Voy. p. 4. — 2. Comparez p. 4. — 3. Voy. p. 4 et
DON CARLOS
par l'âme de votre mère.... L’étranpe énigme de votre chagrin, la reine.... je gage.... la peut résoudre. Prenez garde, prince, qu'elle apprenne jamait à quel point elle tUplail à son fils. La nouvelle lui serait douloureuse '.
CARLOS , fut pétulant tout ce discours a tenu les yeux fixés malignement
sur lui.
Pensez-vous '?
DOMINGO
Et extrêmement inattendue.... En vérité, prince, depuis longtemps déjà on se murmure à l'oreille, sur votre compte, la plus plaisante histoire. Si vous voulez bien vous souvenir encore du dernier tournoi de Saragosse, où une lance effleura notre roi. La reine était assise avec tes dames sur le plus haut balcon du palais, et regardait, etc. an reprenant haleine '.
CARLOS, avec une indifférence factice, après s'étre promené vivement sur la scène pendant quelque temps.
Vous me dites , ami , des choses étranges.
DOMINGO
Mais rien, je pense, qui vous surprenne. (S'approchant du Prince avec une sorte d'intimité. ) Que je serais heureux, prince, si je pouvais en retour lire dans votre âme I
CARLOS
Soit, très-révérend père.... A votre ministère on ne cache rien.... N'afhchez-vous pas votre vertu sur votre habit?.... Ce n'est pas en vain que vous tenez la clef de toutes les consciences, ni en vain, je pense, que le roi Philippe vous a confié la comptabilité de tous les p^bés des princes du sang.
DOMINGO
Il est aussi, prince, des souhaits favoris au sujet desquels on ne prend pas pour juge la conscience.
CARLOS
Oui, sans doute, il est do tels souhaits, mais ce sont des mystères qui ne peuvent absolument pas souffrir le bavardage.
DOMINGO
Le bavardage, prince, est la plus punissable transgression de mon ministère.
Eh I je sais, très-révérend père, je sais parfaitement avec quelle fidélité vous taisez aip monde ce que Dieu peut vous dire en confidence.
DOMINGO
Comme aussi ce que me confessent les agneaux qui me sont confiés.
CARLOS, après avoir réfléchi quelques instants.
Dn seul mot encore.... avant que mon coeur tout entier so livre à vous en toute foi et confiance.... Il faut, mon père, pardonner la méfiance au sang de Philippe , et aucun ami ne me quitte sans avoir subi une épreuve.
l.Voy. p. 6. .
APPENDICE
DOMINOO.
Je n'en redoute aucune.
CARLOS
Cr. rien.... vous allez rire peut-être.... mais qui me donnera l’entière assurance do votre discrétion. Écoulez-moi.
DOMINGO
Je suis impatient de vous entendre.
CARLOS
Dans tes profondeurs de la Sierra Morena, on montre un puits, qui aujourd'hui est à sec, où un ancien roi de Castille a caché ses trésors, lorsque la crainte dos Maures se répandit en Espagne.... Au fond, bien bas, est placée une grande dalle noire, sous laquelle, à ce qu'on raconte, JD sourd bruit d’or se fait entendre trois nuits avant la fête de la Résurrection , et cet or on peut alors l'enlever. Celui qui descend dans ce puits a^ec un coeur pur enlève la lourde dalle comme un grain de sable ; mais à peine, continue l’oracle, un coquin l’a-t-il touchée de noirs bubons couvrent la main du pervers, et le trésor irrité s'enfonce plus bas , de la hauteur d’une tour.
DOMINGO
Sérieusement, mon prince, raconte-t-on ainsi la chose en effet)
CARLOS
Aussi vrai que vous êtes honnête.... On va jusqu’à nommer des téméraires qui étaient déjà suspendus dans le seau pour aller défier le fantôme.... Mais tout à coup la crainte les saisit, et ils s’estimèrent heureux de sortir vivants du puits. Que vous en semble, mon pieux pèreT... Vous et moi.... nous pourrions bien risquer l’aventure, nous fiant à notre bonne conscience?
