-il?... Oh! pouvais-je savoir que les choses en viendraient là ?

LA REINE la prend avec bonlc par la main.

Princesse , vous êtes encore hors de vous. Recueillez d'abord vos esprits, pour me raconter le fait avec plus de calme, et non avec ces images si affreuses qui me font frissonner d’horreur. Que savez-vous? Qu’est-il arrivé?

ACTK IV, SCfeNE XIX. 145

ÉBOLI

Oh! n’ayez pas pour moi cette céleste affabilité, non, pas cette bonté, reine! Comme des flammes d’enfer, elle brûle et torture ma conscience. Je ne suis pas digne d’élever jusqu’à ^ votre sainte auréole mon regard profané. Écrasez du pied la misérable qui se tord devant vous dans la poussière, brisée par le repentir, la honte, le mépris d’elle-même.

LA REINE

Malheureuse! Qu’avez-vous à in’avouerï

ÉBOLI

Ange de lumière! Grande sainte! vous ne savez pas encore, vous ne soupçonnez pas à quel démon vous avez siDuri, d’un sourire si aimable.... Apprenez aujourd’hui à le connaître. C’est moi.... moi qui suis lo voleur. .. qui ai dérobé....

LA REINE

V’ous ?

ÉBOLI

Et qui ai livré au roi ces lettres....

LA REINE

Vous?

ÉBOLI

Qui ai poussé l’audace jusqu’à vous accuser....

LA REINE

Vous , vous avez pu ?

ÉBOLI

I.a vengeance.... l’amour.... la démence.... Je vous haïssais et j’aimais l’infant....

LA REINE

Et parce que vous l’aimiez...?

' ÉBOLI

Parce que je le lui avais avoué et que je n’avais pas été payée de retour.

LA REINE , après un motmnl de silence.

Oh! maintenant, tout se dévoile à moi!... Levez-vous. Vous l’aimiez.... J’ai déjà pardonné. C’est oublié déjà.... Levez-vous. (Elle lui tend le bras.)

ÉBOLI

Non! non! Il me reste à faire un terrible aveu. Pas avant, grande reine....

SCUILLER. — TU. Il

DON CARLOS

LA REINE, aitentke.

Que me faudra-t-il encore entendre? Parlez....

ÉBOU.

Le roi.... Séduction.... Oh! vous détournez les yeux.... Je lis la réprobation sur votre visage.... Le crime dont je vous accu-, sais.... je l’ai moi-méme commis. {Elle presse contre terre son visage brûlant. La Reine sort. Grande pause. — La duchesse dOlivarez sari, quelques minutes après, du cabinet où ta Heine est entrée, et trouve la Princesse prosternée dans la même attitude. Elle s'approche d’elle en silence; au bruit de ses pas, la Princesse se redresse et, n'a- ' percevant plus la Reine, se lève d’un bo7id, comme en délire.)

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