Voy. Don Carlos, acte V, scène 7, p
ï. Vuy. l'Ind., acte IV, scène 21, p. IVJ.
SUn DON CAULOS.
pour son siècle le plus haut idéal possible de félicité sociale, et non pas d'élevrr d'abord ce prince pciur ce but; car celte éducation devait être do beaucoup antérieure à l’action, et no pouvait guère d'ailleurs être l'objet d'une œuvre dramatique; encore moins s’agissait-il do lui faire mettre réellement la main à cette entreprise; car combien cela n’eùt-il point dépassé les limites étroites d’une tragédie T 11 était question démontrer seulement ce prince, de faire dominer en lui les dispositions d’âme qui doivent servir de fondement à une telle œuvre, et d’en élever la possibilité subjective à un haut degré de vraisemblance, sans s’inquiéter de savoir si la fortune et le hasard la réaliseront en clfet.
NEUVIÈME LEITRE.
Je veux m’expliquer plus à fond sur ce qui préci-de.
Il fallait que le jeune homme de qui nous devons attendre ce résultat extraordinaire eût d’abord triomphé des passions qui trouvaient devenir do dangereux obstacles pour une semblable entreprise ; il devait, pareil à ce Romain, avoir tenu sa main dans la flamme, pour nous convaincre qu’il était homme à surmonter la douleur; il fallait qu’il passât par le feu d une épreuve redoutable et qu’il fût confirmé par cctlo épreuve. Ce n’est, en effet, qu’après l'avoir vni lutter heureusement contre un ennemi intérieur que nous pouvons lui promettre la victoire sur les obstacles extérieurs qui se dresseront devant lui dans sa voie de hardi réformateur; ce n’est qu’après l'avoir vu, à l'âge de renlralneraent des sens, dans toute l'ardeur de la jeunesse , défier, les séductions, que nous pouvons être tout à fait surs quelles seront sans danger pour l'homme fait. Et quelle passion pouvait me donner d’une manière plus fraïqiante un tel résultat que la plus puissante de toutes, l'amour?
Toutes les passions qui pouvaient être à redouter pour le grand but auquel je le réservais sont, à celte seule exception près , bannies de son cœur, ou n’y ont jamais habité. Dans une cour corrompue, sans mœurs, il a conservé la pureté de l'innocence première. Ce n’est pas son amour, ce ne sont pas non plus ses efforts et ses principes, c'est uniquement son instinct moral qui l'a préservé de la souillure,
f Le trait de la volupté s’est brisé sur ce cœur, bien avant qu'Élisa- « belh fût reine ici '. »
A l’égard do la princesse d'Ëboli, qui , par passion et par calcul, s’oublie si souvent avec lui, il montre une innocence qui approche beaucoup de la simplicité d'esprit. Combien , qui lisent celle scène, auraient compris beaucoup plus vite la princesse I Mon intention était de mettre dans sa nature une pureté sur laquelle aucune séduction no put rien. Le baiser qu'il donne à la princesso était, comme il le dit lui-méme, le premier
I. Ce passage se trouvait dans la durulère scène du premier acte. Schiller l’a depuis supprimé.