DOMINGO
Nous?... Jamais! Le ciel nous en préserve tous deux, prince I... Que le faible mortel ne tente pas le démon.... Ce mammon peut rester où il est.... Pardon, prince.... Aussi bien n’aimerais-je pas à me mêler des affaires du monde souterrain.
CARLOS , reculant avec indignation.
Ah I c’est ainsi, scélérat?... Et tu veux approcher de mon cœur la baguette divinatoire, pour qu’elle t’avertisse où glt le charme?... Tu recules devant des épouvantails que l’imagination fiévreuse a cousus ensemble.... et tu es assez impudent pour descendre, de ruse en ruse , dans l'ablme do mon cœur, et pour y épier des pensées plus respectables que les mystères du monde souterrain ?... Misérable I Malheur à toi-mêmet... Où.... si ta coquineric le réussissait.... où te cacherais-tu? Ton âme, si elle devait rencontrer la mienne, se tapirait dans le cerveau d’une huître I
DOMINGO
Prince I vous me méconnaissez.
'’ARLOS.
Je te connais. N’es-tu pas le moine dominicain qui , sous le froc terrible de l’ordre, a fait le courtage d’âmes humaines? Me trompé-jeî N’est-ce pas toi qui as vendu argent comptant les secrets de la confession? N’est-ce pas toi qui, sous le masque de Dieu, as éteint dans la
DON CARLOS
.,Ÿco*>chedu prochain de brutales ardeurs, qui as apaisé lascif brûlante avec ' ■ l’or d'autrui, qui as dévoré le pauvre et sucé la substance du riche T N’est^e pas loi qui, sans humanité, vrai chien de boucher du saint ■ ifücc, as poussé les veaux gras sous le couteau? N’ps-tu pas le bourreau . ijui, aprés-dématn , h la honle du christianisme, d ût célébrer au nom de ■ - 'la foi la fête des flammes, et , en l’honneur do Dieu, donner à l’cnfci un festin maudit? Me trampé-je? N’es-tu pas ce démou que l’unanime clameur du [M'uple, du |>euplequi communément prend plaisir au speclaclo des supplices et se repaît de la vue des bûchers , que l’unanime hurlement de l'humanité a chassé de l’ordre profane?...
■ Domingo.
Esl-iTpossible, prince? Réfléchissez qui je....
CAm.os.
O Dieu 1 je sens que mon sang échaulîé m’a trahi, m’a livré à mon plus terrible ennemi; que je pourrai, au dernier jour, oblenir pitié du ciel pour un blasphème contre Dieu.... mais non pitié de toi pour cette vérité.... Je sais d'avance que le roi I’hilip[M‘, que lu mènes en laisse au ciel et à l’enfer, prêtera son bras à ta vengeance.... que j’aurais à craindre la peine la plus terrible , si déjà la plus terrible n’était cachée dans mon sein.
DOMINGO
Que je vous plains, mon pauvre prince 1 Vous-mérae, vous torturez votre cœur par do vides et vaines imaginations.
Ohl je sais bien, trop bien, etc. qu'il n'a jamais payé une bonne action'. Je sais qu’il donnerait peut-être pour mon secret la plus noble province du royaume, je sais qu’il redoute plus ce faible adolescent que l’Europe coalisée, et je conviens qu’il a raison, (fl veut sortir.)
DOMINGO
Où allez-vous , mon prince? Dois-je retourner auprès du roi avec ce rapport énigmatique?
CARLOS
Allez et rapportez à celui qui vous a envoyé, que ce n’est pas tout à fait en vain.... Carlos le lui fait dire.... qu’il a jeté la ligne, mais qu’il pourrait aisément se faire qu’il tirât au rivage plus qu'il n’eût voulu trouver. On parle de basilics dont la simple vue empoisonne.... Qu’il laisse mon secret en paix. Le jour qui le dévoilera sera le dernier de son repos.
DOMINGO
Le dernier?
