LA HEINE, LA PRINCESSE D’ÉBOU
ÉBOLI, hors (T haleine, pâle et défaite, tombeaux pieds de la Peine.
Heine! au secours! Il est arrêté.
LA REINE
Qui?
ÉBOLI
Le marquis de Posa l’a arrêté par l’ordre du roi.
DON CAHLOS.
Ikk
LA REINE
Mais qui? qui ? •
ÉBOLI
!.« prince.
Es-tu en délire?
ÉBOLI
Ils l'emmènent à l'instant.
LA REINE
Et qui l'a arrêté?
ÉBOLI
Le marquis de Posa.
LA REINE
Eh bien ! Dieu soit loué , si c'est le marquis qui l'a arrêté.
ÉBOLI
Vous dites cela, reine, avec tant de calme? si froidement? O Dieu! Vous ne vous doutez pas.... Vous ne savez pas....
LA REINE
Pourquoi il a été arrêté?... Pour quelque fausse démarche, je suppose , bien naturelle au caractère ardent du jeune prince.
ÉBOLI
Non, non! Je suis mieux instruite.... Non.... ô reine! .Action infJme, diabolique!... Il n’y a plus de salut pour lui! 11 mourra!
LA REINE
Il mourra?
ÉBOU.
Et c'est moi qui le tue.
LA BEINE.
Il mourra? Insensée, y penses-tu?
ÉBOLI
Et pourquoi.... pourquoi meurt-il?... Oh! pouvais-je savoir que les choses en viendraient là ?
LA REINE la prend avec bonlc par la main.
Princesse , vous êtes encore hors de vous. Recueillez d'abord vos esprits, pour me raconter le fait avec plus de calme, et non avec ces images si affreuses qui me font frissonner d’horreur. Que savez-vous? Qu’est-il arrivé?
ACTK IV, SCfeNE XIX. 145
ÉBOLI
Oh! n’ayez pas pour moi cette céleste affabilité, non, pas cette bonté, reine! Comme des flammes d’enfer, elle brûle et torture ma conscience. Je ne suis pas digne d’élever jusqu’à ^ votre sainte auréole mon regard profané. Écrasez du pied la misérable qui se tord devant vous dans la poussière, brisée par le repentir, la honte, le mépris d’elle-même.
LA REINE
Malheureuse! Qu’avez-vous à in’avouerï
ÉBOLI
Ange de lumière! Grande sainte! vous ne savez pas encore, vous ne soupçonnez pas à quel démon vous avez siDuri, d’un sourire si aimable.... Apprenez aujourd’hui à le connaître. C’est moi.... moi qui suis lo voleur. .. qui ai dérobé....
LA REINE
V’ous ?
ÉBOLI
Et qui ai livré au roi ces lettres....
LA REINE
Vous?
ÉBOLI
Qui ai poussé l’audace jusqu’à vous accuser....
LA REINE
Vous , vous avez pu ?
ÉBOLI
I.a vengeance.... l’amour.... la démence.... Je vous haïssais et j’aimais l’infant....
LA REINE
Et parce que vous l’aimiez...?
' ÉBOLI
Parce que je le lui avais avoué et que je n’avais pas été payée de retour.
LA REINE , après un motmnl de silence.
Oh! maintenant, tout se dévoile à moi!... Levez-vous. Vous l’aimiez.... J’ai déjà pardonné. C’est oublié déjà.... Levez-vous. (Elle lui tend le bras.)
ÉBOLI
Non! non! Il me reste à faire un terrible aveu. Pas avant, grande reine....
SCUILLER. — TU. Il
DON CARLOS
LA REINE, aitentke.
Que me faudra-t-il encore entendre? Parlez....
ÉBOU.
Le roi.... Séduction.... Oh! vous détournez les yeux.... Je lis la réprobation sur votre visage.... Le crime dont je vous accu-, sais.... je l’ai moi-méme commis. {Elle presse contre terre son visage brûlant. La Reine sort. Grande pause. — La duchesse dOlivarez sari, quelques minutes après, du cabinet où ta Heine est entrée, et trouve la Princesse prosternée dans la même attitude. Elle s'approche d’elle en silence; au bruit de ses pas, la Princesse se redresse et, n'a- ' percevant plus la Reine, se lève d’un bo7id, comme en délire.)