CARLOS
O roi digne de pitié! non moins à plaindre que ton fils * !... Déjà je vois dans l’avenir.... Déjà je les vois, les deux serpents afifreux, la crainte et le soupçon, consumer ton âme.... Ta malheureuse curiosité oeuf jirécipiter la plus terrible des découvertes, et lu pleureras quand tu l'auras faite'. Ton or peut s’épuiser.,., tes armées périr dans de sanglantes batailles....
t. Voy. p, 6. — 2. Voy. p. 7.
APPENDICE
tes flottes s'engloutir dans les tempêtes .... tes peuples briser tes rênes .... les trônes crouler sous loi ... Tu n'as rien i>erdu, si ton coeur to reste. Mais là, là, hélas I te menace une blessure par laquelle les rois aussi perdent tout leur sang , qui brûle élemellemcnt sans s'éteindre, pour laquelle il no croit pas do baume dans tous tes Etats.... Cette blessure ne te fait pas de mal encore; si jamais tu n'en sais l'existence, jamais elle ne t'en fera. ( Kii ement à Domingo, et d'un ton très-significatif. ) Laissez en paix mon secret. Je vous ai averti. ( Le Dominicain s'éloigne. Carlos l'accompagne des yeux jusqu’à ce qu'il ait disparu; puis il se livre à d'inquiètes réflexions et se reproche d’avoir donné trop de prise à ce prêtre astucieux, du moment de se retirer, il voit descendre par l'allée son ancien ami d'académie, don Rodrigue, marquis de Posa, qui vient d’arriver de Bruxelles à Aranjuez. )
Je ne note pas les autres différences, quelque considérables qu’elles soient, que présente, pour le reste du premier acte, ta comparaisun de l’édition primitive avec les suivantes. Les, scènes vit et vin, dans la Thalie, ne sont point écrites en vers; le contenu en est seulement indiqué en prose. A l’esquisse de la septième sont joints deux vers prononcés par Carlos :
Je sens je ne sais quoi de divin dans chacune de mes veines.... tant a été puissant l’aspect do ma reine I
D’après le premier plan, le second acte devait commencer par une Kène que Schiller résume ainsi dans la Thalie ;
L’aulo-da-fé, auquel la famille royale et toute la cour ont assisté, est terminé, et Philippe revient au palais, accompagné de scs grands et des inquisiteurs. Un évanouissement de la reine l'a forcée de quitter avant la fin l'acfe de foi. Le cardinal grand inquisiteur Spinola présente au monarque une épée bénie, que le pape lui envoie, au nom de toute la chrétienté catholique, comme au défenseur de l'Eglise romaine et à l’ciécuteur du jugement de Dieu. Philippe baise l'épée et .se la fait ceindre par le duc d’Albe. Le cardinal profite de l’occasion pour rapporter au roi quelques exclamations équivoques qui étaient échappées au prince Carlos pendant l’horrible fête, et qui contenaient des menaces contre le tribunal de l’inquisition. Le roi recommande aux saints pères d’ouvrir un œil vigilant sur les opinions religieuses de son fils.
Cependant le prince se fait annoncer chez le roi par le comte de Lerme, et le prie de lui accorder une audience extraordinaire. Les courtisans et les inquisiteurs sont effrayés, et attendent avec inquiétude la réponse du roi. Celui-ci congédie le comte de Leime avec l’ordre d’introduire l’infant, et il fait signe à sa suite de s’éloigner, mais ordonne au duc d’Âlbe de rester.
Il ne parait pas que cette scène ait jamais été mise en dialogue et rédigée
800 DON CARLOS
en vers. Dè« la aeconde iditloD, le deiuième acte l’ouTra par l'audience de Carlos.
1.0 sct'ne ni (dans la première édition vni, p. 49 de notre traduction ) commence par cinq strophes d’une ballade intitulée Alk/mjor et Zaide, et extraite / d'un recueil d'anciennes poésies aiiKlaises et écossaises, composé i>ar Orsinus.
La princesse d'Clsili la chante en .s’accompagnant du luth Après avoir congédié le page, elle la reprend au commenceiiieiit de la scène vm (p. Wl).
K la suite du munnloguc de ta princesse d'£boli (scène ix de notre traduction, p. 63 ), il y a, dans la première et dans la secoude édition, une scène de plus que dans les éditions suivantes.